Tes darons avaient le Walkman et la libre antenne, ta génération a les réseaux sociaux : des heures de commentaires, de confessions, de lives, de tutos (en moyenne, les 15-24 ans y passent 5 heures et 21 minutes chaque jour). Ça permet d'échanger avec les siens et de se distraire, voire d'échapper au monde des adultes, certes, mais ça comporte également de nombreux risques, qui deviennent franchement flippants dès lors que les contenus proposés touchent massivement à la santé mentale : isolement, banalisation de la souffrance, autodiagnostic ou automédication, voire dérives sectaires, encouragements à l'automutilation et incitations au suicide.
Dans Influence mortelle - La face cachée de TikTok, les journalistes Elisa Helain et Louise Martins Gonçalves, nourries aux réseaux sociaux depuis leur tendre enfance, te dévoilent tous ces mécanismes invisibles qui transforment le mal-être en contenu viral et en marchandise. Une cyber-enquête qui décrypte les ressorts d’un système où le buzz prime sur le soin et la protection.
Sur TikTok, je commençais à voir des gens qui rapportaient leurs expériences de santé mentale... Plus j'allais mal, plus c'était sombre... Ça peut donner de mauvaises idées.
Sasha, 13 ans - « Influence mortelle - La face cachée de TikTok »
« Tuto pour faire un nœud coulant », « Cinq signes que tu es bipolaire », « Comment cacher ses scarifications », « Et si le suicide était la seule solution ? » : quelques minutes à peine après son inscription sur TikTok avec un faux profil, la journaliste Louise est sollicitée par une avalanche de contenus glauques, voire franchement nocifs.
Par son ciblage algorithmique, le réseau fétiche de la Gen Z (72 % des 16-18 ans et 64 % des 12-15 ans le consultent au moins une fois par jour) a fait de la santé mentale une simple trend, multipliant les recommandations qui confortent ses utilisateurs les plus vulnérables (mais comment ne pas l'être à l'adolescence ?) dans des bulles de mal-être.
Et certains créateurs de contenus l'ont bien compris. Experts autoproclamés, ils se présentent comme de bienveillants aînés, toujours à l'écoute de leur communauté, soucieux de vulgarisation, mais dont l'influence peut s'avérer délétère, voire criminelle. « Quand vous vous cassez la jambe et que vous êtes aidé par un médecin qui n'est pas vraiment médecin, vous risquez de faire empirer votre état, explique le psychologue Samuel Comblez. La santé mentale, c'est la même chose : si vous êtes pris en charge par quelqu'un qui n'est pas compétent, le risque c'est d'aller encore moins bien. »
Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, n'est-ce pas ? Et, faute d'encadrement, ces gourous 2.0, guidés par l'appât du gain, ne semblent pas avoir conscience des conséquences de leur immense influence et de leur pouvoir de manipulation.
Le documentaire dresse ainsi le portrait de l'emblématique Ophenya (4,8 millions d'abonnés sur TikTok), sorte de grande sœur manipulant des notions de psychologie pour venir en aide à ses « BG », mais surtout femme d'affaires désireuse d'écouler ses produits dérivés (n'hésitant pas à mobiliser sa communauté pour décrocher des « collab' »), qui a fini par être signalée à la justice pour dérive sectaire, avant d'être bannie du réseau social.
On ne peut pas laisser notre jeunesse être la vache à lait des grandes plateformes du numérique... Notre enjeu à nous, législateurs français et internationaux, c'est de ne pas se laisser duper par l'idée que c'est simplement un modèle économique. Non, c'est un modèle économique qui a des effets pervers sur le fonctionnement des sociétés.
Arthur Delaporte, député PS - « Influence mortelle - La face cachée de TikTok »
La santé mentale est un sujet sérieux, un véritable enjeu de société. N’est pas spécialiste qui veut. En France, un tiers des jeunes présente des signes de troubles anxieux ou dépressifs, d'après une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale parue en octobre 2025 (une tendance à la hausse depuis la crise Covid).
Dans de sobres interviews, tout en sincérité et émotion, à l'opposé des reels saturés d'émojis,Influence mortelle - La face cachée de TikTokdonne ainsi la parole aux victimes et à leur famille, pour comprendre comment TikTok s'est nourri de leur souffrance, plutôt que de chercher à la soulager.
Et parce qu’il existe des solutions pour s’en sortir, des soignants de l’unité pour adolescents en psychiatrie du CHU de Montpellier et le psychologue Samuel Comblez, directeur adjoint d’e-Enfance, témoignent également devant la caméra pour apporter leur expertise.
Un documentaire édifiant, pour scroller désormais en toute connaissance de cause, mais aussi pour se rappeler qu'il existe une vie hors des écrans. Si toi ou un proche traversez une période difficile, sache que des professionnels sont là pour te venir en aide.
La santé mentale des jeunes et les réseaux sociaux en chiffres
- 2 milliards d'utilisateurs TikTok dans le monde
- 5 heures et 21 minutes : c'est le temps moyen quotidien que les jeunes de 15 à 24 ans passent sur les réseaux sociaux
- Au bout de 5 minutes de navigation, et avant même qu’une quelconque préférence ne soit exprimée, TikTok propose des vidéos sur la tristesse ou le désenchantement
- Le suicide représente la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans
- 5 mères du collectif Algos Victima ont engagé une procédure judiciaire contre TikTok pour incitation au suicide, mise en danger de la vie d'autrui, complicité de cyberharcèlement et non-assistance à personne en danger
- 15 ans : c'est l'âge minimal pour accéder aux réseaux sociaux, d'après la proposition de loi adoptée à l’Assemblée nationale le 26 janvier dernier
- 3018 : numéro national dédié aux jeunes victimes et aux témoins de harcèlement et de violences numériques
- 3114 : numéro national de prévention du suicide
[Sources : Haute Autorité de Santé, Sénat, Assemblée nationale, Amnesty International, Institut national de la santé et de la recherche médicale]
Regarde « Influence mortelle - La face cachée de TikTok » sur france.tv👇








