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La viralité nauséabonde

À l’été 2025, les réseaux sociaux français sont submergés par des vidéos racistes qui mettent en scène des gorilles pour représenter des personnes noires. Générées par intelligence artificielle grâce au logiciel Veo 3, ces vidéos reproduisent des stéréotypes racistes sous couvert d’humour. Comment cette tendance a-t-elle pu se développer ? Explications dans « Le Dessous des images » avec Sonia Devillers.

  • « Racisme en IA : gare aux gorilles ! ».
  • © DR

« À la base, c’était une trend d’un grand singe qui était en train de se balader dans les bois et de faire un vlog… Les premières vidéos étaient plutôt rigolotes. » David-Julien Rahmil, rédacteur en chef adjoint de L’ADN, revient sur l’origine dévoyée de cette tendance. « Mais certains créateurs de contenus ont commencé à y injecter des idées racistes. »

Lancée aux États-Unis et au Canada, cette tendance mondiale et virale débarque en France en reprenant les codes racistes de la culture française : le racisme anti-noir, anti-musulman jusqu’au grand remplacement.
Certains comptes TikTok se spécialisent dans ce type de vidéos de gorilles et favorisent leur prolifération, générant du clic et donc de l’argent. Pour les plateformes, même si la modération de ces contenus semble difficile, l’intérêt financier est bien réel.

L’extrême droite est très friande des outils de génération d’images parce que ça permet de faire de la propagande à bas coût, très efficacement et très rapidement.

 David-Julien Rahmil

Spécialiste du colonialisme, l’historienne Delphine Peiretti-Courtis rappelle comment sont nés ces procédés d’animalisation racistes, dont plusieurs peuples ont été la cible, mais jamais autant que les Noirs. 

Le scientifique Carl von Linné, au XVIIIe siècle, est le premier à associer l’homme noir au singe, puis l’anatomiste Georges Cuvier a tenté de démontrer l’animalité de toutes les femmes noires à travers l’exemple de la Vénus hottentote, femme sud-africaine exposée comme un animal de foire, dans les expositions coloniales du XIXe siècle.

Les personnes noires ont été les plus touchées par l’animalisation. Elles le sont encore aujourd’hui.

 Delphine Peiretti-Courtis, historienne


Des stéréotypes racistes nauséabonds qui sont ravivés dans les vidéos de gorilles, et peuvent resurgir même dans les publicités en apparence inoffensives : comme celle de H&M qui mettait en avant deux enfants, l’un blanc avec un t-shirt portant la mention « le tigre le plus cool de la jungle » et l’autre noir avec celle de « singe le plus cool de la jungle ». L’entreprise a présenté ses excuses.

Et un nouveau cran a été franchi en octobre 2025 avec la génération par l’IA d’un deep fake assimilant Martin Luther King à un singe. La plateforme Sora 2 a depuis retiré toutes les créations concernant le pasteur et militant non violent afro-américain. Mais, s’indigne l’historienne, « le fait de véhiculer ces images à travers les réseaux sociaux continue à les ancrer dans les esprits »

Le Dessous des images


Dans ce magazine court, Sonia Devillers raconte avec passion l’histoire d’une photo, d’une image. De sa construction à son impact sur notre vision du monde, comment expliquer sa viralité et ses pouvoirs ? Le Dessous des images propose une interprétation qui nous apprend à voir au-delà du premier regard.

Regarde cet épisode du « Dessous des images » : « Racisme en IA : gare aux gorilles ! » 👇
 

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Publié le 02 avril 2026
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