L’AFFAIRE NÉRON, AUTOPSIE D’UN MYTHE

  1. Extrait vidéo
Néron contemple l'incendie de Rome en 64 ap. J-C.

Mardi 3 avril à 20.50

FRANCE 5

On le dépeint comme un tyran persécuteur de chrétiens, un fou mégalomane qui aurait tué épouse, mère et frère. Néron a-t-il réellement été ce despote meurtrier ? Après Henri IV et Saint Louis, le médecin légiste et anthropologue Philippe Charlier tord le cou au mythe de l’empereur romain, à la lumière des dernières découvertes et relectures historiques.

Néron : coupable ou victime ? Une question qui sonne comme un défi à relever pour Philippe Charlier. Le spécialiste de l’anthropologie médicale a construit sa réputation en faisant parler les morts, la plupart du temps de grands personnages historiques. Dans ce documentaire, il propose de reconsidérer la figure de l’empereur romain qui incarne folie décadente et cruauté, à la lumière d’expérimentations scientifiques et d’une nouvelle lecture de ses biographes. Ceux-là, au nombre de trois, ont construit l’histoire – la légende ? – autour de Néron. Mais qui étaient-ils ? Suétone, Tacite et Dion Cassius ont tous vécu après son règne et appartenaient à l’aristocratie romaine. Leurs textes constituent les sources les plus anciennes racontant la vie de Lucius Domitius Claudius Nero.

Un récit politique remis en perspective

Fils d’Agrippine, celui-ci succède à son père adoptif, l’empereur Claude, à la place de l’héritier légitime, grâce aux conspirations de son ambitieuse mère. Le jeune frère lésé meurt quelque temps plus tard, juste avant sa majorité. Premiers soupçons d’empoisonnement pour Néron… Or, en s’intéressant de près aux différents types de poisons en usage à l’époque, Philippe Charlier démontre qu’aucun d’eux n’aurait pu agir dans les conditions décrites dans les récits. Il émet l’hypothèse qu’une simple crise d’épilepsie aurait pu être à l’origine de cette mort subite. En sollicitant d’autres scientifiques, il prouve aussi que le récit de la tentative de meurtre par noyade de la mère ne tient pas debout non plus. Le matricide aura bien lieu plus tard, mais encore une fois enjolivé par ceux qui le racontent. L’historien allemand Martin Zimmermann met en perspective les textes des auteurs romains : « Pour eux, raconter la vérité ne consiste pas à décrire les événements, à les reconstituer de façon rigoureusement exacte… Il s’agit d’une forme de récit dont le rôle est politique. Et c’est de la littérature, pas de l’histoire scientifique ! » 

La construction d’une légende

La nuit du 17 au 18 juillet de l’an 64 de notre ère, le feu se propage rapidement dans Rome et ravage la ville pendant six jours et sept nuits. On raconte que Néron contemple l’incendie, des hauteurs de la cité, en jouant de la lyre et en chantant. « Je pense qu’on peut sans hésitation qualifier cette histoire de pure affabulation », déclare le directeur du musée rhénan de Trèves, Marcus Reuter. Le travail des historiens montre plutôt que l’empereur a pris des mesures pour organiser les secours, prêter assistance aux habitants, puis reconstruire la ville en la protégeant du feu. « Pour faire taire les soupçons le concernant, Néron doit trouver un coupable, explique Martin Zimmermann. Il lui faut quelqu’un qui endosse la responsabilité de l’incendie de Rome et on lui dit que les chrétiens feraient de parfaits boucs émissaires. » Ce qui vaudra à Néron sa réputation de persécuteur de chrétiens. Pourtant, il n’y eut pas d’autre épisode violent d’une telle ampleur au cours de son règne.

On apprend au contraire qu’il était très aimé de son peuple, mais beaucoup moins de l’aristocratie, qui lui reproche d’utiliser l’argent prélevé sur leurs fortunes pour satisfaire sa mégalomanie. La construction d’un palais gigantesque – la Maison dorée –, « une demeure comme on n’en avait encore jamais vue à Rome », et sa passion exclusive pour l’art achèveront d’en faire un paria pour la classe dirigeante. Lorsque sa femme meurt, enceinte, on l’accuse d’avoir donné le coup de pied au ventre qui l’a tuée. Ses trois biographes ont été la voix de ceux qui le détestaient le plus. « On voulait faire de Néron un homme méchant, conclut Zimmermann, alors on a raconté le type d’histoires que l’on rattache depuis des siècles à un tyran. »

 

L’empereur Néron est entré dans l’histoire comme un tyran cruel et fou. Mais quelle est la part de vérité dans ce portrait ?