Honnêtement, on ne pensait pas que ça marcherait si bien !
Marcello Mortillaro, psychologue, université de Genève
Les émotions sont intimement humaines, et nous les comprenons de mieux en mieux. Mais l’IA va-t-elle bientôt décoder nos états d’âme mieux que nous ?
« Les émotions sont des réactions rapides de notre corps pour évaluer une situation et guider nos actions », nous rappelle le mathématicien Thorsten O. Zander. Désormais, ce langage universel peut être transformé en algorithmes numériques : « La recherche en IA porte largement sur la reconnaissance de modèles. »
Certaines applications de santé l’ont déjà intégrée et savent reconnaître les émotions en temps réel. Mais, explique la spécialiste Pamela Pavliscak, « elles ne gèrent pas bien les nuances ». Pour cela, il faudrait que l’IA ait accès « à l’activité de notre cerveau », comme l’explique Thorsten O. Zander. « Les signaux cérébraux, même s’ils ne se voient pas à l’extérieur, renseignent directement sur mon ressenti émotionnel ou sur mon interprétation. » Mais cela ne suffit pas : contexte et mémoire affinent son analyse. « Plus il a accès aux données antérieures, mieux il peut me comprendre. »
Mais y a-t-il un danger à laisser des machines sonder notre vie intérieure ?

La tragédie du suicide d’un adolescent en 2025 encouragé par Open AI a montré le risque à devenir affectivement dépendant d’un chatbot ou d’un assistant personnel.
Ce n’est pas le seul : une IA pourrait adapter son contenu en fonction de notre état émotionnel, et nous suggérer subtilement des idées d’achat. « C’est un vrai problème », s’inquiète le mathématicien. « D’ambitieux programmes de recherche sont sur le point d’aboutir », sans compter qu’actuellement « toute la recherche en IA se concentre aux États-Unis ».
Aujourd’hui, deux courants s’affrontent : d’un côté, celui pour le développement d’une super IA ; et de l’autre celui d’une IA plus saine et plus sûre. Thorsten O. Zander est de celui-là et défend « une IA personnalisée qui s’adapterait à chaque individu pour nous accompagner au quotidien ».
Voilà ce qui manque à une machine : elle a beau être capable de décrire verbalement un sourire ou ce qu’est la joie, elle n’a pas d’expérience directe du ressenti émotionnel. En revanche, elle peut imiter le comportement qui en résulte.
Thorsten O. Zander, mathématicien
Pour regarder « L’IA peut-elle ressentir nos émotions ? », c’est ici 👇
En partenariat avec Arte
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