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« Permis d’opprimer », les violence sexuelles à l’auto-école

Harcèlements, agressions, emprise, corruption de mineurs, viols : quand certains moniteurs d’auto-école se croient tout permis. Enquête sur la face sombre de l’examen le plus passé de France.

  • « Permis d'opprimer ».
  • © 17 Juin / FTV

Apprendre à conduire, en soi, c’est stressant. Pour certaines, ça peut même virer au cauchemar. Commentaires sexistes à la misogynie décomplexée, allusions sexuelles (« Utilise le levier de vitesse comme un pénis »), séduction qui tourne à la drague lourde, drague lourde qui tourne aux attouchements (la main du moniteur qui se pose sur la cuisse de l’élève au moindre coup de frein), attouchements qui peuvent aller jusqu’au viol : dans le huis clos de la voiture d’auto-école, loin de tout regard et de tout contrôle, profitant de leur ascendance sur des candidates souvent mineures (rappelons que l’âge minimum pour passer le permis est de 15 ans), certains moniteurs se croient, véritablement, tout permis. 
Évidemment, ces comportements ne concernent pas la majorité des moniteurs et il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur l’ensemble d’une profession, mais, depuis 2022, ce ne sont pas moins de vingt-huit moniteurs qui ont été condamnés pour harcèlement, viol ou agression sexuelle. Dans une époque post-#MeToo, à l’heure où la prise de parole, encouragée sur les réseaux sociaux, se libère (il y a même le hashtag #MonAutoÉcoleTrauma), ces agressions ne manquent pas d’interroger. Que nous dit ce chiffre, que nous disent ces comportements, de ce milieu et de ces hommes, certes, mais plus généralement, de notre société ?
Pour y voir plus clair, la journaliste Clara Losi a enquêté pendant des mois. Recueillant des dizaines et des dizaines de témoignages, donnant la parole à des avocats, des sociologues, mais aussi à des victimes et à des moniteurs, elle signe ce documentaire coup de poing qui lève le voile sur la face sombre de l’examen le plus passé de France.

L’automobile, dès ses origines, a été construite comme un engin de l’exploit. C’est un attribut de la puissance masculine. Je [ne suis pas] surpris que les auto-écoles soient un lieu de la domination masculine, de la violence sexuelle.

Yoann Demoli, sociologue

Décortiquer les mécanismes de l’emprise masculine

À l’heure où est discutée la loi intégrale de protection de l’enfance, Permis d’opprimer apporte un précieux éclairage à la question de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. 
« Je pense assez sincèrement qu’une voiture, une voiture d’auto-école, est un des meilleurs endroits pour placer sous emprise des adolescentes », confie Manon en racontant le long processus d’emprise, de manipulations, la progressive descente aux enfers et le viol qu’elle a subi de son moniteur, cet aîné affable et séduisant, en qui, à 17 ans, elle avait placé sa confiance de jeune fille (il a, depuis, été condamné). D’autres, avec elle, témoignent dans ce film de leur parcours, des conséquences, des traumatismes liés à leurs expériences. 
Parce que la voiture est depuis longtemps associée à la vitesse, à la mécanique, à la virilité (autrement dit, à une certaine idée, une idée certaine, de la masculinité), parce que la conduite véhicule (sans mauvais jeu de mot) les plus vieux clichés sexistes (« femme au volant... », etc.), l’auto-école est ce lieu précis où se recycle et s’exacerbe ce qu’on pourrait appeler une misogynie d’atmosphère, reflet (à peine déformé) de notre société patriarcale. En cela, l’auto-école est l’endroit idéal pour observer, détailler, décrypter, par effet de loupe en somme, les multiples ressorts de la domination dont sont victimes nombre de femmes et d’enfants. 

Regarde « Permis d’opprimer » sur france.tv👇

Publié le 23 septembre 2026
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