L’Armée des ombres

Philippe Gerbier (Lino Ventura) se préparant à sauter en parachute

Lundi 4 juin à 20.55

France 3

En 1969, l’ancien résistant devenu cinéaste a offert le plus personnel de ses films. Jean-Pierre Melville met en scène, sans filtre, le quotidien de ses semblables durant l’Occupation. Critiqué à sa sortie, ce film, adapté d’un roman de Joseph Kessel, fait depuis figure de chef-d’œuvre.

Imaginez un Paris occupé. Nous sommes en octobre 1942. Sur une place de l’Étoile déserte, des soldats allemands défilent au pas jusqu’à envahir tout l’espace. Ailleurs, dans une campagne pluvieuse, et tout aussi désertique, circule un fourgon de la police française. Le prisonnier, Philippe Gerbier (Lino Ventura), ingénieur des Ponts et Chaussées et surtout membre d’un réseau de la Résistance, est conduit dans un camp de prisonniers. Alors qu’il est transféré au siège de la Gestapo, il réussit à s’enfuir. Pour le traître qui l’a dénoncé, un jeune homme dont on ne saura rien, Gerbier n’a aucune compassion : ce sera la mort par strangulation. Le décor est planté, l’histoire peut se dérouler. Il n’est pas de guerre propre, pas plus qu’il n’existe de Résistance immaculée.

Ces hommes qu’encadre Gerbier savent qu’ils peuvent à tout instant être dénoncés, arrêtés, torturés, et pourtant ils continuent leur « mission ». Chaque geste, aussi anodin soit-il, paraît héroïque. De leur vie personnelle, on n’apprendra rien ou presque. Parce qu’à l’époque, le moindre détail sur votre vie privée pouvait vous faire tomber. Et Mathilde (Simone Signoret) en fera les frais. Rares sont les films où le silence, les gestes, les regards servent à ce point l’intrigue. Pas de dialogues, d’éclairages ou de scènes inutiles. Un visage tuméfié est aussi parlant qu’une scène de torture. Quant à la musique qui accompagne Gerbier et ses codétenus vers le peloton d'exécution (le quatrième mouvement de Spirituals for String Choir and Orchestra de Morton Gould), il servit de générique aux Dossiers de l’écran.