Icône retour Retour

Trafic de drogue et violence à Marseille : toute une histoire

Intimidations, règlements de comptes, homicides – la mort de Nessim Ramdane en 2024 et l’assassinat de Mehdi Kessaci, notamment, ont été particulièrement médiatisés –, la violence liée au narcotrafic semble hors de contrôle. À l’aide d’archives, de témoignages et de reconstitutions, la série documentaire « Marseille, de la “French” à la DZ » retrace 80 ans d’histoire du trafic de drogue pour tenter de comprendre le mal qui gangrène aujourd’hui la ville.

  • « Marseille, de la French à la DZ ».
  • © DR

Tout commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les frères Guérini, Antoine et Barthélemy, dit « Mémé », deux voyous corses installés dans la cité phocéenne, spécialisés jusqu’alors dans le racket, la prostitution et la contrebande de cigarettes et qui ont noué de solides amitiés politiques dans la Résistance, s’apprêtent à changer de braquet : ils viennent de rencontrer le mafieux italo-américain Lucky Luciano exilé à Naples, qui cherche des partenaires pour son trafic d’héroïne à destination du marché américain. Ce qu’on appellera la French Connection est un âge d’or, en tout cas pour les truands. L’opium arrive de Turquie, les chimistes marseillais font merveille et les labos clandestins tournent à plein régime, les tonnes d’héroïne traversent l’Atlantique, l’argent coule à flots, la police française n’a guère de moyens et n’est du reste pas très concernée par les camés et les morts par overdose dont le nombre ne cesse d’augmenter aux États-Unis.

À la fin des années 1960, néanmoins, la situation est telle que le président Nixon intervient auprès du président Pompidou pour engager une coopération. Les Yankees débarquent à Marseille avec leur savoir-faire, leurs méthodes, leur matériel de pointe et leurs dollars. Paris envoie le jeune commissaire Marcel Morin, qui va se révéler un grand flic. On croirait le retour des Incorruptibles.

Vingt ans plus tard, la French n’est pas morte mais elle a changé de mains. Et le ton change aussi. Le juge d’instruction Pierre Michel, qui a pris la relève de la lutte antidrogue, est abattu en pleine rue fin 1981. Vingt ans encore et cette violence explose sans limite. Au tournant des années 2000, le sinistre caïd Farid Berrahma invente les points de deal au pied des immeubles, avec des armées de guetteurs en soutien. On le surnomme joliment le Rôtisseur, rapport à la manière dont il se débarrasse des corps de ses concurrents. Évidemment, avec des principes pareils, il finit mal. Mais tous ceux qui travaillaient pour lui s’éparpillent dans la nature et répliquent ses méthodes. C’en est fini de l’organisation pyramidale du trafic, c’est l’archipélisation, une organisation « ubérisée », difficile à coincer, ultraviolente, utilisant des milliers d’ados paumés, parfois de moins de 16 ans, souvent recrutés par petites annonces sur les réseaux sociaux, des petits soldats faciles à manipuler ou à effrayer et qu’on sacrifie sans une hésitation...

> « Marseille, de la “French” à la DZ » (4 épisodes) est à voir sur france.tv

 

France.tv
 
 
Publié le 13 avril 2026
Commentaires
badge
Nombre de votes

0 votes