Harcèlement ou chamaillerie ? Nommer enfin les faits pour, littéralement, mettre un « terme » sur/à ce fléau qui touche 37 % des jeunes de 6 à 18 ans. Un documentaire bouleversant recueille, à part égale, les témoignages de victimes et de bourreaux, ainsi que celui de leurs parents, pour comprendre toute l’ampleur du phénomène et casser les idées toutes faites sur le sujet.
Je pense que le harcèlement, ça s’inscrit dans cette logique-là, de trouver une place, d’exister, de montrer qu’on appartient plutôt aux classes dominantes de la cour de récréation plutôt qu’à ceux qui sont dominés.
Zacharie, ancien harceleur, dans « Braver l’ombre, nos vies après le harcèlement »
Face caméra, Anna et Zacharie décident, devenus jeunes adultes, de « braver l’ombre » en racontant leurs années collège : la première a été harcelée pendant des années ; le second a, lui, harcelé ses camarades de classe. Chacun plonge dans les souvenirs de ces périodes sombres, sans complaisance, parfois crûment, pour décortiquer les mécanismes de ce qu’ils ont subi ou fait, et des conséquences sur leur vie.
Deux faces d’une même pièce : le film explore en miroir les émotions, les défis, les regrets et les petites victoires de ces deux anciens ados rongés au fond par un même mal-être, par le même impérieux désir de trouver sa place (auquel ils ont répondu de façon diamétralement opposée, renvoyant sur soi ou sur l’autre cette violence sociale de l’école).
J’ai toujours agi de manière à m’auto-saboter [...] parce que, en fait, j’étais dans un surplus d’émotion. C’était tellement compliqué, ma vie. C’était tellement horrible, je ne voulais plus de ça...
Anna, victime de harcèlement dans « Braver l’ombre, nos vies après le harcèlement »
« Toi comme moi, on n’était pas adaptés à ce que l’école attendait de nous. Ta différence, c’est ta force », finit par confier Zacharie à Anna, au cours d’une rencontre déterminante, qui prend des airs, par-delà les années et ce qu’ils ont l’un et l’autre vécu, de thérapie de réconciliation, d’étape de reconstruction. « Le harcèlement, ça ne fait pas de toi un monstre, ça ne fait pas de toi une mauvaise personne », lui répond Anna.
Rarement un film n’aura aussi délicatement mis en lumière l’importance et les enjeux de la parole, du dialogue, pour surmonter les traumas de l’enfance.
Le harcèlement en chiffres
- 37 % des jeunes de 6 à 18 ans sont touchés par le harcèlement ou le cyberharcèlement
- 28 % des jeunes de 6 à 18 ans déclarent avoir été témoins de harcèlement et de cyberharcèlement
- 71 % des cas de harcèlement ont lieu au sein de l’établissement scolaire
- 25 % des victimes ont déjà pensé à se faire du mal ou au suicide (jusqu’à 39 % chez les jeunes filles)
- 41 % des jeunes cyberharcelés le sont via WhatsApp (dont 25 % sur des groupes WhatsApp de classe)
- 81 % des incidents sont commis par des garçons contre 17 % commis par des filles (élève ou groupe d’élèves)
- 77 % des auteurs de harcèlement ont compris les conséquences de leurs actes mais 25 % récidivent
- 6 100 affaires de harcèlement scolaire ont été enregistrées par les parquets en 2024
[Sources : Étude Caisse d’Épargne - Association e-Enfance / 3018 sur le harcèlement et le cyberharcèlement des jeunes de 6 à 18 ans et Statistique publique de l’Éducation]
Regarde « Braver l’ombre, nos vies après le harcèlement » sur france.tv👇











