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« Jim Carrey, l’Amérique démasquée » : l’art du grotesque pour dénoncer la grossièreté de l’Occident

« Dumb and Dumber », « The Mask » et « Ace Ventura » : dans les années 1990, à coups de comédies régressives ultra-populaires, Jim Carrey a su élever la grossièreté au rang d’art. Derrière le rire gras et communicatif, une dénonciation en règle des travers de la société américaine. On rembobine et on t’explique.

  • « Jim Carrey, l'Amérique démasquée ».
  • © Universal Images Group North America LLC

Jim Carrey, stand-uper canadien devenu maître de la comédie hollywoodienne dans les années 1990 (Dumb and Dumber, The Mask, Ace Ventura, Fous d’Irène, Menteur menteur) avant d’inspirer le cinéma d’auteur (The Truman Show, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Man on the Moon), a une carrière hors norme qui n’en finit pas d’être célébrée (notamment tout récemment par un César d’honneur) et redécouverte. 
À revoir aujourd’hui ces films qui ont fait hurler de rire tes darons (période ados boutonneux et rires gras), tu vas certainement les trouver totalement régressifs, bassement scatologiques, voire franchement limites (la « flamme de pet » dans Dumb and Dumber, l’allaitement forcé de Fous d’Irène). Et pourtant, tu ne pourras ignorer, d’abord, que Jim Carrey, avec son corps élastique et ses grimaces à la Tex Avery, est un des plus grands talents comiques d’Hollywood et, ensuite, que  ses multiples masques dissimulent une des critiques les plus acerbes de l’Amérique de ces années-là. Derrière le rire grossier, c’est la grossièreté même de l’Occident qui est pointée du doigt.
Dans un brillant documentaire, qui mêle cinéphilie et sociologie, les réalisateurs Thibaut Sève et Adrien Dénouette (s’inspirant de l’essai éponyme de ce dernier, paru aux éditions Façonnage en 2020) rembobinent la vie de Jim Carrey et racontent une autre Amérique. 

Nous portons tous un masque, métaphoriquement parlant. Nous refoulons le ça, nos désirs inavoués, pour adopter une image acceptable. 

 Dr. Arthur Neuman (Ben Stein) dans « The Mask »

Retraçant en archives et extraits de films cultes la carrière du trublion hollywoodien (de son enfance canadienne auprès d’une mère dépressive qui le laissait végéter devant la télévision, jusqu’à sa passion pour la peinture abstraite à laquelle il s’adonne désormais loin des caméras), Jim Carrey, l’Amérique démasquée traverse soixante ans d’histoire et dessine en creux le portrait d’une société aussi sûre d’elle-même qu’immature et individualiste. 
Les grimaces de Jim Carrey, ses personnages borderline d’avocat, de détective ou de policier, font écho à toutes les outrances des présidences Bush et à toute la bouffonnerie hypocrite de l’ère Clinton. Véritable éponge, sensible aux mutations et aux dérives de son époque, l’acteur porte des masques qui ne sont que des versions à peine caricaturales de ceux d’une Amérique aveuglée par ses fantasmes de toute-puissance – fantasmes que réactualiseront les attentats du 11 septembre 2001, réveillant le goût d’Hollywood pour les super-héros et scellant la fin d’un certain type de comédies potaches. 

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Publié le 08 avril 2026
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