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« Django Unchained » : le western revu et corrigé par Tarantino

Dans le sud des États-Unis, la patiente et roborative vengeance d’un esclave, affranchi par un ancien dentiste reconverti en chasseur de primes. Tarantino revisite l’histoire de l’esclavagisme américain autant que le western, dans un film culte qui condense tout son cinéma.

  • Jamie Foxx dans « Django Unchained ».
  • © Columbia Pictures

Dialogues ciselés, stars à contre-emploi, digressions assumées, truands magnifiques, vengeance explosive et violence décomplexée : tu connais la « patte » Quentin Tarantino. Depuis la révélation Reservoir Dogs en 1992, concrétisée deux ans plus tard avec Pulp Fiction (Palme d’or à Cannes), en passant par Kill Bill (2003-2004), Boulevard de la mort (2007), Inglourious Basterds (2009) ou, tout dernièrement, Once Upon a Time in Hollywood (2019), l’enfant terrible de Hollywood n’en finit pas de revisiter et réenchanter l’héritage du cinéma bis. 
Car la cinéphilie de Tarantino s’est davantage construite dans les vidéo-clubs de seconde zone que dans les ciné-clubs universitaires. Ses références piochent allègrement du côté du film d’horreur, de la blacksploitation, des films de kung-fu, du Nouvel Hollywood ou encore de la série B : bref, autant de « sous-genres » fauchés, généralement boudés par l’intelligentsia académique, auxquels sa mise en scène virtuose, ses traits d’humour (et son succès) redonnent ses lettres de noblesse. De sorte que son cinéma est tout entier dévoué à la recherche (et la satisfaction) d’un plaisir pur, primitif (et vaguement coupable) de spectateur. Que demander de plus ?
Étonnamment, il a fallu attendre 2012 pour que le réalisateur culte s’attaque (à proprement parler) à un genre qui était pourtant taillé sur mesure pour lui : le western spaghetti. Inutile de dire que, avec Django Unchained, Tarantino joue à domicile : ce remake d’un succès (sanglant) des années 1960 signé Sergio Corbucci est même la quintessence de tout son cinéma. On t’explique.

J’aime ta façon de crever, mon gars ! 
[I like the way you die, boy !]

 Django (Jamie Foxx) dans « Django Unchained »

Une vengeance tarantinesque

Django Unchained reprend un motif cher à Quentin Tarantino : non pas exactement la réparation d’une offense personnelle que les moyens, patients, rusés, parfois retors et pervers, de la mettre en œuvre. Ainsi, Django (Jamie Foxx), esclave affranchi par un ancien dentiste (Christoph Waltz) reconverti en chasseur de primes, va-t-il traverser le sud des États-Unis pour infiltrer la plantation d’un ignoble colon raciste (Leonardo DiCaprio) afin d’y retrouver sa femme (Kerry Washington). Sur cette trame, le film orchestre un lente et inexorable montée en tension jusqu’à un climax d’anthologie, véritable déchaînement de toutes les pulsions que le personnage principal aura refoulées. Jouissif !

La fiction plus forte que l’Histoire

Dans Inglourious Basterds, une jeune juive piégeait Hitler et tout son état-major dans une salle de cinéma pour les exterminer : revisitant la Seconde Guerre mondiale, Tarantino offrait, littéralement avec les outils du septième art (pellicule inflammable par exemple), une issue autrement plus roborative à l’Histoire officielle. Même processus dans Django Unchained : son film est tout entier une relecture de la question esclavagiste et raciale américaine. Le réalisateur ne se contente pas de raconter l’Histoire du point de vue des perdants, il les arme pour en renverser le cours même. Plutôt qu’un cinéma de dénonciation, il propose là ce qui serait une utopie de justice fictionnelle, certes naïve et premier degré, voire complaisante (puisqu’il s’agit de répondre à la violence de l’Histoire par une violence tout aussi démesurée), mais surtout éminemment politique. 
Il récidivera plus tard avec Once Upon a Time in Hollywood, qui revisite le meurtre de l’actrice Sharon Tate par Charles Manson et ses adeptes.

Une passion communicative

En soi, le western spaghetti, né dans les années 1960, était un cinéma hautement référencé puisqu’il était une relecture italienne des canons du genre américain. Avec Django Unchained, Tarantino propose, en quelque sorte, un hommage au carré, tant son film regorge de citations tous azimuts, festival de clins d’œil qui est autant un régal pour ceux qui ont la ref qu’une invitation, pour les autres, à découvrir illico les films de Sergio Leone (Le Bon, la Brute et le Truand), Sergio Corbucci (Django, certes, mais aussi Le Grand Silence), Gordon Parks (Shaft), Don Siegel (Sierra Torride par exemple) ou Akira Kurosawa (Les Sept Samouraïs). 
Au fond, Tarantino est une sorte de DJ surdoué, remixant ses diverses influences en un style unique, doublé d’un génial passeur de cinéma.

« Django Unchained » : tout Tarantino en un film

Enfin, qu’il s’agisse de son utilisation de la musique (mélange éclectique et savamment dosé de classiques et de morceaux contemporains qui fait de chaque bande-son de Tarantino une playlist culte), de son sens des dialogues absurdes (qui, s’apparentant à des digressions, viennent finalement renforcer la tension propre à chaque scène), de son goût pour les personnages aussi ambigus que charismatiques, de la limpidité d’une mise en scène que traversent de véritables morceaux de bravoure et, surtout, de sa direction d’acteurs (ou plutôt de sa capacité à réunir les plus grands noms de Hollywood pour des rôles qui les marqueront à jamais), Quentin Tarantino a condensé dans Django Unchained tout ce qui fait son art. C’est peut-être même le film qui résume le mieux ce que le réalisateur a apporté au cinéma américain.
Django Unchained a reçu l’Oscar 2013 du meilleur scénario original, Christoph Waltz, celui du meilleur second rôle masculin.

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Publié le 23 février 2026
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