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« Bad Bitch - La Plus Belle Revanche du rap », décryptage d'une émancipation

De Lil Kim à Cardi B : l’histoire d'une insulte sexiste transformée en étendard féministe décomplexé, symbole de lutte contre le patriarcat. On ne naît pas « bad bitch », on le devient.

  • « Bad Bitch - La Plus Belle Revanche du rap »
  • © Grünt

C'est quoi, une bad bitch ? On pourrait traduire assez littéralement et paresseusement par « dure-à-cuir » si l'on faisait abstraction de la scène Gangsta Rap des années 1980, où l'expression fleurie était régulièrement destinée aux femmes (réduites au statut de « chiennes » ou de « salopes », pour une traduction moins lisse). Insulte rance, tout en misogynie, violence, humiliation et objectivation.
Et puis, dans les années 1990, des rappeuses comme Trina ou Lil Kim choisissent de renverser l'accusation pour s'autoproclamer bad bitches, avec auto-dérision et panache.
Gare aux insultes, loin de réduire au silence, elles risquent bien de devenir des étendards sous lesquels se rassembler et revendiquer sa singularité. Aujourd'hui, toutes celles qui dominent le game, de Cardi B à GloRilla en passant par Nicki Minaj, Ice Spice ou, en France, Liza Monet, le prouvent : elles sont des bad bitches et comptent bien le rester.

On parle de multimillionnaires dont les chansons sont dans les tops musicaux, qui parlent de choses qui rendent les gens mal à l'aise, et tout ce qu'elles reçoivent, c'est de la haine. Il y a un racisme évident, un sexisme évident. Mais ça ne les a pas arrêtées. Alors, qui a gagné ?

Kathy Iandoli, autrice de « God Save the Queens : The Essential History of Women in Hip-Hop »

Les bad bitches sont au cœur d’un documentaire  France TV Slash, signé Morane Aubert, journaliste musicale spécialiste du rap. Durant 54 minutes, la réalisatrice donne la parole à des femmes qui en imposent, pour dresser le portrait d'une féminité libre, décomplexée et populaire qui, en quelques années, a totalement ringardisé le machisme ordinaire du milieu hip-hop, tout en se jouant des mêmes codes. Oui, la bad bitch est indépendante, financièrement comme mentalement, et ne s'écrase devant personne — surtout pas devant les hommes. 
Nourri de nombreuses interviews percutantes et d'extraits de clips, le documentaire célèbre celles qui n'ont pas froid aux yeux, assument leurs ambitions, ne reculent devant aucune provocation, revendiquent leur pouvoir, leurs désirs — autant que leurs formes.

Quand tu as ce mental-là, les gens ont du mal avec toi. Ils ont envie de te lisser. Mais tu veux lisser quoi ?

Liza Monet

Surtout, le documentaire dépasse le contexte du hip-hop pour interroger le phénomène Bad Bitch à l'aune des mutations de ces dernières décennies. Car, que l'on ne s'y trompe pas : les rappeuses qui revendiquent l'épithète se trouvent aux avant-postes de la lutte contre l'oppression qu'imposent les sociétés de la modernité tardive aux minorités. Femmes issues de milieux modestes, racisées, elles se trouvent à l’intersection de tout un faisceau de discriminations (sexisme, racisme, classisme). En retournant comme un gant l'insulte qui les stigmatisaient, les bad bitches sont un exemple flamboyant d'émancipation, dont la capacité d'empouvoirement rappelle celle des « pétroleuses » sous la Commune de Paris ou des « suffragettes » anglaises du début du XXe siècle.

Regarde « Bad Bitch - La Plus Belle Revanche du rap » sur france.tv👇
 

Bad Bitch, la plus belle revanche du rap

 

Publié le 30 décembre 2025
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