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Un Noir chez les racistes

Imagine que tu es un journaliste noir, en Afrique du Sud, et que tu vas passer une semaine dans une ville créée exclusivement pour les Blancs, des Afrikaners. C’est ce qu’a choisi de faire Ade Adepitan, nigérian-britannique « et fier de l’être », dans « Orania, une ville de Blancs ? » pour comprendre les réelles motivations des habitants, qui rejettent l’étiquette « raciste » et affirment que la ville est un « projet culturel ». Difficile à croire pour certains…

  • Le journaliste Ade Adepitan avec le responsable de la communication à Orania.
  • © Cardiff Productions and Motion Content Group Limited

Je vais mettre de côté mes préjugés.

 Ade Adepitan, journaliste

C’est la première fois qu’une personne noire séjourne à Orania, en Afrique du Sud, où s’est établie, il y a une trentaine d’années, une communauté d’Afrikaners après la fin de l’apartheid – régime de ségrégation absolue entre Blancs et Noirs – et l’élection de Nelson Mandela au pouvoir. Aujourd’hui, elle compte trois mille habitants qui revendiquent la culture afrikaner et ont pour ambition de créer un micro-État. 

Ade Adepitan vit dans un quartier métissé de l’est de Londres. Il est journaliste, et joueur de basket de haut niveau, mais aussi handicapé et se déplace en fauteuil roulant. 
Tout au long de cette expérience de vie à Orania, il tient une sorte de journal de bord filmé.
Accueilli par son « fixeur »* sud-africain, Kerneels, qui a négocié pendant plusieurs mois leur venue, ils prennent la route vers le centre du pays, en plein désert, sur les rives du fleuve Orange.

Au début de leur séjour, Ade confie ses appréhensions : « Après tout je suis pour la défense des minorités : je sais que ça va être compliqué et difficile, et que ça va me repousser dans mes retranchements. Mais je veux donner une chance à ces Afrikaners de s’expliquer. »

C’est difficile d’être un Afrikaner de nos jours.

 Anje, directrice de l'école

Dans cette localité verte et en apparence paisible, première rencontre avec la responsable d’une agence immobilière locale, épouse du président du conseil municipal. À la question des raisons qui poussent des Afrikaners – en minorité sur le territoire sud-africain – à s’installer ici, elle répond : « Pour l’espoir, pour la sécurité aussi. Des services publics qui fonctionnent. » Des motivations compréhensibles dans un pays gangrené par la corruption et la violence.
Ici, pourtant, tous les hommes sont armés, et Ade apprend plus tard qu’un comité de sélection valide, ou non, toutes les demandes de résidence, selon des critères qui « excluent d’emblée les Noirs ».

Les habitants de cette ville, qui fonctionne avec des fonds privés, ont leur propre monnaie, leur propre devise et sont majoritairement protestants.
La directrice de l’école, qui rassemble des élèves de 4 à 18 ans, insiste sur l’importance de transmettre aux cinq cents élèves la langue, la culture et l’histoire des Afrikaners. 

L’apartheid est né parce qu’un groupe a voulu gouverner les autres. Orania est l’antidote à ça.

 Joost, responsable des relations médiatiques d'Orania

Ade est invité par le responsable des relations médiatiques à découvrir le lieu emblématique d’Orania : Monument Hill où sont alignées les statues des architectes et « artisans brutaux » de l’apartheid. Des références ouvertement racistes qui mettent Ade mal à l’aise.

Un sentiment qui va s’intensifier au fil de ses conversations avec les différents représentants de la vie locale jusqu’à un dîner où un échange particulièrement âpre va finalement lui fermer toutes les portes...

Une dernière rencontre est cependant possible avec l’époux de la directrice d’école : l’ex-maire d’Orania, Carel Boshoff, petit-fils de l’ancien président sud-africain Hendrik Verwoerd, le « grand architecte » de l’apartheid. « La communauté afrikaner a le besoin et le droit d’avoir un endroit où vivre... Dès qu’on adopte le concept moderniste d’unité nationale, en particulier en termes de population multiculturelle, on entre dans le domaine de l’ingénierie sociale. » Un raisonnement qui achève de convaincre Ade qu’il est temps de quitter ce lieu, où le projet culturel semble étroitement lié à la catégorisation raciale...


Les habitants d’Orania semblent s’intéresser à rien d’autre qu’à eux-mêmes.

 Ade Adepitan

* « Fixeur » : terme journalistique pour désigner une personne faisant office à la fois d’interprète, de guide, d’éclaireur et d’aide de camp dans un pays étranger.
 

Pour découvrir le reportage « Orania, une ville de Blancs ? », c’est ici 👇
 

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Publié le 09 avril 2026
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