L’inquiétude est, d’après le proverbe, la « faucille de l’âme ». De fait, elle fauche littéralement Jocelyne Veyrades, mère de famille modeste qui, un vendredi soir de 1981, attend désespérément le retour de son fils, jeune appelé de 20 ans en permission pour le week-end.
Mais l’inquiétude est aussi un sentiment tout à fait relatif. Ni les autorités militaires, ni la police, ni plus tard la justice ne prennent la véritable mesure de cette disparition. Désertion, fugue ou simple écart de conduite ? Jocelyne, elle, est convaincue, dans son âme de mère, qu’un drame s’est produit. Contre toutes les certitudes, contre le silence des institutions, contre leurs indifférence et appels à la raison (symptômes d’une société fortement patriarcale), elle se lance dans une lutte acharnée pour découvrir la vérité, jusqu’à ce que, au fil d’interminables années, elle apprenne que d’autres appelés de la région se sont, comme son fils, volatilisés sans explication...
— Mon fils, il a toujours prévenu quand il découchait. Et là, ça fait trois jours qu’on est sans nouvelles. Et c’est long, trois jours...
Jocelyne Veyrades (Alix Poisson) et le commissaire Janson (Félix Moati)
— Pour une mère, oui... C’est comme ça, les mères. Elles s’inquiètent pour rien.
Un bouleversant portrait de femme
Adaptée du roman homonyme de Julie Peyr (paru en 2022 aux éditions des Équateurs), lui-même inspiré de l’affaire des disparus de Mourmelon, qui effraya et sidéra la France des années 1980, Les Disparus des Argonnes fait sienne, en quatre épisodes à vous faucher l’âme, l’inquiétude de cette mère lancée dans une quête impossible, femme ordinaire faisant face à l’inacceptable.
Dans un de ces rôles tout en intensité et sensibilité dont elle a le troublant secret (Sambre, Des vivants), Alix Poisson porte la série de bout en bout. Mère courage poussée par une admirable force intérieure (y compris quand elle se confronte à la sœur du bourreau présumé de son fils, incarnée par une Anne Charrier retorse et cruelle, aussi méconnaissable que magistrale), l’actrice tend à notre regard le miroir de ses blessures, de sa détermination et de sa résilience.
Avec la complicité d’une pléiade d’acteurs investis, inspirés et fascinants (Vincent Deniard en père dévasté, Cyril Lecomte en criminel terrifiant de normalité, Félix Moati en commissaire empathique mais gentiment paternaliste), Alix Poisson et toute l’équipe des Disparus des Argonnes dessinent là un bouleversant portrait de femme puissante, jusque dans (et en raison même de) sa fragilité.
Un « True Crime » à la sensibilité inédite
La réalisation de Safy Nebbou (déjà auteur, pour France 2, du remarquable Parents à perpétuité), réaliste, crue, tout entière dédiée à ses personnages et acteurs, parvient à insuffler à cette série de « True Crime » une sensibilité et même une forme de douceur inédites. Et c’est ce qui fait toute la radicalité des Disparus des Argonnes : une approche profondément humaniste qui, par-delà le suspense millimétré propre au genre (et aux nombreux rebondissements d’une affaire aussi hors norme),saisit cette part d’humanité qui, coûte que coûte, résiste, espère, insiste, jusque dans l’horreur la plus absolue.
Filmant d’un même élan mélancolique les intérieurs modestes, les casernes opaques, les forêts humides, les friches à l’abandon, les tribunaux austères, tout autant que les coulisses d’un show télévisé sensationnaliste (une émission d’appels à témoin à laquelle, en désespoir de cause, participe Jocelyne et qui vient, à l’image du chœur des tragédies antiques, rythmer, commenter, éclairer l’action de la série), Safy Nebbou semble dévoiler là l’envers d’une société aveugle, trop sûre d’elle-même, indifférente au sort de ses laissés-pour-compte.
Les Disparus des Argonnes a reçu le Prix de la meilleure série drama / suspense au Festival de la fiction de La Rochelle 2026.
Les Disparus des Argonnes

Épisode 1
Dans un village des Argonnes, Gilles Veyrades, jeune appelé effectuant son service militaire, disparaît mystérieusement alors qu’il devait rentrer en permission. Sa mère, Jocelyne, refuse de croire à une fugue ou à une désertion. Malgré l’indifférence des autorités, elle commence à interroger son entourage et découvre qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé : d’autres appelés de la région se sont volatilisés sans explication. Tandis que la famille Veyrades tente de rester soudée, Jocelyne devient peu à peu la porte-parole des proches des disparus.
Épisode 2
En 1982, un cadavre est découvert dans une forêt proche des casernes. Ce n’est pas Gilles, mais Christophe Pradier, un autre jeune militaire disparu. Pour Jocelyne et les familles, le doute n’est plus permis : ces disparitions dissimulent des actes criminels.
En 1988, lassée du silence des institutions, Jocelyne témoigne dans l’émission télévisée Portés disparus, relançant l’affaire dans les médias. Un gendarme, qui regarde l’émission, se souvient alors qu’il a récemment interpellé un homme dans des circonstances troublantes, laissant penser qu’il pourrait être lié à ces disparitions. Son nom : Guy Lachêne.
Épisode 3
Toujours en 1988, Guy Lachêne est incarcéré et jugé pour le viol et la séquestration d’un auto-stoppeur italien, retrouvé vivant dans son camping-car. Si l’armée le décrit comme un homme sans histoires, les correspondances troublantes entre ses affectations militaires et les lieux des disparitions sèment le doute. Tandis que les médias se passionnent pour l’affaire, la justice se divise : Lachêne est condamné pour le viol, mais les preuves manquent pour le relier formellement aux disparitions. Jocelyne et les familles restent convaincues qu’il dissimule une vérité plus grande encore.
Épisode 4
En 2001, Guy Lachêne, libéré après avoir purgé une peine réduite, reprend une vie ordinaire. Jocelyne, vieillie mais toujours aussi tenace, travaille comme femme de ménage au tribunal où le dossier a été refermé. Lorsqu’elle apprend que les scellés contenant des objets personnels de Lachêne n’ont jamais été exploités, elle tente de convaincre une jeune juge d’instruction de relancer l’enquête en s’appuyant sur les nouvelles méthodes d’analyse ADN.
Série (4 x 52 min – 2026) – Réalisation Safy Nebbou – Scénario Julie Peyr, Safy Nebbou, Mary Arnaud – D’après le roman Les Disparus des Argonnes de Julie Peyr (éditions des Équateurs) – Production François Lardenois, Nathan Franck, Studio14 Films – Coproducteurs Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, Umedia
Avec Alix Poisson, Vincent Deniard, Anne Charrier, Félix Moati, Camille Claris, Cyril Lecomte, Xaverine Lefevre, Isabelle Côte-Willem, Aïssa Maïga et Mehdi Nebbou
Les Disparus des Argonnes est disponible dès le vendredi 30 octobre sur france.tv et prochainement sur France 2

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