Plus précisément, c’est la notion de validisme qui est ici à l’œuvre : ce système qui établit, par des critères physiques et psychologiques, une hiérarchie entre les corps, entre ceux dits « normaux » et ceux jugés « anormaux ».
C’est dans la contestation de tels standards que réside la puissance subversive du handicap : un espace qui interroge les fondements d’une société cristallisée dans un idéal de performance, de vitesse, d’autonomie, de productivité immédiate et de dépassement de soi – et qui, à l’inverse, revendique la différence, la dysfonction, l’interdépendance, l’attention et l’esquive. Dans l’art, ces considérations dessinent une esthétique qui élargit les cadres de la représentation et échappe aux carcans de la beauté ou du goût.
La fragilité comme expérience sensible
Cette thématique n’est pas abordée directement par tous les artistes de la saison, loin s’en faut. Disons plutôt qu’elle a librement inspiré, ou infusé, cette association d’expositions qui, à travers des formes variées, des plus abstraites au plus directement militantes, des plus métaphoriques au plus documentaires, évoquent des corps contraints par des normes, en honorant des positions minoritaires qui parlent pour le plus grand nombre.
C’est pourquoi cette saison est aussi une invitation à jouer avec les contradictions et les discordances, à conscientiser la fragilité comme expérience sensible, comme élargissement des possibles. Et si on renversait l’ordre des choses ? Si la conscience de la fragilité contaminait le monde des « valides » ? Si on transformait, par la magie de l’art, la compassion en passion, la contrainte en intensité, la mécanique en fantastique et l’ordinaire en poésie ?
