Le désir ne disparaît pas avec l’âge ! Ce serait une bonne nouvelle, si la société ne refusait pas de le voir et de l’intégrer. Marina Carrère d’Encausse s’attaque à un tabou bien tenace : celui de la vie intime des plus âgés. Un tabou lié à des idées reçues* qui peuvent pousser certaines personnes à inhiber leurs désirs.
Les bienfaits de la sexualité
Et c’est bien dommage car la sexualité apporte de nombreux bienfaits au corps et à l’esprit, et ce à tout âge. Des rapports sexuels réguliers cimentent le couple et la satisfaction qui en découle perdure environ quarante-huit heures. Sans compter que le plaisir physique et son cocktail biochimique d’hormones auraient des incidences bénéfiques sur le vieillissement de la peau. À propos d’hormones, l’ocytocine, hormone de l’amour, va donner un sentiment de confiance, de tendresse, de bien-être ; l’endorphine, hormone du bonheur et de l’euphorie, agit comme un calmant naturel qui permet de mieux dormir et de limiter les coups de blues…, enfin la sérotonine, hormone de la satisfaction, du plaisir et du bien-être, est aussi déclenchée lors des rapports intimes. C’est une substance sédative et antidépressive qui a un effet bénéfique sur le moral !
Le documentaire
L’augmentation de l’espérance de vie, les progrès de la médecine, l’évolution de nos modes de vie permettent à des personnes de 70, 80, 90 ans d’être toujours à l’écoute de leurs envies, voire d’en découvrir de nouvelles… le poids des ans ne sonne plus forcément le glas d’un épanouissement sensuel. Une personne âgée sur deux continue même d’avoir une sexualité.
Le documentaire Vieillir et jouir sans entraves fait une analyse de la question. Et le constat que la nudité des vieux est considérée comme repoussante et l’expression sincère d’un désir autre que la tendresse, jugée déplacée, voire malsaine. Résultat : les personnes âgées sont infantilisées, privées, contraintes, dans un élan collectif souvent inconscient qui leur dénie un droit, pourtant légitime, à l’intime. Une tendance qui devient même de la maltraitance lorsque cela se passe en Ehpad et que les couples sont séparés au nom de la bienséance ou de questions matérielles.
Les témoins
Avec la complicité de célébrités comme Pierre Arditi, Macha Méril, Antoine de Caunes, Laure Adler, Gérard Hernandez, qui, certains pour la première fois, ont accepté de prendre la parole sur ce thème très intime, la journaliste et médecin Marina Carrère d’Encausse lève le voile sur la question essentielle de la place que notre société réserve à ceux qui ont souvent vécu Mai 68 et qui sont désormais « les vieux ». Grâce à la confiance de couples comme Francine et Marc (soixante ans de vie commune), Jacqueline et Patrick (un jeune couple d’octogénaires), Jean-Marc et Alain (en couple depuis trente-quatre ans), ou de célibataires comme Thierry, Madeleine ou Catherine, le documentaire libère des paroles sincères, rares et fortes, sur l’évolution du corps, de l’amour, de la curiosité, mais aussi sur les aléas de la libido et l’impact de la maladie.
Des solutions
Au fil des rencontres, le film dénonce les idées reçues et le jeunisme ambiant qui invisibilisent une population bien décidée à ne plus se laisser faire. Car d’autres modèles existent, que le film nous fait découvrir. Une maison de la diversité, unique en France, créée pour lutter contre l’isolement des personnes LGBT vieillissantes. Certaines maisons de retraite ont créé des chambres communes pour les couples et commencent à former leur personnel à cette question de la sexualité. Le réalisateur se met dans les pas d’une sexologue qui en a fait son cheval de bataille et qui n’hésite pas, aussi, à organiser des ateliers « sextoys » adaptés aux problématiques du grand âge. Certains pays frontaliers, comme la Belgique, ont même instauré la possibilité d’un recours à des assistants sexuels pour permettre à certains résidents d’Ehpad très dépendants de continuer à avoir une vie intime s’ils le souhaitent. Autant d’initiatives aux conséquences très positives pour les bénéficiaires, qui renforcent l’idée qu’il est temps de changer de regard sur les vieux que nous serons tous demain.
* Les idées reçues sur la sexualité des personnes âgées (2015)
Les personnes âgées ne font plus l’amour
Faux : plus de la moitié des hommes (54 %) et d’un tiers des femmes (31 %) âgés de plus de 70 ans disent continuer à être sexuellement actifs.
Une femme ménopausée n’a plus de désir
Faux : pour une femme sur deux, la ménopause n’a aucune incidence sur sa vie sexuelle.
La plupart des personnes âgées ont des dysfonctionnement sexuelles
Faux : les fonctions sexuelles vieillissent un peu mais ce n’est pas pour ça qu’elles sont moins performantes : elles évoluent, parfois avec difficulté mais parfois avec des bénéfices intéressants…
Les personnes âgées préfèrent la tendresse aux rapports sexuels
Vrai et faux : cela dépend des personnes et de la relation de couple.
En Ehpad, les personnes âgées ne peuvent pas avoir de relations sexuelles
Vrai et faux : ces lieux de vie ne peuvent interdire les pratiques ou relations sexuelles dès lors qu’elles s’exercent dans une sphère intime. Pour autant, rien n’est prévu pour permettre à celles-ci d’avoir lieu dans de bonnes conditions…
Les personnes âgées n’utilisent pas les applis de rencontres
Faux : sur les 27 millions de célibataires en France, il y aurait 9 millions de plus de 50 ans. Un marché qui n’a pas été oublié des sites de rencontres…

Vieillir et jouir sans entraves
Avec les témoignages de Pierre Arditi, Macha Méril, Antoine de Caunes, Laure Adler et Gérard Hernandez
Présentation Marina Carrère d’Encausse — Réalisation Dominique Thiéry — Production Gaëlle Chauvin / 17 Juin Media
Vieillir et jouir sans entraves est diffusé mardi 3 février à 21.05 sur France 5
À(re)voir sur france.tv