Après avoir filmé le travail de reconstruction de la communauté éducative dans Le Collège de monsieur Paty (lire encadré 2), la réalisatrice Christine Tournadre poursuit son travail de mémoire et nous emmène au cœur du premier procès.
C’est important de déposer sa souffrance. Je veux connaître les détails des faits, les détails des intentions pour que cela les rende réels. J’ai dû faire le deuil de la personne que j’étais avant et c’est dans ce lieu de justice que j’attends des vérités.
Gaëlle, sœur de Samuel Paty
Quatre ans après l’attentat, huit accusés s’apprêtent à comparaître.
C’est la première fois que nous sommes conduits à porter l’accusation en reprochant à des personnes d’avoir tenu des propos que nous considérons directement à l’origine de faits terroristes commis. La décision rendue par la cour d’assises fera date et sera un élément de jurisprudence extrêmement important.
Olivier Christen, procureur national antiterroriste
Le film se concentre sur ceux qui ont lancé la campagne de haine en ligne : Abdelhakim Sefrioui, militant islamiste, et Brahim Chnina, père de Zohra, qui n’avait que 13 ans lorsqu’elle avait affirmé avoir été exclue du cours de Samuel Paty en raison de sa religion. Un mensonge qui enclenchera l’engrenage qui causera la mort du professeur d’histoire.
Concrètement, Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina sont accusés d’avoir participé à une association de malfaiteurs terroriste. La cour doit donc évaluer si oui ou non les deux hommes ont coopéré au projet et si leurs agissements se sont inscrits dans une logique terroriste.
Quand Abdelhakim Sefrioui cible Samuel Paty, il sait très bien que le mettre sur les réseaux sociaux va avoir des conséquences dont il n’ignore pas l’existence.
Anne-Clémentine Larroque, analyste pour la justice antiterroriste
Ce dossier pose aussi la question des réseaux, des réseaux, des réseaux. On tâtonne aujourd’hui sur la réponse pénale à apporter. Comment fait-on avec cette justice-là ? Cette justice de l’après.
Me Louise Tort, avocate de Brahim Chnina
Si la principale du collège n’a pas réussi à sauver le professeur Paty, c’est bien évidemment parce que l’assassinat a été favorisé à chaque degré par chacun des acteurs présents dans le box. Donc il est indispensable d’entendre que les actes, qui ont été posés, ont produit des conséquences létales, mortelles. Il va falloir que ce procès provoque une véritable prise de conscience. Le réseau social est un outil. L’utilisation qu’on en fait passe par la responsabilisation de l’auteur.
Me Vincent Berthault, avocat de la principale du collège
Le 20 décembre 2024, Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina sont déclarés coupables d’association de malfaiteurs terroriste.
L’acharnement concerté d’Abdelhakim Sefrioui et de Brahim Chnina à vouloir poursuivre la campagne de haine sur les réseaux sociaux sans tenir compte d’aucune alerte traduit leur volonté de faire en sorte que les conditions d’une infraction terroriste soient réunies.
La cour d’assises spéciale de Paris
Abdelhakim Sefrioui est condamné à 15 ans de réclusion criminelle, Brahim Chnina à 13 ans de réclusion criminelle.
Quant à Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, les deux amis de l’assaillant Abdoullakh Anzorov (abattu par la police quelques minutes après les faits), ils ont écopé de 16 ans d’emprisonnement pour complicité d’assassinat.

Samuel Paty, le temps de la justice
Documentaire (Inédit – 90 min – 2026) – Réalisation Christine Tournadre – Écrit avec Mathieu Delahousse – Production Galaxie – Avec la participation de France Télévisions
Samuel Paty, le temps de la justice est diffusé le mardi 10 mars sur France 5 et sur france.tv
Encadré 1. Verdict du procès en appel lundi 2 mars 2026
Abdelhakim Sefrioui : peine confirmée de 15 ans de réclusion criminelle.
Brahim Chnina : 10 ans de réclusion criminelle contre 13 ans en première instance.
Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov : 6 et 7 ans de réclusion criminelle contre 16 ans en première instance.
Encadré 2. « Le Collège de monsieur Paty »
Immersion au collège du Bois-d’Aulne, un an après l’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020. Ce documentaire de Christine Tournadre filme le quotidien de l’établissement, recueille la parole des professeurs et des élèves, capte les silences comme les colères. Pas à pas, il raconte le chemin de reconstruction d’une communauté traumatisée, dont les interrogations traversent notre société. Un hommage pudique et bouleversant.
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