« Sale Temps pour la planète – Normandie, là où la terre recule »

S'adapter plutôt que vouloir à tout prix dompter

France 5

Documentaires

En ces terres normandes, il existe une volonté affichée d'apprendre à conjuguer dérèglement climatique et résilience. Des démarches pensées sur le long terme dont les premiers résultats sont pour le moins encourageants. Ces initiatives locales sont à découvrir lundi 27 juillet à 21.00 sur France 5.

« Sale Temps pour la planète – Normandie, là où la terre recule ». © Elle Est Pas Belle La Vie !

Il y a, en Normandie, matière à s'inquiéter. Un avenir incertain intimement lié aux conséquences du dérèglement climatique dont on mesure à chaque nouvel épisode les effets délétères. On a tous en tête ces troués à flanc de falaise, après que des blocs sont tombés sans crier gare ou ce recul du trait de côte dont on tente ici et là d'atténuer l'impact. 

Puisqu'il nous faut changer de paradigme, (ré)apprendre à penser sur le long terme pour espérer ainsi ne plus simplement subir ces aléas météorologiques de plus en plus intenses et imprévisibles, autant s'intéresser à celles et ceux qui œuvrent pour des lendemains plus sereins. Des initiatives pour redonner une place au vivant, aux écosystèmes d'antan, à cette nature que nous avons cherché à dompter et qui retrouve ici et là un aspect plus naturel, pour ne pas dire sauvage. Bien sûr, cette approche a un coût financier, mais pas uniquement. 

Il suffit de suivre Morad Aït-Habbouche pour réaliser les efforts consentis par les communes touchées et comprendre que derrière chaque mise en péril évoquée, ce sont des familles qui voient ou verront leur maison rachetée (pour, à terme, être rasée). « Toutes ces maisons qui sont en bordure de falaise sont vouées à disparaître dans les vingt ou vingt-cinq ans qui viennent, précise le maire de Quiberville-sur-Mer, Jean-François Bloc, en désignant des maisons sur sa gauche. Là, on arrive sur l'endroit où on a déconstruit une maison qui était à environ six mètres cinquante du bord de falaise. J'avais pris attache avec le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) qui m'avait conseillé de prendre un arrêté de péril et d'interdire aux gens d'habiter ce lieu qui était à risque. » 

Je suis maire depuis 1987. Donc, les dix premières années, je bétonnais en faisant des digues, de l'enrochement, du rechargement en galets. Les dix années suivantes, j'ai plutôt subi, puisqu'on a subi des inondations et des submersions marines. Et puis, les dix dernières années, je me suis dit « faut anticiper », parce que j'ai pris conscience du recul du trait de côte et de l'élévation du niveau de la mer.

 Jean-François Bloc, maire de Quiberville-sur-Mer

À Quiberville-sur-Mer, des travaux colossaux ont aussi été entrepris pour redonner corps à l'ancien lit de la Saâne, ce fleuve côtier qui se jette dans la Manche. Une démarche qui s'est accompagnée d'un réaménagement de l'embouchure, afin que la mer et le fleuve puissent à loisir rentrer ou sortir sans craindre les débordements. Le camping municipal, soumis jusque-là aux inondations ponctuelles, a lui été déplacé dans les hauteurs, de quoi lui assurer un avenir prometteur. 

Quiberville-sur-Mer est loin d'être la seule commune à repenser ses aménagements. Non loin du Pegasus Bridge (renommé ainsi en hommage aux alliés après sa prise aux Allemands à l'aube du 6 juin 1944), le Conservatoire du littoral travaille à rendre à la nature des espaces jusque-là occupés par l'homme. « À gauche, on a le canal qui est la liaison maritime et, à droite, on a l'estuaire de l'Orne, explique Régis Leymarie, délégué adjoint Normandie au Conservatoire du littoral. Cette route, elle est entre les deux. Elle permet la jonction, mais aujourd'hui, lors des tempêtes et des grandes marées, elle est submergée en partie. À échéance de dix ans, son avenir est compromis. Il nous faut donc réfléchir à relocaliser cette voirie (...). Dans les prochaines années, on va totalement enlever cette route (un tronçon déjà interdit d'accès), le bitume, faire place à la nature. À l'origine, ce site devait être urbanisé pour faire un projet immobilier balnéaire. On va enlever tout le bitume, tous les poteaux, les câbles électriques, les réseaux d'eau, d'assainissement qui sont encore présents sur le site. Tout le symbole de l'histoire du XXe siècle de ce site. C'est le modèle des Trente Glorieuses. C'est aussi l'origine de la création du Conservatoire du littoral il y a cinquante ans : c'était ralentir l'urbanisation sans fin du littoral français. » 

Cette démarche est le signe d'un changement, d'une volonté d'accompagner le mieux possible et plus durablement cet environnement que nous avons si souvent malmené. Repenser notre emprise au sol, accepter de pouvoir déconstruire (comme sur la presqu'île de Caen) dans un avenir proche ce qui a vu le jour plutôt que de chercher, en s'acharnant, à sauver ce qui, à plus ou moins long terme, ne pourra l'être.

Là, on est tout début octobre. Carnette, cela se ramasse au mois de novembre et là, on a déjà quasiment fini de ramasser l'arbre. Et c'est un peu inquiétant parce que cette variété fait partie du paysage de notre secteur, de notre terroir. Est-ce qu'elle a un avenir dans ce même terroir ? Est-ce que son environnement sera toujours propice à son développement ? La question est posée.

 Édouard Bénard, depuis le verger conservatoire de la maison du parc Normandie-Maine

Sale Temps pour la planète – Normandie, là où la terre recule

En Normandie, le littoral fascine autant qu’il inquiète. Falaises majestueuses, plages de galets, terres agricoles… Ici, la nature est partout. Mais, sous l’effet du dérèglement climatique, ce paysage en apparence immuable vacille.
Face à ces bouleversements, une question demeure : qui doit payer le prix de l’adaptation ? 
Dans les terres, des réponses émergent. Le bocage normand, longtemps délaissé, retrouve toute son utilité pour retenir l’eau, protéger les sols et préserver la biodiversité. Agriculteurs et producteurs s’adaptent, entre sécheresses, pluies extrêmes et nouvelles maladies. Même les symboles vacillent : le camembert au lait cru et les vergers normands sont à leur tour fragilisés.
Face à ces transformations, habitants, scientifiques et élus expérimentent et inventent. En Normandie, il ne s’agit plus seulement de préserver un territoire, mais d’apprendre à vivre avec un monde qui change.

Collection documentaire (52 min – inédit – 2025) – Auteur-réalisateur Morad Aït-Habbouche – Production Elle Est Pas Belle La Vie ! et MAH Production, avec la participation de France Télévisions 

Ce documentaire est diffusé lundi 27 juillet à 21.00 sur France 5
Sale Temps pour la planète – Normandie, là où la terre recule est à voir et revoir sur france.tv

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