« Personne n’a jusqu’à présent déterminé ce que peut le corps », avançait Spinoza à la fin du XVIIe siècle, faisant, après des siècles de dualisme, de ce corps, pour lui indissociable de l’esprit, la condition de la connaissance de soi et le lieu où se joue concrètement notre puissance d’exister et d’entrer en contact avec le monde. Deux cents ans plus tard, Nietzsche, grand malade et grand vivant, lui faisait écho avec son « corps philosophe » : « Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse »...
On a quelques scrupules à convier de telles autorités. Pourtant, c’est bien de cela dont il s’agit dans cette belle série, ni misérabiliste ni lénifiante, dont chacun des quatre épisodes illustre à sa manière le face-à-face avec la maladie, la douleur, la fragilité, la différence, le déclin..., et offre une formidable leçon de vie.
À sa naissance, il a manqué à Kelly, hémiplégique, quelques secondes d’oxygène. Une trentaine d’années plus tard, elle court, comme pour tenter de les rattraper, et prépare son second marathon. Si, au cours de son existence, la jeune femme est passée par plusieurs phases, la colère, la tristesse, la volonté d’être comme tout le monde et de cacher son handicap, aujourd’hui elle s’interroge sur la possibilité de pratiquer avec d’autres sportifs comme elle et d’assumer pleinement ce qu’elle est.
Alex, atteint de sclérose en plaques, a perdu peu à peu l’usage de ses jambes. Il est en fauteuil roulant depuis 2016. Confronté à des limitations physiques croissantes, il tente par des exercices réguliers d’enrayer le déclin de l’usage de ses mains, de sa vue, de son souffle – « Moi, mon travail, c’est d’être handicapé. Ça prend pas mal de temps et d’énergie » – et transforme chaque obstacle en défi quotidien : « Le fait d’être en fauteuil, ça peut être vu comme chiant si on se dit qu’on est tout le temps dedans. Mais ça peut être aussi source d’amusement. » Alex explore le monde avec un regard poétique et trouve dans la nature, l’art, la musique et le chant une source de liberté.
Notre style, c’est la somme de nos incapacités.
Nathalie, danseuse et chorégraphe
La vie de Thérèse est une suite de défis. Cinq enfants, dont l’un « différent », une dépression, un cancer du sein particulièrement agressif. En rémission, elle a rejoint l’équipage des Dragon Ladies de Besançon, un lieu d’émancipation et de soutien collectif. Des femmes qui rament ensemble (au sens propre) et prouvent que la maladie n’est pas une fatalité, qu’il y a un après. Certes, pour Thérèse, l’après, c’est encore un corps douloureux, l’impression d’avoir 80 ans, elle qui n’en a même pas 50. Mais aussi une nouvelle sérénité. « Avant, j’étais une maman et rien d’autre. Après, tu sais ce qui est bon pour toi, tu t’affirmes. Aujourd’hui, je suis capable de vivre pour moi. »
Nathalie a 60 ans. Elle danse depuis qu’elle a 8 ans. Des vieux danseurs, il y en a peu, confie-t-elle. « Et vieux, c’est 40 ans. » Pourtant, « on trouve en fonction de son âge d’autres ressources qu’on n’a pas quand on est plus jeune. Je vais chercher là où c’est possible. Ceux qui ont plus de capacités brassent, moi je fouille. » Chorégraphe androgyne et queer, elle interroge avec sa compagnie les clichés de genre. Dans ses cours pour amateurs, elle remet en question les codes esthétiques et sociaux et tente de faire se rencontrer des corps différents, d’âges divers, sans technique, ceux dont on pense qu’ils ne peuvent pas danser. « Quand on a moins de possibilités physiques, c’est souvent là que les choses sont les plus justes. Rien ne vaut le mouvement que l’on s’invente, c’est celui qui nous va le mieux. »
Épisode 1 : Corps à corps - Kelly
Épisode 2 : À corps perdu - Alex
Épisode 3 :À contre corps - Thérèse
Épisode 4 : À corps d’âge - Nathalie
Résilience
Série documentaire (4 x 18 min –2025 – inédite) – Réalisation Antoine Bonzon – Production Kaméléon Production avec la participation de France Télévisions – Avec le soutien de la Région Bourgogne-Franche-Comté – En partenariat avec le CNC
Diffusion jeudi 26 mars vers 22.50 et mardi 31 mars à 09.20 sur ICI Bourgogne-Franche-Comté
À voir et à revoir sur france.tv
