« Mao, le dernier empereur »

De l'accession au maintien au pouvoir, autopsie d'une dictature

France 5

Documentaires

Cinquante après sa mort, retour sur le parcours du « Grand Timonier », dont le portrait orne encore les palais officiels chinois. Ou comment le fils d’un petit propriétaire terrien est devenu l’un des leaders les plus puissants et sanguinaires de la planète, dont le culte est encore vivace. Dès le vendredi 4 septembre sur france.tv et prochainement sur France 5.

« Mao, le dernier empereur » © Histodoc

On l'appelait le « Grand Timonier », une référence maritime (le timonier tient la barre du navire) pour décrire la puissance d'un homme à même de guider le plus grand pays du monde (un quart de l'humanité) et de braver, plus de vingt-cinq ans durant, toutes les tempêtes politiques, militaires et sociales. 
Mao Zedong, né en 1893 dans la province reculée de Hunan, en Chine, est le fils aîné d'un petit propriétaire terrien (du genre de ceux qui pâtiront de la « révolution culturelle » qu'il instaurera en 1966 pour se maintenir au pouvoir). Chef militaire sans pitié, stratège habile soutenu par Staline, il gravit un à un les échelons du parti communiste chinois pour, au prix de violences, de manipulations et d'un tour de force contre le nationaliste Chiang Kai-shek, fonder la République populaire de Chine en 1949. Exerçant sans partage le pouvoir absolu, s'imposant par la terreur, les purges et la censure, mais entreprenant d'imposantes réformes, il est tout à la fois un libérateur, un dictateur, un criminel, une idole, un visionnaire, dont le règne, jusqu'à sa mort en 1976, aura transformé la Chine archaïque en superpuissance politique et militaire (devenant aujourd'hui un haut lieu du capitalisme mondial, loin, très loin du communisme des origines). 

Mao est un personnage complexe. Il a deux visages. Une face tout à fait cruelle, tel un monstre : des dizaines de millions de personnes sont mortes à cause de lui. Et d'un autre côté, il a effectivement été un grand homme.

 Wan Runnan, président de la Fédération pour la démocratie - « Mao, le dernier empereur »

Mao Zedong : un culte au présent

Responsable, selon les historiens, de la mort de plus de 60 millions de personnes (soit plus de 10 % de la population chinoise de son temps), Mao Zedong continue pourtant, cinquante ans après sa mort, d’être célébré par le pouvoir chinois et par une grande partie de la population.
Pourquoi un culte encore si vif ? Qui était vraiment l'empereur rouge ? À l'heure où elle s'impose comme la deuxième puissance économique mondiale, grâce à son poids industriel, technologique et militaire, la Chine peut-elle surmonter l'héritage du Grand Timonier ? 
Exhumant de rares archives (dont un film amateur des années 1930 montrant le jeune Mao à la tête d'une troupe militaire), bravant les interdits qui pèsent encore sur la liberté d'expression chinoise (la plupart des témoins refuse d'être filmé à visage découvert), Mao, le dernier empereur révèle, en deux épisodes, le parcours de ce géant qui, parti de rien, a entraîné la Chine dans sa démesure, à son seul profit. 
Traversant le XXe siècle, le documentaire signé Serge de Sampigny (auteur de nombreux portraits consacrés aux « monstres » de l'histoire, comme Mussolini ou Franco) raconte, par-delà les événements chronologiques, une histoire de ces mutations qui ont durablement forgé une culture (dont elle entretient la nostalgie). « On nous abreuvait de haine de classes, témoigne ainsi Wang Ji, ancien communiste. A l'époque, on ne pensait pas beaucoup à la bonté de l'humanité. L'humanisme, la bonté humaine, ça a été critiqué tout au long de la période. Tout ça, toute cette lutte a été bâtie sur la haine et il est très difficile de s'en débarrasser. » 
 

Mao ne croyait en aucune idéologie. Il voulait juste dominer. Le communisme en tant que pensée lui convenait et lui donnait l'espoir de réussir.
 

 Sun Weibang, dissident chinois - « Mao, le dernier empereur »

Comprendre le triomphe de l'autocratie

« [Mao] ne croyait pas au marxisme-léninisme, il a l'a utilisé pour accaparer le pouvoir », résume Endo Homare, victime japonaise du régime chinois. Et c'est bien tout le mérite de cette série documentaire que de décortiquer avec nuances, témoignages à l'appui, les mécanismes de prise - et surtout de maintien - du pouvoir. 
Raconter aujourd’hui la trajectoire de Mao, ce n’est pas exhumer une histoire poussiéreuse, aussi violente et douloureuse soit-elle, c’est s’interroger au présent, collectivement, à travers l’exemple chinois, sur la fascination pour l'autoritarisme. Car, en quelque sorte, depuis Mao, la Chine apporte la preuve que les pays autocratiques peuvent réussir et étendre leur influence politique et économique sur le reste du monde.
Rappelons que, selon le Democracy Report 2025 publié en mars 2025 par le V-Dem, l'institut de recherche indépendant de l'Université de Göteborg, le nombre de pays autocratiques (qu'il s'agisse d'autocratie électorale ou fermée) dépasserait désormais celui des pays démocratiques. Quand, il y a vingt ans, la moitié de la population mondiale (51 %) vivait dans un régime démocratique, 72 % de la population actuelle vit sous une autocratie. À une époque dominée, aux États-Unis, en Argentine, en Inde, au Pakistan, en Europe, par la popularité de figures autoritaires assoiffées de pouvoir, sapant l'État de droit, les contre-pouvoirs et les libertés individuelles, Mao, le dernier empereur aide à mieux comprendre les mécanismes et les conséquences d'une dictature. Mao, le « dernier » empereur, vraiment ?

Mao, le dernier empereur

Episode 1 - La longue marche vers le pouvoir, 1893-1949

En 1949, à l’âge de 56 ans, Mao Zedong a conquis la Chine après plus de deux décennies passées en clandestinité dans les montagnes. Fils d’un petit propriétaire terrien du Hunan, son parcours semé de violence et de manipulations témoigne d’une habileté hors du commun. Soutenu par Staline, Mao a su s’imposer au sein du parti communiste et faire figure de libérateur face aux Japonais. Il a vaincu le nationaliste Chiang Kai-shek, qui dirigeait l’essentiel du pays. Un tour de force qui lui a permis de devenir l’un des hommes les plus puissants de la planète.

Episode 2 - Au nom de la révolution, 1949-1976

Dès sa prise de pouvoir en 1949, Mao s’est considéré comme un empereur marxiste. En réprimant toute contradiction, il a imposé son culte et la révolution communiste : réforme agraire, réforme de la pensée, grand bond en avant… En hystérisant la population et en désignant des ennemis à la foule, ses campagnes idéologiques lui ont permis de régner en dictateur avant que la famine ne provoque une hécatombe de plusieurs dizaines de millions de morts. Contesté en interne, il lança alors la révolution culturelle qui enflamma le pays et lui permit de conserver le pouvoir jusqu’à sa mort en 1976. 

Documentaire inédit (2x45 minutes) - Scénario et réalisation Serge de Sampigny - Narration Marilou Aussilloux - Conseils historiques Marie Holzan, Valérie Niquet - Musique Thibaut Perrine, Michel Rabaud - Production Histodoc, avec la participation de France Télévisions et du Centre National du Cinéma et le l'image animée.

Les deux épisodes de « Mao, le dernier empereur » sont disponibles dès le vendredi 4 septembre sur france.tv et prochainement sur France 5
 

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