Il était obligé que Philippe Charlier se décidât à passer au crible de son enquête le grand homme de lettres. Celui-ci n’a-t-il pas écrit : « On doit des égards aux vivants ; aux morts on ne doit que la vérité. » Surtout, si la postérité littéraire et spirituelle de Voltaire est bien connue, la destinée de ses restes est pleine d’obscurités et presque incroyable.
Accueilli au Panthéon en 1791, treize ans après sa mort, François-Marie Arouet, dit Voltaire, repose dans l’un des tombeaux les plus visités du monument. Mais son corps est-il vraiment toujours dans ce tombeau, déplacé non loin de là en 1814, lorsque le Panthéon redevient une église, puis replacé en 1830, quand le bâtiment est rendu à sa fonction de nécropole des grands hommes de la Nation ? Au XIXe siècle, des rumeurs persistantes affirment que non. Une commission, chargée en 1898 de vérifier ce qu’il en est, conclut qu’il y a bien des ossements. Aujourd’hui bien entendu inaccessibles. Est-ce bien là tout le corps de l’écrivain ? Non, car plusieurs « morceaux », si on ose dire, et pas les moindres, manquent à l’appel. Et ce ne sont pas rumeurs.
L’histoire de la dépouille de Voltaire est finalement à l’image de sa vie : rocambolesque. Alors qu’il vient de retrouver Paris après vingt-huit ans d’exil et qu’il a été sacré plus grand tragédien du siècle à la Comédie-Française, Voltaire meurt le 30 mai 1778 chez son ami le marquis Charles de Villette. Aussitôt, ce dernier, craignant que l’Église refuse au pamphlétaire qui ne l’a pas épargnée dans ses écrits une sépulture chrétienne, fait transporter le corps jusqu’à l’abbaye de Sellières, près de Troyes, où l’abbé Mignot, neveu du défunt, organise des obsèques publiques mais discrètes.
Mais deux organes n’ont pas fait le voyage – et ici, âmes sensibles, il faut s’accrocher un peu. D’une part, le cœur du dramaturge a été prélevé, embaumé et placé dans un reliquaire en plomb. Villette le ramènera à Ferney, la demeure de Voltaire à la frontière suisse, puis dans son propre château à Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise. Ses héritiers, en 1864, en feront don à l’État français. D’autre part, le cervelet du grand homme (c’est-à-dire une partie de son cerveau) a été emporté par l’apothicaire qui a procédé à l’autopsie. Embaumé, lui aussi, et recueilli dans une urne de cristal, il trônera fièrement, des années durant, sur l’une des étagères de l’officine du pharmacien.
Pourquoi la dépouille du philosophe s’est-elle trouvée ainsi éparpillée à travers les siècles ? Où se trouvent aujourd’hui ces précieuses reliques ? Autant d’énigmes que Philippe Charlier va chercher à résoudre. Grâce à ses trouvailles et à des analyses poussées, il tentera aussi d’écrire le carnet de santé de Voltaire et, ainsi, peut-être, découvrir les causes de sa mort...

À suivre : « Raphaël, les secrets des reliques »
Dans cette seconde enquête, Philippe Charlier s’intéresse à l’un des plus grands maîtres de la Renaissance, le peintre italien Raffaello Sanzio da Urbino, autrement dit « notre » Raphaël, mort mystérieusement en 1520, en pleine gloire et à seulement 37 ans, après quinze jours de fièvre. Pleuré par ses contemporains, il aura droit à de grandioses funérailles au Vatican. Depuis, son corps repose dans un tombeau au cœur du Panthéon de Rome. Heureusement, un moulage de son crâne a été conservé à Urbino, sa ville natale, et des ossements ont été archivés dans un musée de Montauban, grâce à l’admiration que lui portait le peintre français Ingres. Des reliques extraordinaires pour notre médecin des morts qui va tenter de reconstituer le carnet de santé de cet artiste et d’éclairer les causes de sa mort. Était-il atteint de la syphilis ? A-t-il été empoisonné ? Les moulages de son crâne sont-ils authentiques ? Permettront-ils de reconstituer le visage de Raphaël ?
L’Histoire au scalpel
Voltaire, à la recherche du corps dispersé & Raphaël, les secrets des reliques
Documentaires (2 x 52 min – 2026 – inédits) – Sur une idée originale de Philippe Charlier – Réalisation Dominique Adt – Production Capa Presse et Matcha – Avec la participation de France Télévisions
Diffusion à partir du vendredi 29 mai sur france.tv et le jeudi 4 juin à 21.05 sur France 5
