« Les Clefs de l’orchestre de Jean-François Zygel : “Peer Gynt” d’Edvard Grieg »

Les secrets d’un chef-d’œuvre

France 4

Arts & spectacles

C’est un de ces classiques qu’on connaît sans même le savoir, tant on l’a dans la tête. Avec un plaisir communicatif et avec la complicité de l’Orchestre philharmonique de Radio France, dirigé par Gustavo Gimeno, le pianiste et compositeur Jean-François Zygel décortique et commente pour nous l’une des plus belles partitions de la fin du XIXe siècle, entre récit symphonique, couleurs nordiques et émotions romantiques, pour en révéler les merveilles. Vendredi 10 avril à 21.00 sur France 4.

« Les Clefs de l’orchestre : “Peer Gynt” d’Edvard Grieg » © Camera Lucida

On dit que ce qui caractérise les chefs-d’œuvre, c’est leur capacité à tout supporter : répétitions, adaptations, relectures, détournements, etc. Dans ce cas, le Peer Gynt de Grieg est une incontestable réussite. Ses véritables « tubes » (« La chanson de Solveig », « Au matin », « Dans l’antre du roi de la montagne », « La mort d’Åse »...) ont été utilisés parfois jusqu’au cliché et à la saturation au cinéma, dans des dessins animés, des jeux vidéos, comme musique d’ascenseur, dans la publicité, pour vendre des ordinateurs, des voitures ou du jambon sans pourtant rien perdre de leur beauté.
Qu’est-ce donc que c’est que ce Peer Gynt, qui n’est ni un opéra, ni une symphonie, ni un poème symphonique, ni un ballet ? Une musique de scène, commandée par Henrik Ibsen, géant de la littérature norvégienne, pour accompagner la création de sa pièce du même nom à Christiania (future Oslo), en février 1876. Car, comme le rappelle Jean-François Zygel, le théâtre est, à la fin du XIXe siècle, un art total. Tous les grands théâtres ont un orchestre et, au début et à la fin des pièces, en interlude, pour occuper pendant les changements de décor, entre les scènes ou parfois pendant, on y entend de la musique.
Le Peer Gynt d’Ibsen, œuvre fleuve en 5 actes et plus de 3 heures, presque impossible à mettre en scène, tranche sur les pièces passées et à venir de l’auteur, plutôt réalistes, par son mélange d’épique, de comique, de métaphysique et de farce. On y suit le destin, de sa vingtaine jusqu’à sa mort quarante ans plus tard, d’un anti-héros fanfaron, poète, rêveur, menteur, lâche, à la fois insupportable et attachant, en quête de l’aventure, de l’amour, d’un sens à sa vie et d’une réponse à la question : comment être soi-même ? Peer enlève une mariée le jour de ses noces, l’abandonne, fuit son village, séduit la fille du roi des Trolls, s’enfuit encore, aime la belle Solveig, qu’il abandonne à son tour. On le retrouve au Maroc, vingt ans plus tard, trafiquant d’esclaves ; puis, ruiné, prophète d’une tribu d’hommes sauvages ; puis enfin, après avoir visité l’Arabie, « empereur des fous » dans un asile du Caire. Des années plus tard, de retour dans son village de Norvège, vieilli et sans un sou, il retrouve Solveig qui l’a attendu et meurt dans ses bras, ayant compris le sens de la vie. Mais peut-être tout cela n’a-t-il été qu’un rêve...

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« Les Clefs de l’orchestre : Peer Gynt d’Edvard Grieg ».
© Camera Lucida


Celui qu’Ibsen choisit pour traduire en musique l’esprit de ce drame poétique et philosophique est un compositeur de 32 ans, formé en Allemagne où il a étudié les romantiques Schumann et Mendelssohn et où il s’est enthousiasmé pour la musique de Wagner. Mais, comme beaucoup d’artistes de sa génération, notamment son compatriote Ole Bull, violoniste virtuose considéré comme un des pères fondateurs de la musique nationale norvégienne et qui l’a initié au violon Hardanger (hardingfele), Grieg se passionne également pour le folklore. C’est aussi un novateur – il est l’un des premiers à introduire le xylophone dans un ensemble symphonique – et un génie de l’harmonie dont Jean-François Zygel dévoile de façon limpide quelques-unes des techniques, notamment le mode lydien avec quarte augmentée dans la « Danse de la fille du roi de la montagne » (Dans av Dovregubbens datter) ou la sixte française de la poignante « Mort d’Åse » (Åses død), sans doute un des sommets de la musique du XIXe siècle.
Si Peer Gynt assoit durablement la réputation et la gloire de Grieg, il consacre aussi le renouveau culturel de la Norvège, qui aboutira en 1905 à l’indépendance du petit royaume, libéré de son union avec la couronne suédoise. En ce sens, et c’est la conclusion de Jean-François Zygel, il faut rapprocher Grieg de son contemporain Antonín Dvořák en Tchéquie ou, un peu plus tard, de Béla Bartók en Hongrie et de Manuel de Falla en Espagne qui, eux aussi, firent émerger une voie musicale nouvelle, à la fois personnelle, universelle et profondément ancrée dans les traditions populaires de leurs pays. En 1954, dans une célèbre conférence, l’écrivain portugais Miguel Torga dira : « L’universel, c’est le local moins les murs. »

Les Clefs de l’orchestre de Jean-François Zygel : “Peer Gynt“ d’Edvard Grieg

Émission musicale (100 min – 2026 - inédite) – Réalisation Jean-Pierre Loisil – Présentation Jean-François Zygel –Avec l’Orchestre philharmonique de Radio France – Enregistrée en mars 2025 à la Maison de Radio France – Production Camera LucidaProductions et Radio France – Avec la participation de France Télévisions

Diffusion vendredi 10 avril à 21.00 sur France 4
À voir et à revoir sur france.tv

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Publié le 13 mars 2026