Revêtir le rouge de l’uniforme militaire ou le noir de la soutane, arborer la couleur de la noblesse ou celle de la bourgeoisie, pour espérer échapper à sa condition ? Le tiraillement le plus célèbre de la littérature française trouve un nouvel éclat avec cette vertigineuse relecture du chef-d’œuvre de Stendhal. Signée Georges-Marc Benamou et Gilles Taurand (duo chevronné déjà à l’origine, l’année dernière, d’une revigorante adaptation de La Pested’Albert Camus), cette mini-série revisite en quatre épisodes rythmés comme un roman-feuilleton du XIXe la redoutable ascension (et l’inexorable chute) de Julien Sorel, fils de charpentier rongé par des prétentions aussi élevées que contradictoires, prêt à se conformer à un système auquel il ne croit pas pour satisfaire son ambition. Ou comment un homme d’origine modeste parvient, à force d’adresse, d’intelligence, d’intrigues mais au prix de douloureuses compromissions, à traverser les strates de cette société trouble et troublée des années 1830.
Casting sans faute (Victor Belmondo, Virginie Ledoyen, Camille Razat, Patrick Timsit, Patrick Mille, Romane Bohringer...), dialogues ciselés, décors et costumes somptueux, réalisation haletante et inspirée (sous la houlette de Gaël Morel), ce Rouge et le Noir version 2026, fidèle au souffle du roman, redonne toute sa mordante ironie à cette épopée tragique d’un transfuge de classe.
Ma vie n’est qu’une suite d’hypocrisies, parce que je n’ai pas mille francs de rente pour acheter du pain.
« Le Rouge et le Noir », Stendhal (1830)
Un casting haut de gamme pour une galerie de portraits fidèle au roman
Soixante-dix ans après Gérard Philipe dans l’adaptation cinéma de Claude Autant-Lara, c’est au tour de Victor Belmondo d’incarner le héros stendhalien. Sous l’impulsion de Gaël Morel (qui l’avait déjà dirigé dans son film Vivre, mourir, renaître en 2024), l’acteur compose un Julien Sorel impressionnant de séduction et d’orgueil. Son personnage est moins romantique que romanesque : joueur, charmeur, pétri d’ambition, farouchement individualiste, il apparaît tout autant comme le jouet de la société que comme victime de lui-même.
À ses côtés, Virginie Ledoyen campe une Mme de Rênal impeccable de solennelle fragilité, quand la jeune Camille Razat (Emily in Paris) offre toute son impétueuse sensibilité à Mathilde de la Mole. Les trois comédiens s’emparent avec fougue de ce triangle amoureux où les passions intimes sont indissociables des rapports de domination.
Le reste du casting, mêlant figures populaires (Patrick Timsit, Patrick Mille, Romane Bohringer) et jeunes talents (Zoé Adjani, Théo Cholbi), rend justice à la foisonnante et implacable galerie de portraits croqués par Stendhal.
Je vois des hommes qui [...] voudront punir en moi et décourager à jamais cette classe de jeunes gens qui, nés dans une classe inférieure et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l’audace de se mêler à ce que l’orgueil des gens riches appelle la société.
« Le Rouge et le Noir », Stendhal (1830)
L’épopée tragique d’un transfuge de classe
Entre la Restauration et l’avènement de la monarchie de Juillet, dans les remous laissés par la Révolution française et le Premier Empire, Le Rouge et le Noir saisissait, à travers le parcours et le regard de son héros, « la senteur cadavéreuse d’une société qui s’éteint », écrivait Balzac. Raconter aujourd’hui, à l’heure de l’anxiété généralisée héritée de la modernité tardive, cette France crépusculaire, hypocrite et désabusée, c’est à la fois témoigner de l’acuité du roman de Stendhal et en réactualiser avec force les principales questions (tout autant que les ambiguïtés) autour des enjeux liés au pouvoir et à la domination, aux possibilités d’émancipation, aux instincts conservateurs, au déterminisme social, aux liens entre religion et politique et, plus intimement, aux rapports entre les hommes et les femmes.
Davantage qu’une adaptation, la mini-série proposée par France Télévisions s’impose alors plutôt comme une sorte de perpétuelle variation autour de ces thèmes : avec les outils de la fiction et les armes de la série, elle mêle sans cesse le tragique au romanesque, la satire au drame, le rouge de la passion au noir de la destinée.
Le Rouge et le Noir, ou l’art de réviser ses classiques.
Le Rouge et le Noir

1828. La monarchie restaurée vacille, une nouvelle révolution gronde. Dans cette France troublée, Julien Sorel, pauvre fils de charpentier est prêt à tout pour s’élever socialement. Le Rouge et le Noir raconte l’ascension aussi fulgurante que tragique de ce transfuge de classe. Déchiré entre le Rouge et le Noir, entre l’ambition militaire et la carrière ecclésiastique, mais aussi entre deux femmes que tout oppose, il devra payer le prix de ses choix…
Épisode 1
Dans la petite ville de Verrières, Julien Sorel, un pauvre fils de charpentier et brillant latiniste, devient précepteur pour les enfants du maire, M. de Rênal. Tiraillé entre ses rêves de grandeur et sa condition sociale, il attire l’attention de Louise de Rênal, l’épouse de son employeur. Si Louise se méfie d’abord de ce garçon aux origines modestes, elle va pourtant se laisser prendre au jeu de séduction dangereux auquel le jeune homme se livre sous son propre toit…
Épisode 2
Julien a entrepris de séduire Mme de Rênal. Il y parvient malgré tous les dangers mais une série d’événements va mettre à l’épreuve leur liaison : la santé du jeune Stanislas, les menaces d’Élisa, des lettres anonymes… Louise de Rênal est prête à tout pour protéger leur secret. Ce fragile équilibre finit pourtant par s’effondrer et Julien doit quitter Verrières pour rejoindre le séminaire de Besançon, où ils se heurte à l’hostilité de ses condisciples et à l’autorité de la dangereuse Congrégation, qui n’est pas dupe de son ambition sous son apparente dévotion…
Épisode 3
Fuyant le séminaire et ses complots, Julien se rend à Paris pour entrer au service du puissant marquis de la Mole, comme secrétaire particulier. Méprisant l’aristocratie pour son hypocrisie et les humiliations subies, il se surprend à tomber sous le charme de Mathilde, la fille du marquis, qui, contre toute attente, s’éprend de lui. Leur relation complexe, entre rivalité et complicité, va pousser Julien dans ses retranchements. Pendant ce temps, recluse dans un couvent, Louise s’efforce d’expier les traces d’une passion qu’elle ne peut oublier.
Épisode 4
Julien est au sommet de son ascension : promis à Mathilde de la Mole, qui attend un enfant de lui, il touche enfin son rêve du doigt. Mais une lettre de Louise de Rênal vient anéantir ses espoirs de mariage et d’ascension sociale. Rattrapé par ses choix, il voit se refermer sur lui les filets d’un monde qu’il croyait avoir conquis. Alors que le pays bascule et que l’ordre établi se fissure, il se retrouve face à son destin, tragique et irrévocable…
Série inédite (4 x 52 min – 2026) – Création Georges-Marc Benamou, d’après l’œuvre éponyme de Stendhal – Scénario et dialogues Gilles Taurand et Georges-Marc Benamou – Réalisation Gaël Morel – Production SiècleProductions, avec la participation de FranceTélévisions –En partenariat avec Seriously et Babelio
Avec Victor Belmondo, Virginie Ledoyen, Camille Razat, Patrick Timsit, Patrick Mille, Romane Bohringer, Théo Cholbi, Zoé Adjani, Sophie Guillemin, Fred Testot, Pablo Lourenço, Lauren Luczac-Kahlert, Stéphane Rideau, Loyan Pons de Vier, Malik Zidi, Jérôme Deschamps, Philippe Girard, Salim Kechiouche, Gabriel Almaer, Fabian Leenders, Marie Alexandre...
Le Rouge et le Noir est disponible dès le vendredi 21 août en intégralité sur france.tv et très prochainement sur France 2

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