« Le Monde en face : Le Pays taliban »

Au cœur de l’émirat islamique

France 5

Documentaires

À l’heure où l’Afghanistan affronte son voisin le Pakistan, ce film offre une plongée dans la réalité d’un pays gouverné depuis près de cinq ans par les talibans. Les journalistes Solène Chalvon-Fioriti et Marianne Getti, en parcourant le pays, donnent à voir le fonctionnement d’un système à la rigueur extrême, fermé au reste du monde et qui efface les femmes. Un documentaire exceptionnel à découvrir, pour la Journée des droits des femmes, dimanche 8 mars à 21.05 sur France 5 et france.tv.

« Le Pays taliban », un film de Solène Chalvon-Fioriti et Marianne Getti. © Grand Angle Studio

« Je suis content que les hommes de ma famille soient talibans et qu’ils servent le pays. » Abu a un sourire doux, et dans son regard l’innocence de son âge. Écolier, il est le fils d’un notable local dans cette région du sud de l’Afghanistan, fief et bastion idéologique des talibans. « Leur rôle, c’est d’arrêter les voleurs, ceux qui boivent de l’alcool et ceux qui cherchent à faire du mal. » Avec ses sœurs, il regarde sur le téléphone des séries turques où « des combattants tuent des infidèles ». Il aime jouer au ballon avec sa sœur préférée : « Normalement les filles ne peuvent pas jouer avec nous parce que ce sont des filles, et nous on est des garçons : c’est un péché… Mais elle, c’est ma sœur ! »
 

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Abu, fil d'un notable taliban.
© Grand Angle Studio


Presque cinq ans après leur retour au pouvoir, une nouvelle ère s’est ouverte pour les Afghans sous le joug des talibans, un régime fondamentaliste inflexible. Sous leur domination, l’ancienne république a disparu, remplacée par un pouvoir ultra rigide, fermé au reste du monde et à la presse étrangère. 

Solène Chalvon-Fioriti connaît bien et depuis longtemps ce pays, où elle a réalisé plusieurs tournages principalement effectués hors cadre officiel. Son film Afghanes donnait la parole à quatre générations de femmes. Aujourd’hui, au gré des règles fluctuantes pour les journalistes, avec la réalisatrice Marianne Getti, elles sillonnent l’Afghanistan, du nord au sud, et d’est en ouest, pour donner à voir le quotidien bouleversé des citoyens afghans, particulièrement celui des femmes. Et plonge au cœur du système taliban : l’« Émirat islamique d’Afghanistan », très largement non reconnu, même par les théocraties islamiques.

« L’Afghanistan, ce sont les provinces : 75 % de la population vit en zone rurale. Ils aspirent à une certaine forme de stabilité. » Fin connaisseur du pays, Jean-François Cautain y était ambassadeur de l’Union européenne et y vit toujours. « Après plus de quarante ans de conflits, de violence, de guerre, beaucoup d’Afghans aspirent seulement à l’absence de violence. » 

Une société tribale où « la parole de l’émir est quelque chose qu’on respecte, même si on ne l’aime pas, même si on n’est pas d’accord… on se soumet aux vainqueurs ». Pourtant, souvent, la loi coutumière bousculée par les talibans reste la plus forte : « Les gouvernements vont et viennent, confie un chef de tribu, mais la tribu reste intacte. »

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« Le Monde en face : Le Pays taliban ».
© Grand Angle Studio

 


On laisse mourir une femme enceinte, c’est ça ? S’il n’y a pas de médecin autorisé à l’examiner et qu’elle meurt, ne serait-ce pas une forme de meurtre de notre part au fond ?

 Un pharmacien qui soutient la formation des étudiantes en médecine

Partout, les agents du vice et la vertu, surnommés les « porteurs de linceuls », en raison de leurs blouses blanches, ne sont jamais loin pour rappeler aux femmes leur absence de droits : « Pourquoi sont-ils si brutaux avec elles ? s’indigne même un taliban. Elles aussi sont des créatures de Dieu. »
Malgré la répression et la soixantaine de décrets qui les visent spécifiquement, les Afghanes résistent.

Au nord du pays, on trouve des salons de beauté clandestins, et la musique envahit parfois des intérieurs de maisons pour célébrer une noce. « La situation est clairement inacceptable quand on parle de l’éducation des filles en Afghanistan », insiste Jean-François Cautain. Toute forme d’études leur étant inaccessible à partir du collège, une partie d’entre elles, de familles plutôt aisées, fréquentent des écoles payantes. « Tout le monde est au courant, mais c’est de l’arbitraire… Il suffit qu’on tombe sur un individu plus obtus, il va les faire fermer. Mais, surtout, à la fin du cursus, on n’a pas de diplôme. ».
Et dans le secret, des femmes continuent de transmettre leur savoir, comme dans cette arrière-boutique de pharmacie où la soignante Layle Ashimi forme en secret d’anciennes étudiantes en médecine. La gynécologie ayant désormais disparu des hôpitaux, tout comme les médecins femmes, la mortalité maternelle au moment de l’accouchement est une des plus élevées au monde.

« Les hommes afghans sont des lâches, reconnaît l’éditorialiste Shahir Zahine, directeur du groupe Kilid Media. Pourquoi ne protestent-ils pas ? »

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« Le Monde en face : Le Pays taliban ».
© Grand Angle Studio

 

Il n’y a eu aucun homme pour nous défendre, pour leur résister.

 Layle Ashimi, ancienne soignante

Un pays qui efface les femmes de l’espace public tout en revalorisant les zones rurales. Qui persécute ses opposants mais impose, pour la première fois depuis des décennies, le silence des armes. Qui enferme sa population dans une succession d’interdits liberticides, tout en mettant fin à la quasi-totalité de sa production nationale d’opium. Qui se revendique de la charia, tout en pratiquant un extrémisme coutumier que beaucoup d’Afghans considèrent comme une déformation de leur religion.

Un pays de quarante millions d’habitants, dont 70 % vivent en dessous du seuil de pauvreté. Où des millions d’Afghans, qui ont dû quitter l’Iran ou le Pakistan, vivent dans des camps de rapatriés. Et où deux millions d’Afghanes doivent subvenir seules à leurs besoins et à ceux de leurs enfants, sans pouvoir travailler.

À hauteur d’hommes et de femmes confrontés à ces bouleversements, le film dresse le portrait d’un système paradoxal et radical. Une plongée dans le fonctionnement d’un État à la rigueur extrême et sans équivalent dans le monde contemporain.

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Layle Ashimi, avec ses filles qu'elle élève seule.
© Grand Angle Studio

 

Heureusement ils ne peuvent pas nous prendre le ciel !

 Layle Ashimi, sage-femme

Extraits

« Partout où on passe, tout le monde nous respecte, et maintenant on est satisfaits. » Un fonctionnaire taliban

« Notre nation est héroïque, elle a toujours résisté aux puissances étrangères. » Abdul Mateen Qani, porte-parole du ministère de l’Intérieur

« Même si ce sont des talibans et qu’ils ont tout interdit, ils n’ont pas interdit de naître, ni d’accoucher ! » Layle Ashimi, ancienne soignante qui forme en secret des étudiantes en médecine 

« Il y a quand même des choses qui me rendent optimistes : beaucoup d’interdits ont été décrétés mais n’ont pas été appliqués. » Shahir Zahine, éditorialiste, directeur du groupe Kilid Media

« Aujourd’hui, une femme éduquée qui a un master, qui a été prof à l’université se fait arrêter par un berger analphabète qui lui parle sèchement sans aucun respect... Ils se sentent tout-puissants, alors ils osent tout. » Layle Ashimi


Solène Chalvon-Fioriti

Solène Chalvon-Fioriti
Solène Chalvon-Fioriti.
© DR

Familière des zones de conflit, Solène Chalvon-Fioriti est autrice, journaliste, réalisatrice de documentaires. La reportrice a été correspondante en Afghanistan et au Pakistan pendant douze ans. Son travail en Asie centrale mais aussi en Iran et en Palestine a été diffusé sur Arte, France 24, France 2 et M6 (25’, 52’, 70’). Il porte principalement sur le fait religieux et les groupes armés, des sujets qu’elle a aussi couverts pour Libération pendant dix ans. Son travail a été régulièrement récompensé, comme son récit littéraire La femme qui s’est éveillée, une histoire afghane (Flammarion, 2021), une enquête sur l’avortement en Afghanistan. À travers ses projets, la journaliste propose une lecture féministe des conflits contemporains.

Marianne Getti  

Marianne Getti
Marianne Getti.
© DR

Marianne Getti est alternativement réalisatrice et cheffe opératrice pour les magazines et documentaires des chaînes françaises depuis neuf ans. Après cinq années à couvrir le continent africain pour France Télévisions, elle met aujourd’hui sa caméra et sa sensibilité au service de sujets de société, en France comme à l’étranger (Éthiopie, Israël-Palestine, Afghanistan). Elle remporte avec Agnès Nabat le prix Bayeux, les DIG Awards et le Grand Prix-40 min au FIGRA 2025 pour le film L’Arme silencieuse sur les viols commis lors de la guerre du Tigré de 2020 à 2022.
 

Le Pays taliban

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Camp de rapatriés du Pakistan.
© Grand Angle Studio


Présentation Aurélie Casse
Documentaire (75 min – 2026 – inédit) – Réalisation Solène Chalvon-Fioriti – Images Marianne Getti – Production Premières Chrysalide Production et Elephant Doc, avec la participation de France Télévisions

Le Pays taliban est diffusé dans Le Monde en face dimanche 8 mars à 21.05 sur France 5
À (re)voir sur france.tv 

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