C’est exactement comme dans le roman de George Orwell « 1984 ».
Shirley Leung Ka Lai, journaliste Apple Daily (2018-2021), en exil à Taïwan
« Ils m’ont dit que je mettais en danger la sécurité nationale. » En caméra cachée, Antoine Védeilhé filme son interpellation à son arrivée à l’aéroport de Hong Kong. Cette fois, il ne pourra pas pénétrer sur le territoire dont il est désormais banni. Le journaliste, qui couvre la Chine depuis dix ans, connaît bien Hong Kong. Ses précédents séjours ont été réalisés sous haute surveillance. Pour réaliser ce documentaire, son équipe a dû travailler sous couverture, et déjouer les filatures.
L’histoire qui dérange à ce point le pouvoir de Pékin, c’est celle d’une ville, bastion de libertés.
Ce documentaire déroule les étapes de l’histoire de cet ancien port de pêche, devenu centre financier international et incarnation d’une des économies les plus libérales de la planète : un « pont entre la Chine et le monde occidental », selon l’homme d’affaires et proche du pouvoir chinois Allan Zeman.
La promesse d’un État de droit où pouvait s’exprimer la liberté d’expression et le pluralisme politique, avant qu’il ne devienne, en moins d’une décennie, un territoire sous contrôle.
Nous étions conscients que nous étions en train de remettre Hong Kong à une grande tyrannie communiste.
Lord Chris Patten (1992-1997), dernier gouverneur britannique de Hong Kong
Après sa restitution à la Chine par les Britanniques, au terme d’un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans, ce territoire rebelle a été secoué ces dernières années par d’immenses mouvements de contestation. La population n’hésitait pas à défier le joug de Pékin, à contre-courant des autres métropoles chinoises où la population marche au pas.
Mais « lorsque le chef de l’exécutif de l’époque a autorisé les tirs de gaz lacrymogène sur les manifestants pacifiques, se souvient le jeune Fu Tong, activiste en exil à Taïwan, nous avons compris que Pékin ne tiendrait pas ses promesses. »
Depuis 2020 et l’imposition d’une loi sur la sécurité nationale, Hong Kong a profondément changé de visage. Une ligne rouge, mouvante, a été tracée et le moindre faux pas peut désormais conduire en prison.
À la suite d’un rassemblement pour préparer les législatives, les quarante-sept militants du parti démocrate – dont le jeune militant Joshua Wong, leader du mouvement pro-démocratie – seront tous arrêtés et déclarés coupables d’avoir fomenté un complot, lors d’un simulacre de procès très médiatisé, puis emprisonnés.
C’est à cette période que lord Jonathan Sumption, juge à la haute cour de justice de Hong Kong (2019-2024), démissionne : « Hong Kong est en train de devenir un État totalitaire, car la dissidence politique n’y est plus tolérée. »
Avec cette loi que les chancelleries occidentales et les associations de défense des droits humains jugent liberticide, l’emprise de Pékin est désormais totale : les opposants politiques sont emprisonnés ou en exil, et les médias réduits au silence. Apple Daily, média généraliste et critique, est le premier à en faire les frais en 2021. Un an plus tôt, son fondateur, le milliardaire Jimmy Lai, a été arrêté et condamné à vingt ans de prison. Pour lord Jonathan Sumption, son cas est similaire à celui d’Alexeï Navalny ou d’Aung San Suu Kyi.
Je vaux 1 million de dollars (100 000 €), et ce n’est pas une métaphore : c’est le prix que le gouvernement de Hong Kong a mis sur ma tête simplement pour m’être exprimée sur notre avenir.
Carmen Lau, 30 ans, activiste en exil à Londres, cible d’un mandat d’arrêt à vie
À travers les témoignages d’activistes, de journalistes, de responsables politiques ou de simples citoyens, ce film retrace la fin progressive des libertés et la mise au pas de toute une société. L’équipe du film s’est également rendue à Londres et Taïwan, auprès de ceux qui continuent de résister depuis leur exil et racontent une répression qui ne connaît plus de frontières. Car les autorités traquent désormais les dissidents jusqu’à l’étranger.
À Hong Kong, les « pro-Chinois », eux, vantent le retour du calme et de la stabilité, grâce notamment à la mise en place d’un système de délation pour faire la chasse à toutes les voix dissidentes. Ce responsable d’un organisme « social » se vante d’avoir dénoncé plus d’une centaine de personnes, un an après le début de la loi. « Nous avons dénoncé un cardinal, des citoyens ordinaires, des libraires, des vendeurs, du personnel associatif, des professeurs… On remplit simplement notre devoir de citoyen. »
À l’école, l’histoire est réécrite afin d’endoctriner les jeunes générations et de former des « patriotes ».
Dans son refuge, l’artiste Kong Yiu-wing se veut gardien de la mémoire de Hong Kong. Il y conserve des objets, reliques – parfois interdites – du Hong Kong d’avant : « Ce sont des archives précieuses qui peuvent refléter une part de l’identité des Hongkongais… Si personne n’en parle, alors il devient très facile de réécrire l’histoire différemment. »
Entre récit intime et thriller politique, ce documentaire dévoile comment la Chine a réduit Hong Kong au silence.
La ville a changé plus rapidement que je ne l’aurais imaginé… J’ai l’impression d’être rentré dans une cellule plus grande. Est-ce que je suis condamné à rester emprisonné toute ma vie ?
Sam Chan Chi-sum, 24 ans, étudiant, en détention pendant deux ans pour subversion, et sorti de prison
Antoine Védeilhé, réalisateur
Depuis dix ans, Antoine Védeilhé produit et réalise des reportages et des documentaires en Asie à destination de France Télévisions, d’Arte et de la BBC. De l’Inde à la Chine, des Philippines à la Birmanie, ses films portent essentiellement sur les luttes et les résistances des populations civiles face aux pouvoirs autoritaires.
Il a débuté sa carrière de journaliste en 2014 au service enquêtes et reportages de la rédaction nationale de France 3, avant de prendre deux ans plus tard la correspondance de France 24 à Shanghai.
En 2018, il crée avec deux partenaires sa propre société de production, Keyi Productions, et réalise des reportages et des magazines pour la télévision française. En parallèle, il collabore en tant que chef opérateur pour des documentaires de France 5, Arte et la BBC.
En septembre 2020, il quitte la Chine pour l’Inde, où il continue de réaliser et tourner des documentaires et des magazines.
En 2024, il remportele prix Albert-Londres dans la catégorie audiovisuelle pour Philippines – Les Petits Forçats de l’or, réalisé pour Arte Reportage. Le film est également finaliste des Emmy Awards et remporte le prix du jury aux AIB Awards à Londres. Ses reportages en Asie, notamment sur la guerre civile en Birmanie, ont été primés dans plusieurs festivals internationaux.
Le Monde en face – Hong Kong ne répond plus

Un documentaire suivi d’un débat, présenté par Aurélie Casse
Documentaire (76 min – 2026) – Un film d’Antoine Védeilhé – Production Découpages,avec la participation de France Télévisions
Hong Kong ne répond plus est diffusé dans Le Monde en face dimanche 17 mai à 21.05 sur France 5
À (re-)voir sur france.tv