Marc Bloch : un savant, un témoin et un combattant au Panthéon

Programmation spéciale

France 2

Documentaires

Le 23 juin, quatre-vingt-deux ans après son assassinat par la Gestapo en 1944, l’historien et résistant Marc Bloch entrera au Panthéon accompagné de son épouse Simonne Vidal. France Télévisions mobilise ses équipes de l’information, des programmes et du numérique pour faire vivre aux téléspectateurs cette cérémonie nationale, raconter Marc Bloch, mettre en lumière l’héritage de l’intellectuel et célébrer le courage du citoyen républicain.

« Marc Bloch, au nom de la France ». © Archives familiales Marc Bloch

L’homme qui entre le 23 juin au Panthéon, c’est-à-dire dans la mémoire nationale, est une figure singulière. Peu connu du grand public, souvent cité (parfois avec des contresens pas toujours involontaires) pour son témoignage publié de manière posthume, L’Étrange Défaite, où il dresse durant l’Occupation une analyse implacable du désastre de 1939 et de la défaite française – à la fois militaire et morale – face à l’Allemagne nazie, Marc Bloch (1886-1944) est trop peu lu par ailleurs. Il est l’auteur pourtant d’une œuvre immense et incontournable (Les Rois thaumaturges, La Société féodale, Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, etc.), principalement mais pas seulement consacrée au Moyen Âge, qui a profondément renouvelé la pratique de l’histoire en l’ouvrant à l’économie, à la géographie, aux sciences sociales, à l’anthropologie, au temps long, etc. La stature intellectuelle du cofondateur (avec Lucien Febvre) de la revue Annales d’histoire économique et sociale n’a cessé de grandir après sa mort, particulièrement depuis les années 1980, au point que Marc Bloch est aujourd’hui considéré non seulement comme l’un des plus grands historiens du XXe siècle mais aussi comme une sorte de figure tutélaire ou de « patron » de la discipline historique.
Issu d’une famille de juifs alsaciens « optants » – c’est-à-dire qui choisirent la France après sa défaite en 1871 face à l’Allemagne –, lui-même juif athée, sans appartenance ni reniement (« Je n’en tire ni orgueil ni honte. [...]Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite »), ce patriote anti-nationaliste, mû par un idéal né de la Révolution française, celui du citoyen républicain, fut aussi un soldat durant les deux guerres mondiales en même temps qu’un observateur tirant profit de sa formation et de la rigueur de son analyse pour documenter les événements dont il était à la fois témoin et acteur, attaché à l’établissement lucide des faits, même les plus désagréables. « Comme un beaucoup plus grand que moi [Ernest Renan], je souhaiterais volontiers que, pour toute devise, on gravât sur ma pierre tombale ces simples mots : Dilexit veritatem [il aimait la vérité] », écrit-il dans son testament. 

La double mort de Marc Bloch

Désigné comme juif par les lois antisémites de Vichy, privé de ses droits de citoyens, chassé de son domicile parisien et de son poste d’enseignement à la Sorbonne, sans accès à sa bibliothèque de chercheur, Marc Bloch entre dans la clandestinité en 1943 pour s’engager dans la Résistance, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein du mouvement Franc-Tireur, puis dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR) auxquels il apporte ses talents d’organisation et de réflexion. Arrêté à Lyon le 8 mars 1944 par des collaborateurs au service des nazis, torturé pendant des jours à la prison de Montluc par les Allemands, il est exécuté le 16 juin 1944 – dix jours après le Débarquement – à Saint-Didier-de-Formans (Ain), aux côtés de vingt-sept autres résistants dont les tueurs de la Gestapo abandonnent les corps dans un champ.
Enfin, si Marc Bloch rejoint au Panthéon d’autres figures issues de la Résistance et de la France libre – ce « peuple de la nuit » dont parlait André Malraux –, dont certaines connurent la déportation (Simone Veil, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon) ou une fin tragique (Jean Moulin, Pierre Brossolette, Jean Zay, Missak Manouchian), l’entrée de l’universitaire « vient compléter cette fresque en introduisant une nouvelle problématique : celle de la double persécution et de la double mort, la mort civique précédant celle du résistant supplicié », écrit l’historienne Alya Aglan dans un ouvrage récent. « Avec Marc Bloch surgit un paradoxe, voire une dimension supplémentaire, dans le fait que la patrie marque sa reconnaissance à celui que l’État français a rayé de ses cadres, interdit d’exercer sa profession, publiquement banni, spolié, exclu de la direction de la revue qu’il avait fondée, condamné à une mort civique avant de l’abandonner, avec beaucoup d’autres, à la barbarie nazie secondée par des supplétifs français. La mort de l’historien se glisse précisément dans les plis d’une guerre civile où des Français traquent, pour le compte des nazis, d’autres Français, point aveugle du récit mémoriel des années noires. À travers l’entrée de l’historien au Panthéon, se profile la réhabilitation collective des réprouvés par antisémitisme d’État et de ceux qui ont été victimes de la guerre franco-française. » (La Double Mort de Marc Bloch, Flammarion, 2026).

La république est le régime du peuple. Le peuple qui se sera libéré lui-même et par l’effort commun de tous ne pourra garder sa liberté que par la vigilance continue de tous. Les faits l’ont aujourd’hui prouvé : l’indépendance nationale à l’égard de l’étranger et la liberté intérieure sont indissolublement liées, elles sont l’effet d’un seul et même mouvement. Ceux qui veulent à tout prix donner au peuple un maître accepteront bientôt de prendre ce maître à l’étranger. Pas de liberté du peuple sans souveraineté du peuple, c’est-à-dire sans République.

Marc Bloch, « Pourquoi je suis républicain, réponse d’un historien », LesCahiers politiques, n° 2, juillet 1943.

Information : édition spéciale

Mardi 23 juin à partir de 20.35 sur France 2 et sur france.tv

La rédaction de France Télévisions se mobilise et propose une émission spéciale en direct et en prime time sur France 2 et france.tv présentée par Julian Bugier, accompagné de Nathalie Saint-Cricq avec des invités en plateaux. Reportages, témoignages, archives et duplex avec des envoyés spéciaux de la rédaction pour revenir sur le parcours de Marc Bloch. L’émission fera suite au JT de 20h présenté par Léa Salamé, dont la dernière partie sera consacrée à l’historien.

Documentaire : Marc Bloch, au nom de la France

Mardi 23 juin à 22.15 sur France 2 et sur france.tv

Marc Bloch, au nom de la France est le récit du destin de l’un des plus grands historiens français, reconnu dans le monde entier, qui a combattu avec courage lors des deux guerres mondiales. Un républicain acharné, stigmatisé pour ses origines juives, puis lâchement assassiné par les nazis en juin 1944 parce que résistant, et dont les ouvrages ont révolutionné l’étude et la compréhension de l’histoire.

Documentaire inédit • 97 min • Auteur et réalisateur Hugues Nancy • Narration Manon Azem et Éric Caravaca • Production Nova Production

Documentaire : 1939-1940, une étrange défaite

Dimanche 21 juin à 21.05 sur France 5 et mardi 23 juin à 23.55 sur France 2, et sur france.tv

Le documentaire d’Antoine Vitkine revient sur un traumatisme français : l’effondrement de 1940 face à Hitler, en quelques semaines seulement, à l’issue de neuf longs mois d’un face-à-face entre la France et l’Allemagne. Que s’est-il vraiment passé pendant ces mois de la « drôle de guerre » ? Cette page de l’histoire de France reste une blessure indélébile, un événement tabou, que ce film éclaire d’un jour nouveau.

Documentaire • 90 min • Un film d’Antoine Vitkine • Narration Jean-Pierre Darroussin • Production Roche Productions

Sur lumni.fr

La plateforme éducative propose des programmes éducatifs pour accompagner l’entrée au Panthéon de Marc Bloch.

• Un dossier centré sur la Résistance : des articles, vidéos et quiz sur la naissance de la Résistance, la Résistance intérieure et la Libération, des témoignages et portraits de résistants et de traîtres dans la Résistance.

• Deux dossiers sur la Seconde Guerre mondiale : La Seconde Guerre mondiale avec 1 jour, 1 question ; la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

• Des vidéos autour du Panthéon : C’est quoi le Panthéon ? ; L’histoire mouvementée du Panthéon ; Les grandes panthéonisations

Sur france.tv

Le 16 juin 1944, Marc Bloch est assassiné par la Gestapo, fusillé avec 27 autres résistants. Quatre-vingt-deux ans plus tard, la France l’accueille au Panthéon et rend hommage à l’un de ses universitaires les plus brillants, historien humaniste et figure de la résistance durant l’Occupation. France.tv propose une collection de documentaires pour comprendre et accompagner l’œuvre de Marc Bloch, avant sa panthéonisation le 23 juin.

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Publié le 15 juin 2026