Nous avons tous connu une nuit difficile.
Une nuit où le marchand de sable se fait vraiment attendre.
Une nuit où le cerveau refuse de se mettre en mode « off ».
Une nuit où l’on compte inlassablement des centaines de moutons.
Une nuit où l’on regarde l’heure tourner sur le réveil en décomptant le temps de sommeil restant.
Mais quand dormir devient un combat quasi quotidien et que le coucher se transforme en enfer, on parle alors d’insomnie chronique.
C’est quoi l’insomnie chronique ?
Pour le psychiatre Pierre-Alexandre Geoffroy, la définition est simple : être insomniaque, c’est éprouver des symptômes ou réveils nocturnes, des difficultés à s’endormir, au moins trois nuits par semaine, sur une période minimale de trois mois. Mais attention, il doit aussi y avoir des symptômes diurnes. Car, comme le rappelle le neurologue Pierre-Yves Dauvilliers, nous sommes tous inégaux face au temps de sommeil : « Il y a des gens qui dorment beaucoup, d’autres pas. C’est la diversité du vivant. Mais s’il y a des retentissements dans la journée, les conséquences sont importantes. C’est une maladie des vingt-quatre heures. »
Un manque de sommeil provoque ainsi un épuisement physique (sans parler des conséquences néfastes sur la santé avec, entre autres, une augmentation des risques d’obésité, de diabète et d’AVC) et psychologique, avec notamment une gestion des émotions plus difficile.
Une insomnie souvent d’origine psychologique
Comme 12 % des Français, Claire, Véronique et Annick, que l’on suit dans ce documentaire, souffrent d’insomnie chronique. Et si elle est parfois liée à une maladie, comme le syndrome des jambes sans repos, l’insomnie est souvent d’origine psychologique. C’est le cas d’Annick, 69 ans, qui a commencé à mal dormir il y a huit ans, suite au décès de son mari. Depuis, elle ne dort que deux, trois heures par nuit. Selon le Dr Rémi Lombard, médecin du sommeil, les insomniaques sont souvent des personnes anxieuses, perfectionnistes, qui, au détour d’un événement de vie particulier, positif ou négatif, vont être amenées à vivre une première insomnie. « Le stress de réaliser à nouveau d’autres mauvaises nuits va transformer cette insomnie ponctuelle en insomnie chronique. » Un cercle vicieux s’installe.
D’un point de vue physiologique, l’anxiété dérègle notre horloge biologique, située dans l’hypothalamus, cette tour de contrôle synchronisant nos phases d’éveil et de sommeil pendant vingt-quatre heures. Et si la lumière du jour déclenche la sécrétion du cortisol, c’est la mélatonine qui est censée prendre le relais la nuit. Mais, parfois, celle que l’on surnomme l’« hormone du stress » continue à être sécrétée la nuit, empêchant alors notre corps de se reposer.
Comment retrouver le sommeil ?
En 2025, 9 millions de Français ont eu recours à des somnifères ou des anxiolytiques. Mais la prise de ces médicaments sur de longues durées provoque des risques accrus de dépendance, avec son lot d’effets secondaires (relâchement musculaire avec risques de chutes, d’accidents, problèmes de mémorisation et de traitement des émotions). Mais une nouvelle génération de somnifères, l’antagoniste de l’orexine, s’avère très prometteuse. Ce neuropeptide, agissant sur l’éveil et non sur le sommeil, est un médicament sans effet de dépendance et devient efficace au bout de trois mois.
D’autres méthodes plus naturelles, comme les cures thermales (et ses bains aux vertus apaisantes), la cryothérapie (visant une baisse de la température corporelle propice à l’endormissement) ou la thérapie cognitive et comportementale (qui soulage 70 % des individus souffrant d’insomnie chronique) ont également de nombreux effets positifs.
Conseils simples pour bien dormir
- Aller se coucher dès les premiers signaux de fatigue ou de somnolence.
- Restreindre le temps passé au lit sans sommeil (le cerveau apprend à rester éveillé).
- Maintenir la température de sa chambre entre 18 et 20 °C afin de favoriser la baisse de température corporelle (autour de 1,5 °C).
- Dormir dans le noir complet. Rideaux occultants, volets... La chambre doit être plongée dans l’obscurité.

Enquête de santé
Insomnie : à la recherche du sommeil perdu
Comme 8 millions de personnes en France, Claire, Véronique et Annick souffrent d’insomnie chronique. Hyper éveil, angoisses, épuisement… Ce trouble du sommeil, souvent d’origine psychologique, est un véritable enfer pour celles et ceux qui le subissent. En augmentant le risque d’obésité, de diabète, d’infarctus ou d’AVC, ces nuits sans sommeil mettent notre santé en danger. En moyenne, nous dormons une heure trente de moins qu’il y a cinquante ans. Et quand on avance en âge, la qualité du sommeil a tendance à se dégrader. Anxiété, alimentation déséquilibrée, stimulation des écrans et sédentarité se conjuguent pour favoriser les insomnies chroniques. Parfois, elles peuvent être liées à une maladie, le syndrome des jambes sans repos, qui peut priver de sommeil de façon extrême. Pour retrouver le sommeil, de nombreux insomniaques se tournent vers les médicaments. C’est le cas de Patricia. Souffrant d’insomnies depuis plus de quarante ans, au fil du temps, elle a développé une dépendance aux somnifères dont elle tente de se libérer en suivant un programme de sevrage. Le sommeil recèle encore de nombreux mystères. Mais chaque jour la recherche avance. Nouvelle génération de somnifères, thérapies comportementales, cures thermales, traitement par le froid… Quelles sont les solutions les plus efficaces pour vaincre l’insomnie ?
Le documentaire de Laure Leibovitz fait le point sur ce trouble du sommeil. Lors d’un débat en public, Marina Carrère d’Encausse interrogera des experts et sera accompagnée d’Enora Malagré qui donnera la parole à des témoins.
Les invités du débat
Dr Jonathan Taieb, médecin du sommeil
Dr Véronique Lefevre des Noëttes, psychiatre en gériatrie (autrice de Bonne nuit, bonne santé !, Éditions du Rocher)
Dr Marine Colombel, psychiatre spécialisée en thérapie comportementale (autrice de Neuroplantes, éd. Marabout)
Présentation Marina Carrère d’Encausse — avec la participation d’Enora Malagré
Documentaire inédit (52 min — 2026) — Réalisation Laure Leibovitz — Production 17 Juin Média
Diffusion mardi 21 avril à 21.05 sur France 5 et sur france.tv
