L’Anses avait recommandé 20 mg, par kilogramme, de cadmium et finalement la législation, sous l’effet de lobbies agricoles, a tranché pour 60 mg de cadmium par kilogramme de phosphate. Cela veut dire que vous et moi, nous mangeons 1,4 fois la dose de cadmium maximale recommandée par l’OMS.
Christophe Lavelle, chercheur
Que pouvons-nous encore consommer sans craindre de nous empoisonner à petit feu ? Pas une année, pas un mois sans nouvelle désespérante, sans annonce fracassante. À croire que nous sommes voués à voir nos artères, tissus, peaux et organes empreints d’un cocktail de polluants aux effets inévitablement délétères. Face à ces différents intrants, est-on encore en capacité de sauver notre corps et, à plus forte raison, notre environnement ? En somme, pouvons-nous espérer un meilleur avenir que celui qui se dessine ? Certainement. À condition d’y mettre du sien et en accompagnant les filières utilisant, parfois à outrance, ces produits nocifs pour nos écosystèmes, notre alimentation et a fortiori notre santé. Si les produits ultra-transformés sont peu recommandables (et donc à consommer avec modération), combien, parmi nous, savent que toutes les huiles ne se valent pas ? Faites abstraction de leurs qualités nutritives et intéressez-vous à la méthode employée pour en capter tout le nectar. « Il faut bien imaginer qu’on est en train de prendre des graines qu’on a écrasées et qu’on jette dans des bains de pétrole, d’essence, explique Sébastien Loctin. Derrière, on récupère un espèce de miscella composé d’essence et d’huile (…). En plus dans ce miscella, il y a aussi des pesticides puisque ces graines ont été traitées au phytosanitaire. [Pour] réussir à nettoyer cet hexane, les pesticides, on va utiliser de l’acide phosphorique, de l’acide sulfurique, de la soude. Également de la terre de chaux ou de la silice pour décolorer. On va monter à de très hautes températures pour désodoriser de façon à avoir, à la fin, un produit qui n’a plus de goût, d’odeur, de couleur et qui est donc jugé propre à la consommation. » L’hexane étant un neurotoxique avéré, à défaut de connaître le seuil à ne pas dépasser, mieux vaut en limiter drastiquement la consommation (sachez que les huiles vierges sont exemptes d’hexane). Et agir de même face aux pesticides et autres traitements employés par l’agriculture conventionnelle. « Ce qu’il faut quand même comprendre, précise le Pr Xavier Coumoul, c’est que l’alimentation, on y est exposé de manière répétée. On boit, on mange tous les jours. Et donc la répétition de l’exposition fait que, comme ce sont des substances qui de toute façon sont dangereuses, puisqu’on les utilise pour tuer, voire repousser ou contrôler, même si c’est à faible dose, elles vont potentiellement présenter un risque pour la santé. »
Quels sont les risques du cadmium pour la santé ?
« Le cadmium est classé comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Il est reconnu comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel. Il est aussi suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein).
En cas d’exposition prolongée, même à faible dose par voie orale, principalement par l’alimentation, le cadmium entraîne des atteintes rénales, pouvant évoluer à terme vers une insuffisance rénale et une fragilité osseuse, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures.
D’autres effets indésirables sont également identifiés, notamment sur le neurodéveloppement et le système cardio-vasculaire. »
Source : Anses
Enquête de santé
Magazine (débat – direct – 48 min) – Présentation Marina Carrère d’Encausse, avec la participation d’Enora Malagré
Avec le Pr Xavier Coumoul, toxicologue-biochimiste (université Paris Cité et directeur de recherche à l’Inserm), Christophe Lavelle, chercheur (CNRS et Muséum d’histoire naturelle), et Camille Dorioz,directrice des campagnes Foodwatch France
Aliments pollués : on mange quoi maintenant ?
Cadmium dans les céréales, solvants dans certaines huiles, résidus de pesticides sur les fruits et légumes... Les scandales alimentaires se multiplient et, pour les consommateurs, manger sainement devient toujours plus compliqué. Dans nos assiettes, des substances invisibles s’invitent chaque jour. Souvent méconnus, ces contaminants peuvent s’accumuler dans l’organisme. Quels sont leurs effets réels sur la santé ? Et, surtout, comment limiter notre exposition au quotidien ? Comment réduire efficacement l’exposition à ces substances chimiques tout en maintenant une alimentation équilibrée ? Du champ au bout de la fourchette, tour d’horizon des solutions qui permettent de dépolluer nos assiettes.
Documentaire (inédit – 52 min – 2026) – Autrice et réalisatrice Magali Cotard – Production 17 Juin Média, avec la participation de France Télévisions
Ce documentaire est diffusé mardi 12 mai à 21.05 sur France 5
Enquête de santé – Aliments pollués : on mange quoi maintenant ? est à voir et revoir sur france.tv
