« Crimée 1855, le spectacle de la guerre »

Quand la photographie faisait ses premières armes

France 5

Documentaires

Qui se souvient de la guerre de Crimée qui, entre 1853 et 1856, opposa la Russie à l’Empire ottoman, alors allié de la France et de la Grande-Bretagne ? Pourtant, comme le raconte le documentaire de Cédric Gruat, un nouveau médium encore expérimental y ouvrit un chapitre inédit dans l’histoire de la représentation de la guerre, celui de la modernité. Dans « La Case du siècle », dimanche 7 juin à 22.50 sur France 5.

« Crimée 1855, le spectacle de la guerre ». © RMN / Bridgeman / Royal Collection

La guerre industrielle n’est sans doute pas née en 1916, dans les tranchées de Verdun, mais plus probablement  une soixantaine d’années plus tôt sur les rives de la mer Noire. Écrasées sous le poids des images des grands conflits du XXe siècle, les guerres antérieures à 1914 ont sombré dans l’obscurité, comme occultées, oubliées, effacées de notre mémoire. Premier grand affrontement européen depuis la fin des guerres napoléoniennes, la guerre de Crimée fut pourtant l’un des conflits les plus marquants et les plus meurtriers du XIXe siècle avec près de 700 000 morts.
Son origine a quelque chose pour nous de familier. L’empire russe, qui n’a cessé de s’étendre par la guerre, poursuit son vieux rêve de s’emparer de Constantinople et des détroits afin de s’assurer un accès direct à la Méditerranée. Le tsar Nicolas Ier est convaincu que l’Europe ne réagira pas. Il se trompe. L’Angleterre de Victoria, première puissance économique au monde, ne peut accepter de voir sa prééminence maritime remise en question. Pour la France de Napoléon III, l’enjeu est de défendre son influence et son rôle de protectrice des populations chrétiennes de l’Empire ottoman. Alliées, les deux puissances déclarent la guerre à la Russie en 1854 et concentrent leurs efforts sur Sébastopol, la forteresse construite par Élisabeth II en 1783, base de la flotte du tsar en mer Noire et tête de pont de ses ambitions. Mais les troupes russes retranchées résistent. L’hiver approche. Le conflit s’enlise.

La guerre se vend bien

Ce sera une guerre d’artillerie, de bombardements, de tranchées, de ruines  et de gueules cassées, marquée par le passage d’un seuil dans la violence. Par de nombreux aspects, elle inaugure la guerre moderne. L’utilisation de nouvelles armes et une puissance de feu décuplée provoquent des dégâts encore jamais observés sur les corps et un nombre inédit d’amputations. Ce n’est pas tout. Les événements de Crimée passionnent l’opinion publique. Grâce à la presse et aux magazines illustrés, alors en plein développement, le conflit pénètre dans les foyers et se fait feuilleton. Imprimeurs, éditeurs, patrons de journaux se frottent les main : la guerre se vend bien. Pour la première fois, des journalistes – tel William Howard Russell, envoyé du Times de Londres – se rendent sur place pour témoigner de ce qui s’y passe (c’est un cauchemar). Pour la première fois aussi, la guerre est documentée en continu et suscite des images produites, reproduites et diffusées. Elle est un formidable laboratoire pour quelques pionniers de la photographie (Roger Fenton, James Robertson, Henri Durand-Brager, Jean-Charles Langlois...) qui explorent les possibilités de ce nouveau médium, encore expérimental, et s’interrogent : comment rendre compte ? Comment mettre en scène ? En somme, comment représenter le « spectacle » de la guerre ? Une question qui n’a plus jamais cessé de se poser... Et c’est indéniablement une nouvelle ère qui s’ouvre là. Désormais, l’appareil de prise de vues ne cessera plus d’accompagner le théâtre de guerre, dans une proximité et une intimité toujours plus grandes et plus troublantes, qui se marque dans les mots mêmes – cible, objectif, visée, vision, mitrailler, shooter

Crimée 1855, le spectacle de la guerre

Documentaire (52 min – 2026 – inédit) – Auteur-réalisateur Cédric Gruat – Conseiller historique Benoit Pouget – Narration Sharif Andoura – Monteur Olivier Ferrari – Musique originale Alice Guerlot-Kourouklis – Production Elda Productions – Avec la participation de France Télévisions – Avec le soutien de la Procirep - Société des Producteurs et de l’Angoa du CNC, Centre national du cinéma et de l’image animée, du ministère des Armées, Secrétariat général pour l’administration, Direction de la mémoire, de la culture et des archives du Programme Creative Europe Media de l’Union européenne

Diffusion dans « La Case du siècle », dimanche 7 juin à 22.50 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv

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Publié le 30 mai 2026