« La Case du siècle : Claude McKay, errances d’un poète révolté »

Le pionnier de la conscience noire

France 5

Documentaires

Cette figure clé de la littérature africaine-américaine trouva en France, dans les années 1920, son inspiration romanesque et devint l’un des pères de l’éveil de la conscience noire. C’est le premier documentaire consacré à Claude McKay, auteur jamaïcain-américain, qui retrace la vie exceptionnelle de ce précurseur de la « Renaissance de Harlem » et de la « négritude ». Un film multiprimé, porté par la voix de Gaël Faye : à voir dimanche 12 avril à 22.40 sur France 5 et sur france.tv.

Claude McKay © Carl Van Vechten Papers Relating to African American Arts and Letters

En hommes, nous ferons face à la meute meurtrière,
Le dos au mur, mourants, mais rendant coup pour coup !

 Claude McKay, « If we must die »

1919, The Red Summer ou l’été rouge, aux États-Unis. Des suprémacistes blancs s’attaquent aux Noirs dans des dizaines de villes et, pendant des mois, les massacrent par milliers. « C’est alors que le sonnet If we must die est sorti de moi comme un coup de feu. » Employé d’une compagnie de chemins de fer, le jeune Claude McKay s’enferme dans les toilettes d’un train pour l’écrire. Son poème est publié dans TheLiberator, revue de la gauche radicale, dont le rédacteur en chef est Max Eastman : « Claude Mc Kay est le plus grand poète révolutionnaire d’Amérique… Son poème est un appel vibrant aux opprimés du monde entier, quelles que soient leur race ou leur couleur. »
Il deviendra le cri de générations de Noirs et résonne encore aujourd’hui avec la même urgence que les slogans de Black Lives Matter. Claude McKay devient une idole.

De sa jeunesse en Jamaïque, il conserve « une haine féroce de l’injustice », sa passion pour la littérature et ses premières publications. « Pour soulager mes sentiments, j’ai écrit des poèmes. » Ses thèmes de prédilection : la souffrance de la classe ouvrière, le racisme, l’homosexualité et l’amour pour son île natale. Il la quitte à l’âge de 22 ans et ne la reverra jamais.

L’esprit nomade : ce démon de certains poètes s’était emparé de moi…  j’avais le désir de courir le monde et d’en découvrir le sens. 

 Claude McKay

En 1912, le fils de paysans venu se former à l’agriculture en Alabama découvre la violence de la ségrégation raciale. En 1914, comme des millions d’autres Noirs, il participe à la Grande Migration vers le nord des États-Unis et s’installe à New York, dans le quartier de Harlem. 
Il travaille pour écrire. Ses figures d’inspiration : Marcus Garvey, pour lui « un véritable Moïse noir », et W.E.B. Du Bois, auteur des Âmes du peuple noir qui a inspiré la conscience collective noire.

Un séjour à Londres en 1920 lui fait découvrir le combat ouvrier, celui de l’extrême gauche et Karl Marx. Il devient ami avec la suffragette et militante radicale Sylvia Pankhurst, pour qui il écrit des articles engagés.

Un an plus tard, il retrouve avec bonheur Harlem où souffle un vent d’émancipation et devient l’adjoint de Max Eastman au Liberator. Il fréquente alors les militants de la gauche radicale, l’élite des penseurs noirs et participe à la « Renaissance de Harlem » avec le Mouvement du nouveau nègre. L’intelligentsia noire le voit comme un précurseur. Il rencontre les artistes : « C’est un véritable aristocrate avec la sensibilité d’un poète et l’humour d’un philosophe », dira de lui Charlie Chaplin.
En 1922, il participe au combat pour la libération de Charles Asleigh, poète et homosexuel, avec qui il aura une relation passionnée.

Mais le « vagabond invétéré » ressent l’appel du large et s’embarque pour l’URSS.

Claude McKay, Paris © Harry Ransom Center
Claude McKay.
© Harry Ransom Center

J’allais élever ma voix pour faire de ma révolte un hymne. C’est ainsi que je devins un vagabond qui avait un but : j’étais bien déterminé à m’exprimer par l’écriture.

 Claude McKay

À Moscou, Claude McKay rencontre Lénine et fréquente Trotsky. « J’étais devenu une sorte d’icône noire. Jamais dans mon existence je ne m’étais senti aussi fier d’être africain et noir. » Mais ce qui deviendra le FBI américain, dirigé par Edgar Hoover, le classe parmi les agents à la solde du bolchevisme.

En 1924, il rejoint Paris et se mêle aux expatriés de toutes nationalités. En ces Années folles, la capitale française est le point de ralliement où s’élabore l’internationalisme noir. Il fréquente le salon des sœurs Nardal et la presse le classe parmi le groupe des Montparnos. 
Lorsqu’il tombe malade, il descend à Marseille – « à la fois attirante et repoussante » –, où il se sent bien et séjournera cinq ans. « C’était comme si tous les pays du monde où vivaient des Noirs avaient envoyé des représentants pour qu’ils dérivent jusqu’à Marseille. »
Il y écrit son premier roman, Retour à Harlem, et surtout Banjo, qui inspirera le concept de négritude à Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor.

« Banjo » est une sorte de philosophie internationale de la race noire.

 W.E.B. Du Bois


Le poète insoumis et pionnier de la conscience noire a parcouru le monde de l’entre-deux-guerres en vagabond visionnaire. Des milieux littéraires new-yorkais à l’intelligentsia parisienne, des cercles du pouvoir bolchéviques aux bas-fonds du port de Marseille, il a tissé des liens avec certains des plus grands noms de son époque, tout en fraternisant avec les marins et trimardeurs de toutes les diasporas noires. 

Nourri par ses rencontres et ses expériences sur plusieurs continents, il a laissé une œuvre vibrante (poésie, romans et essais) portée par une philosophie radicale et visionnaire, qui a inspiré la Renaissance de Harlem aussi bien que les penseurs de la négritude. 

Porté par la voix de Gaël Faye qui nous fait entendre la parole vibrante de Claude McKay, le film nous fait redécouvrir quelques-unes de ses plus grandes œuvres trop longtemps éclipsées : Banjo, Romance à Marseille, Un sacré bout de chemin… et nous offre, grâce à des archives inédites, une odyssée à travers l’histoire du début du XXe siècle. 

If we must die


If we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursed lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead!
O kinsmen! we must meet the common foe!
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one death-blow!
What though before us lies the open grave?
Like men we’ll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back!

« Si nous devons mourir – que ce ne soit pas comme des porcs
Traqués et parqués dans un enclos infâme,
Pendant qu’autour de nous les chiens enragés aboient,
Et se moquent de notre triste sort.
Si nous devons mourir – nous mourrons noblement
Afin que notre précieux sang ne soit pas versé en vain ; 
Alors même les monstres que nous défions
Seront contraints de nous honorer dans la mort !
Ô mes frères ! Nous devons affronter l’ennemi commun ;
Même inférieurs en nombre, montrons notre bravoure,
Pour leurs mille coups reçus, rendons un coup mortel !
Qu’importe si devant nous s’étend la tombe ouverte ?
En hommes, nous ferons face à la meute meurtrière,
Le dos au mur, mourants, mais rendant coup pour coup ! »

If we must die in « Un sacré bout de chemin » (A long way from home, 1937)
Éditions Héliotropismes, 2022, traduction Michel Fabre

Récompenses et participations aux festivals
 

Le film a obtenu :
– le Prix du jury de la ville de Pessac et le Prix des lycéens du documentaire d’histoire, lors du Festival international du film d’histoire de Pessac 2025,
– le Prix de la meilleure musique originale, composée par Gérard Cohen Tannugi et Lamine Diagne, lors du Festival du film de Luchon 2026.

Il a été en sélection officielle : 
– au FIFA Montréal Festival international du film sur l’art,
– au Princeton University French Film Festival.

Il est actuellement en tournée de présentation dans les grandes universités américaines (Columbia, New York University, Cornell, Atlanta, Princeton…).
Et en sélection officielle « coup de cœur » au Festival Music & Cinéma à Marseille, le 3 avril.


Claude McKay en 2026 : à la redécouverte d’une œuvre historique majeure, résolument contemporaine
 

Claude McKay © Carl Van Vechten Papers Relating to African American Arts and Letters. James Weldon Johnson Collection in the Yale Collection of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library
Claude McKay
© Carl Van Vechten Papers Relating to African American Arts and Letters

 

Depuis 2023, Claude McKay est de nouveau mis en lumière à travers de nombreux événements en France et à l’international : Palais de la Porte Dorée, Mucem, Festival d’Avignon 2024, Maison de la poésie, ambassade des États-Unis, mais aussi festivals de jazz, théâtres, universités et lycées, de Paris à Berlin, à Londres et aux États-Unis, dans le cadre d’une série d’événements intitulée Les années McKAY – 100 ans après (2023-2028) qui marquent le centenaire de son séjour en France.  
Cette dynamique s’amplifie en 2026, et plus particulièrement au printemps, avec la diffusion sur France 5 du film de Matthieu Verdeil, la publication de deux livres — un recueil de poésie et une nouvelle traduction de Banjo (le roman qui inspira à Césaire et Senghor avec le concept de négritude) —, la sortie d’un album de lectures musicales (Mike Ladd, Lamine Diagne, Alain Damasio…) et un temps fort au Festival d’Avignon avec une lecture musicale au Palais des papes le 15 juillet avec Alain Damasio, Lamine Diagne et Mike Ladd, le spectacle Kay ! Lettres à un poète disparu (du 5 au 25 juillet) et d’autres événements. 
Pour plus de détails : McKay100ans.com

La Case du siècle
Claude McKay, errances d’un poète révolté

Le film retrace la vie exceptionnelle de cette figure clé de la littérature africaine-américaine, à la croisée des aspirations artistiques et politiques les plus importantes du début du XXe siècle. 

Documentaire (52 min – inédit – 2025) – Écrit et réalisé par Matthieu Verdeuil – Avec les voix de Manon Azem et Gaël Faye – Production Cinétévé et A7 Production, avec la participation de France Télévisions

Claude McKay, errances d’un poète révolté est diffusé dans La Case du siècle dimanche 12 avril à 22.40 sur France 5
À (re-)voir sur france.tv

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