Anne Boleyn est à cette époque la femme la plus célèbre d’Angleterre.
Isabelle Fernandes, maître de conférences
Tour de Londres, le 15 mai 1536 : dans le hall de la célèbre et sinistre prison du royaume, deux mille personnes se pressent pour assister au procès de l’épouse du roi Henri VIII. « C’est la première fois dans l’histoire de l’Angleterre et de l’Europe royale, souligne l’écrivain Philippe Séguy, qu’on s’apprête à juger une reine en titre. » Anne Boleyn est accusée de haute trahison, d’adultère et même d’inceste. Mais « elle va récuser point par point toutes ces accusations abominables ». L’acte d’accusation va jusqu'à la décrire comme « possédée par le diable ».
Face à elle, le duc de Norfolk, son oncle, qui préside le jury, et le procureur Thomas Cromwell qu’on « considère comme le Premier ministre du règne, l’homme de toutes les puissances ».
Sans délibération, le verdict est rendu et sans appel : Anne Boleyn est déclarée coupable et « reconnue responsable de tous les chefs d’accusation », rappelle l'historienne anglaise Kate Williams. Condamnée à mort, elle est décapitée le 19 mai, à 9h15, sans que le roi, qui l'a épousée trois ans auparavant à peine, ne vienne lui apporter le moindre soutien.
Et si l’histoire ne nous avait pas tout dit sur cette reine pour ainsi justifier une invraisemblable erreur judiciaire et l’un des plus grands scandales d’État de l’Angleterre ?
À Blickling Hall, dans le Norfolk, là où est née Anne Boleyn, on raconte que, chaque 19 mai, on la voit revenir en carrosse, portant sa tête entre les mains.
Cadette d'un brillant diplomate – qui « voit en elle, selon Kate Williams, une petite fille brillante qui apprend très vite » –, Anne a grandi auprès de sa sœur aînée et de son frère, en bénéficiant de la meilleure éducation. À onze ans – comme il était d'usage –, elle est envoyée à la cour des Pays-Bas pour devenir la demoiselle d'honneur de la régente Marguerite d’Autriche. Deux ans plus tard, elle devient dame de compagnie de la reine Claude, femme de François Ier. Elle passera sept ans en France, où elle découvre le raffinement et cultive son goût pour les arts et la conversation.
Lorsqu'elle rentre en Angleterre, en 1521, elle rejoint sa sœur Mary à la cour du roi Henri VIII. Et devient bientôt une demoiselle de compagnie de la reine, Catherine d'Aragon. « Elle impressionne tout le monde par sa sophistication française, sa manière de parler, précise l'historienne Isabelle Fernandes. Elle plaît par son charisme, son allure, sa détermination. »
Quelques années plus tard, elle remplace sa sœur, favorite officielle, dans le cœur du roi. Celui-ci trouve avec Mary une complicité d'esprit qui convient à cet « intellectuel ». Mais Anne n'est pas Mary et se refuse à Henri VIII. « Aucune femme ne dit "non" à un roi pour être maîtresse, s'étonne l'historienne Estelle Paranque. Il n’y que Ann Boleyn qui le fait ! En ça, elle est très moderne. »
Le roi « devient obsédé par Anne » avec qui il entretient une correspondance amoureuse passionnée. Mais Henri VIII l'est aussi par sa succession. Sur les six enfants nés du couple royal, seule une fille a survécu. Soucieux d'installer la dynastie Tudor, il s'inquiète de l'héritier mâle que Catherine d'Aragon n'a su lui donner, et demande l'annulation de leur mariage. Mais le pape refuse...
Toute l’Europe est soumise sur le plan spirituel à l’autorité pontificale, donc c’est un schisme, un coup de tonnerre !
Joëlle Chevé, historienne
En France, Anne Boleyn a fréquenté Marguerite d’Angoulême, la sœur de François Ier, qui lui a fait découvrir le courant réformateur de l’Église. Alors, elle initie Henry VIII.
Sous son influence, le roi va créer une Église nationale indépendante de la catholique romaine et devient le chef spirituel de son Église. « C’est une espèce de coup d’État religieux, résume Cédric Michon. Il va pouvoir décréter lui-même que son mariage avec Catherine d’Aragon n’a jamais été valable. »
Le mariage entre Anne Boleyn et Henry VIII peut être célébré : « L’union avec Henri VIII est une union réellement charnelle et intellectuelle, raconte Joëlle Chevé, c’est un jeune couple incontestablement très amoureux ».
Si à la cour d'Anne, artistes, musiciens et intellectuels ont toute leur place, elle « s’intéresse beaucoup aux affaires religieuses et politiques, et elle tient à participer à la prise de décision ». Mais son pouvoir dérange de plus en plus...
Elle a été influencée par le pouvoir féminin de Marguerite d’Autriche, de Louise de Savoie ou encore de la reine Claude : elle voit son rôle comme celui d’une politicienne.
Kate Williams, historienne
À l'été 1533, Anne Boleyn accouche de son premier enfant : une fille, Elizabeth. Ses prochaines grossesses se soldent par des fausses couches, et Henry VIII commence à se lasser. Dans son entourage, certains attendent leur tour pour en finir avec cette reine qui s'est fait aussi beaucoup d'ennemis...
Percer le mystère Anne Boleyn, c’est voyager au cœur d’un royaume en pleine mutation et découvrir comment l’amour et l’obstination d’un homme – le roi Henri VIII – pour une femme vont conduire le pays sur des chemins interdits, au risque de se mettre à dos une bonne partie de l’Europe.
Découvrir l’incroyable destinée d’Anne Boleyn, c’est aussi parcourir – en compagnie de Stéphane Bern – le patrimoine flamboyant et les chefs-d'œuvre architecturaux d’une époque où la cour anglaise des Tudors s’ouvre à l’art de la Renaissance : Blickling Hall, Penshurst Place, Hampton Court ou encore la cathédrale de Canterbury…
Avec la participation de
Philippe Séguy, écrivain ; Kate Williams, historienne ; Isabelle Fernandes, maître de conférences ; Cédric Michon, biographe d'Anne Boleyn ; Joëlle Chevé, historienne ; Sean Cunningham, historien aux Archives nationales britanniques ; Charles Weigand, auteur (The Boleyns of Blickling) ; Estelle Paranque, historienne ; Philip Sidney, propriétaire du Penshurst Place ; Karen Limper-Herz, directrice des collections patrimoniales imprimées à la British Library ; Cressida Williams, archiviste à la cathédrale de Canterbury ; Tracy Borman, historienne en chef aux Historic Royal Palaces ; Kate McCaffrey, historienne.

23.00 - Secrets d'Histoire
Henriette d'Angleterre, noces de sang à Versailles ! (rediffusion)
Le 31 mars 1661, Philippe d’Orléans, l’extravagant et unique frère du roi Louis XIV, épouse Henriette-Anne Stuart, la sœur de Charles II, roi d’Angleterre !
Ce mariage maladroit entre deux personnes de sang royal que tout oppose alimente déjà tous les scandales à Versailles. Il plonge la jeune Henriette dans la tourmente et l’enfer domestique. Le destin d’Henriette d’Angleterre, à la fois tragique, survolté, révoltant et terriblement passionnant, va même la conduire jusqu’à une mort soudaine, dont les circonstances restent encore très floues aujourd’hui.
C’est à travers cette histoire digne d’un roman, sur fond de jalousie et de complots, que Stéphane Bern vous propose de découvrir les acteurs inattendus de cet épisode méconnu à la cour du Roi-Soleil…
Secrets d’Histoire
Anne Boleyn, la reine décapitée

Documentaire culturel (2026 – inédit) – Présentation Stéphane Bern – Une collection proposée par Jean-Louis Remilleux avec Stéphane Bern – Production Société Européenne de Production, avec la participation de France Télévisions – Écriture du documentaire et réalisation des sujets Chloé Chovin – Réalisation de séquences avec Stéphane Bern et David Jankowski – Réalisation des évocations historiques Benjamin Lehrer
Anne Boleyn, la reine décapitée est diffusé dans Secrets d'histoire mercredi 18 mars à 21.10 sur France 3
À (re)voir sur france.tv