« Anatomie d’une chute »

Un doux chaos

France 2

Cinéma


Le quatrième long-métrage de Justine Triet réinvente le film de procès et livre une étude subtile sur le couple, doublée d’un éblouissant portrait de femme. Palme d’or à Cannes en 2023, « Anatomie d’une chute » est à voir dimanche 17 mai à 21.10 sur France 2 et pendant 7 jours sur france.tv.

Anatomie d'une chute

Dès les premières images, la tension est palpable entre Sandra et Samuel, son mari. Il bricole à l’étage, la musique à fond, ce qui empêche sa femme d’avoir une conversation intelligible avec une étudiante venue interviewer l’écrivaine. On ne le verra jamais au présent, si ce n’est mort au pied du chalet. 

Anatomie d’une chute est bien plus qu’une enquête ou un film de procès, qu’il revisite d’ailleurs totalement, c’est le formidable portrait d’une femme qui aurait tué son mari, ou pas. Limpide et mystérieux à la fois, selon si l’on décide d’emblée de croire en son innocence ou si l’on en doute. Justine Triet et Arthur Harari, son coscénariste, ne nous imposent rien, ils nous laissent réfléchir et, plus encore, ressentir. À la succession des interrogatoires, des reconstitutions, des théories policières, Sandra et son fils, Daniel, se laissent porter, subissant chaque rouage de la machine judiciaire. Et nous avec eux. 
Au moment du procès, ils redeviennent acteurs de leurs vies puisqu’elles vont être examinées, disséquées, salies. On entre alors dans l’intimité de ce couple au bord de la rupture, de la chute. Rien ne sera épargné ni à Sandra ni à son fils. Tout sera déballé.

À l’apprêté du propos, Justine Triet oppose une certaine douceur dans la réalisation, les images et le rythme des scènes. Rien n’est précipité. On scrute la relation de ce couple à la dérive, on suit sa lente chute. Les flash-backs judicieux ou les témoignages de l’inculpée laissent apparaître Sandra peu aimable, froide, au regard crispé, sans affects, ce qui renforce le mystère de cette femme et son assurance tranquille. Interprétée avec subtilité, par une Sandra Hüller au charisme intimidant, l’écrivaine distille pourtant des fragments d’humanité, fragiles et attachants, notamment dans sa relation avec son fils. À cette performance s’ajoute évidemment celle du jeune Milo Machado Graner qui incarne Daniel, l’enfant du couple, témoin silencieux et blessé dont on assiste à la perte progressive de l’innocence, lorsqu’il voit exposée devant lui l’intimité de ses parents. 
 
Si l’on creuse l’écriture au cordeau d’Anatomie d’une chute, on y découvre plus d’un sujet sensible. De la charge mentale dans le couple (ici inversée), du ressentiment (l’accident qui a altéré la vue de Daniel), de la jalousie (l’infidélité de Sandra et sa réussite professionnelle) mais, surtout, dans ce film de procès, l’interprétation des faits bruts, comme cet enregistrement audio d’une dispute. Que sait-on ? Qui provoque l’autre ? Qui frappe qui ? Qu’apprend-on ? Cette quête du vrai qui ne cesse de nous faire courir.

Anatomie d'une chute OK © Carole Bethuel ©LESFILMSPELLEAS_LESFILMSDEPIERRE
« Anatomie d'une chute ».
© Carole Bethuel


Anatomie d’une chute

(Déconseillé aux - 10 ans)

Ce film a remporté la Palme d’or au Festival de Cannes 2023, 6 César, 2 Golden Globes et un Oscar.

Sandra, Samuel et leur fils malvoyant de 11 ans, Daniel, vivent depuis un an loin de tout, à la montagne. Un jour, Samuel est retrouvé mort au pied de leur maison. Une enquête pour mort suspecte est ouverte. Sandra est bientôt inculpée malgré le doute : suicide ou homicide ? Un an plus tard, Daniel assiste au procès de sa mère, véritable dissection du couple.

Avec Sandra Hüller, Swann Arlaud, Milo Machado Graner, Antoine Reinartz

Un film réalisé par Justine Triet (146 min – 2023 – Inédit) – Production Les Films Pelléas et Les Films de Pierre – Une coproduction France 2 Cinéma


Anatomie d’une chute, lundi 17 mai à 21.10 sur France 2 et disponible pendant 7 jours sur france.tv

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Publié par Diane Ermel