« 1936, le Front populaire : entre joie et colères »

La parenthèse enchantée

France 3

Documentaires

Entre archives et témoignages, mémoire collective et récits individuels, Fabien Béziat et Hugues Nancy racontent la révolution sociale et culturelle qui, malgré son échec, a constitué la matrice de la France d’aujourd’hui. Mercredi 20 mai à 21.10 sur France 3. Déjà disponible sur france.tv.

Défilé de 500 000 manifestants porte de Vincennes le 14 juillet 1935. © Film restauré par le CNC

Peu d’événements, sans doute, ont aussi profondément et durablement marqué notre société et son imaginaire, au point de revenir hanter le monde politique français, et en particulier la gauche, quatre-vingt-dix ans plus tard. Ces quatre années (1934-1938) de peurs, d’espérance, de fraternité, de colère, de fête, d’affrontements, d’expérimentations... virent le surgissement de la classe ouvrière, avec son immense désir d’émancipation collective, et révélèrent l’ampleur de la fracture de la société françaises en deux blocs antagonistes.
Le récit de Fabien Béziat et Hugues Nancy débute en vérité dès 1933 sur fond de crise économique, de misère croissante dans les villes et les campagnes et de montée des régimes fascistes en Europe. André Citroën augmente les cadences de ses 30 000 ouvriers en diminuant leurs salaires de 30 %. Les grèves et l’agitation qui s’ensuivent sont comme un brouillon général mais nul ne le sait encore, bien sûr. La classe politique est divisée et impuissante. Le Parti radical, parti des classes moyennes, gouverne sans majorité, tiraillé d’un bord à l’autre de l’échiquier politique. À gauche, Parti socialiste et Parti communiste, issus de la scission de la SFIO en 1921, se détestent. La droite parlementaire est débordée par les ligues nationalistes, depuis les Croix de feu du colonel François de La Rocque – des anciens combattants catholiques et conservateurs – jusqu’à l’Action française de Charles Maurras, monarchiste, xénophobe et antisémite.
Une étincelle ? Février 1934. Une sombre affaire de corruption impliquant le Parti radical jette les ligues dans la rue. Le 6, cela tourne à l’émeute aux abords de la Chambre des députés. La police ouvre le feu. Dix-huit morts, des centaines de blessés. « Ce qui nous a notamment frappés, confient les auteurs, lors de la réalisation de cette fresque documentaire sur ces quatre années décisives, c’est l’étrange sentiment de faire en creux le récit de notre société contemporaine. Car, en 1933 et 1934, ce qui va entraîner la révolution politique du Front populaire, c’est l’irruption de régimes totalitaires et fascistes à nos frontières, une crise économique et agricole d’ampleur, une majorité introuvable à l’Assemblée nationale avec une valse historique des gouvernements et la montée d’une extrême droite française qui parvient alors à séduire au sein même de la droite parlementaire. »

Un moment d’accélération de l’histoire

Car c’est la peur d’un coup de force fasciste qui va être le moteur du rassemblement. La mobilisation du 14 juillet 1935 voit le rapprochement inédit des socialistes et des communistes (qui ont reçu l’aval du Komintern à Moscou). Maurice Thorez, qui convainc ce front antifasciste de s’adjoindre les radicaux, suggère un mot d’ordre : « Front populaire ! » – qui répond au Front national créé par Maurras. L’union de la gauche, jusque-là jugée impossible, est désormais rendue nécessaire face au péril. Et elle est victorieuse aux législatives de mai 1936 puisque socialistes (20 % des voix), radicaux (15 %) et communistes (15 %, c’est inédit) remportent 386 sièges – contre 224 à la droite – avec un programme somme toute relativement modéré. Mais la suite est plus improbable encore : le monde ouvrier décide alors d’arracher ses propres conquêtes par des grèves et des occupations d’usines d’une ampleur telle qu’on n’en a jamais vue. Léon Blum, chef du gouvernement, est bien conscient qu’il y a là un moment d’accélération de l’histoire qui l’entraîne bien au-delà des objectifs du Front populaire. Le patronat paniqué accepte le passage de 48 à 40 heures de travail hebdomadaires, une hausse des salaires de 15 %, 2 semaines de congés payés, la création des délégués du personnel, la signature de conventions collectives... Temps libre, politique culturelle, éducation populaire, c’est toute la société qui va être transformée, ainsi que son rapport au travail et aux loisirs.
La parenthèse, on le sait, ne mettra pas longtemps à se refermer. Le gouvernement de Front populaire, miné par les difficultés financières, fragilisé par la dégradation de la situation internationale (la guerre civile a éclaté en Espagne dès juillet 1936), contraint au réarmement du pays, attaqué par la droite et le patronat résolus à sa chute, et plus encore par l’extrême droite, enfin lâché par les radicaux dans un de leurs habituels numéros de bascule, prend fin en juin 1937. Le gouvernement Daladier, qui entend remettre la France au travail, s’attaque aux acquis sociaux du Front populaire, à commencer par les 40 heures, et lance une répression féroce contre les ouvriers, en particulier communistes. La Révolution nationale du Maréchal Pétain, après la défaite face aux Allemands, fera le reste... Avant que le Conseil national de la Résistance, à la Libération, ne renoue avec l’héritage politique et sociale de 1936 en adoptant, entre autres, dans son programme l’instauration du système universel de sécurité sociale et le régime des retraites.

Des archives exceptionnelles

Fabien Béziat et Hugues Nancy ont bénéficié dans la réalisation de ce film de fonds d’une richesse incroyable, notamment « les bobines tournées par les équipes cinématographiques de la SFIO ou du PC, récemment restaurées, ou les collections de photographies miraculeusement sauvegardées au sein des familles de Pierre Jamet ou de France Demay, deux témoignages fascinants sur la vie culturelle et sportive à l’époque du Front populaire. Sans oublier les archives préservées de François de La Rocque et de son Parti social français, les collections uniques de l’Agence France Presse pour l’année 1938 ou encore les archives que l’on appelle le “fonds de Moscou”, ces documents liés aux mouvements de gauche, qui avaient été volées par les nazis en 1940, puis transférées à Moscou par l’Armée rouge, maintenues au secret pendant plus de cinquante années et dont la découverte au début des années 2000 a profondément renouvelé le regard des historiens sur cette période. »

Intervenants

Maryse Veny-Timbaud, petite-fille de Jean-Pierre Timbaud • Eugénie Bachelot-Prévert, petite-fille de Jacques Prévert • Serge Wolikow, auteur de 1936, le monde du Front populaireAnne-Marie Rerolle, fille et petite-fille d’ouvrières Michelin • Jean Vigreux, auteur de 1936, l’échappée belleAntoine Malamoud, arrière-petit-fils de Léon Blum • Gilles Richard, auteur de Histoire des droites en FranceHugues de La Rocque, petit-fils de François de La Rocque • Gérard Leidet, président de Provence, mémoire et monde ouvrier • Hélène Langevin, fille d’Irène Joliot-Curie • Michel Korb, fils de Francis Lemarque • Denise Bailly-Michels, fille de Charles Michels • Danielle Tartakowsky, auteure de Le Front populaire - La vie est à nousGuy Huard-Verneuil, conservateur aux archives de Sciences Po • François Demay, petit-fils de France Demay • Corinne Jamet, fille de Pierre Jamet • Pascal Ory, auteur de La Belle Illusion, 1935-1938 Raymond Mateu, fils d’un combattant des Brigades internationales
 

Bande-annonce

1936, le Front populaire : entre joie et colères

Documentaire (99 min – 2026 – inédit) – Un film de Fabien Béziat et Hugues Nancy – Narration Félix Moati – Chef opérateur Laurent Fénart – Musique originale Michel Korb – Documentation Marie Corberand – Conseillers historiques Jean Vigreux et Serge Wolikow – Production Hauteville Productions – Avec la participation de France Télévisions, du Centre national du cinéma et de l’image animée, de la Procirep (Société des Producteurs) et de l’Angoa 

Diffusion mercredi 20 mai à 21.10 sur France 3
Déjà disponible sur france.tv

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Publié le 07 mai 2026