C dans l’air l'invité du 5 octobre 2026 avec Jérôme Guedj, député de l’Essonne, candidat à l’élection présidentielle, et auteur de "La République, c’est nous", aux éditions de l’Observatoire.
Hier a eu lieu le dernier débat de la primaire de la gauche, dont le premier tour se tiendra les 9 et 10 octobre. Un échange qui a fait apparaître des divergences, notamment sur la question des alliances avec LFI. Une campagne qui a également lieu dans le contexte de la mobilisation des lycéens, alors qu’une journée de manifestation nationale est prévue demain, lancée par les organisations lycéennes et étudiantes, et à laquelle une intersyndicale de l’Éducation nationale appelle à participer, « y compris par la grève ».
Qu’est-ce que ces événements disent de notre pays ? Pourrait-il y avoir une convergence des colères ? Et surtout, comment y répondre, alors que la gauche arrive divisée avant l’élection présidentielle ?
C dans l’air du 5 octobre 2026 - Lycées bloqués, violences... un mouvement hors de contrôle ?
C’est une semaine politique des plus périlleuses qui débute pour le gouvernement de Sébastien Lecornu. Déçue par ses discussions avec le ministre de l’Éducation nationale vendredi, l’Union syndicale lycéenne (USL) a appelé à « intensifier » le mouvement de blocage des établissements. Le syndicat a ainsi promis un « acte III massif, prudent et déterminé dans tous les lycées du pays » ce mardi 6 octobre. Au cœur des revendications, il y a notamment la demande de moyens supplémentaires, de meilleures conditions d’études et la fin de Parcoursup, la plateforme automatisée d’inscription dans l’enseignement supérieur.
Déjà rejoints la semaine dernière par des étudiants, les lycéens ne seront pas seuls à manifester ce mardi. Ils pourront compter sur le soutien d’une intersyndicale de l’Éducation nationale (FSU, la CGT, FO, la CFDT, l’Unsa, Sud et Solidaires), de la Confédération paysanne, du syndicat Solidaires et de la CGT, qui ont appelé à se joindre au mouvement. Sur TF1, lundi, Sophie Binet a expliqué que les militants de la CGT seront dans la rue pour « protéger les lycéennes et lycéens, parce que nous avons été scandalisés de ce que nous avons vu depuis dix jours et de cette répression inédite que le gouvernement a organisée ». « On n’envoie pas les policiers pour déloger des lycéens et des lycéennes qui expriment des revendications », a-t-elle ajouté.
Alors que le mouvement lycéen entre dans sa troisième semaine, le risque est grand pour le gouvernement de voir les multiples colères qui secouent le pays se coaliser pour exprimer un « ras-le-bol » général. À la veille de la « mobilisation intersyndicale », les blocages sont particulièrement scrutés par le gouvernement. Ce lundi, en fin de matinée, sur les 3 700 lycées du pays, 413 établissements scolaires font ou ont fait l’objet d’actions ou de perturbations, a indiqué le ministère de l’Éducation nationale. Le Premier ministre, de son côté, a adressé dimanche une feuille de route à plusieurs de ses ministres dans laquelle il ouvre cinq chantiers : remplacement des enseignants, état du bâti ou encore emplois du temps jugés parfois bancals. Il a annoncé convoquer également une réunion ce mardi avec les présidents de région sur la rénovation des établissements scolaires et a réclamé à ses ministres de premières propositions d’amélioration de Parcoursup d’ici à la fin octobre. Le tout avec « 1,2 milliard d’euros supplémentaires pour l’Éducation nationale » prévus sur le budget 2027.
« En parallèle », le Premier ministre a précisé que l’examen du projet de loi « casseur-payeur » démarrera. Ce texte prévoit de rendre collectivement responsables les participants à un attroupement des dégradations qui y sont commises, sans qu’il y ait à prouver qu’ils en sont les auteurs. Il sera examiné au Sénat le 27 octobre, a annoncé la porte-parole du gouvernement ce lundi matin sur Europe 1. Une mesure que la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a qualifiée ce matin sur TF1 de « populiste ».
Depuis le début du mouvement, l’exécutif recense 5 000 interpellations, dont environ 85 % de mineurs. En tout, 24 établissements ont été « incendiés ou saccagés » et « 78 personnels de l’Éducation nationale blessés », « généralement par des personnes extérieures » aux lycées concernés, selon le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. Plusieurs syndicats et des associations, comme la Ligue des droits de l’Homme, accusent, eux, le gouvernement de « réprimer » les lycéens avec une brutalité « disproportionnée », pour faire taire des revendications « légitimes ». Lundi, l’association a dénoncé une « dérive globale par rapport à l’État de droit, le non-respect du cadre légal ».
La mobilisation va-t-elle s’essouffler ou se renforcer ? À quoi faut-il s'attendre ce 6 octobre ? Quelles sont les consignes données par Sébastien Lecornu aux ministres ? Enfin, quelles sont les marges de manœuvre de l’exécutif pour répondre à la colère ? Au moment même l’exécutif doit tenter de rassurer les marchés financiers qui perdent confiance dans la maison France. L’Etat doit emprunter un montant record de 340 milliards d’euros en 2027, mais la remontée des taux fait exploser la facture. La charge de la dette publique devrait atteindre 91 milliards d’euros l’an prochain et pourrait franchir les 100 milliards dès 2028.
Nos experts :
- Jérôme Jaffré - Politologue - Chercheur associé au CEVIPOF
- Damien Delseny - Rédacteur en chef adjoint en charge du service police-justice - Le Parisien
- Jérôme Fourquet - Directeur du département Opinion - Institut de sondages IFOP, auteur de "Homo accidentalis"
- Vanessa Schneider - Grand reporter - Le Monde, auteure de La peau dure
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