Organisée par la Royal Academy of Arts de Londres, et en collaboration avec la Kunsthaus de Zurich, l’exposition « Kerry James Marshall : The Histories* » présente 70 œuvres, dont 8 peintures inédites réalisées spécialement pour l’exposition.
Considéré comme l’un des peintres contemporains les plus influents, Kerry James Marshall est connu pour ses compositions monumentales qui donnent une place centrale aux personnes noires, élevant fréquemment le banal au rang d’épopée. En inscrivant ces figures dans des archétypes de l’histoire de l’art, l’artiste invite le spectateur à prendre la mesure de la puissance incontestable de leur présence.
Kerry James Marshall aborde des thèmes tels que la traversée forcée des Africains réduits en esclavage vers les Amériques, l’héritage des mobilisations noires américaines comme les mouvements des droits civiques et du Black Power, sans jamais représenter directement la violence et l’aliénation. Son œuvre puise son inspiration aussi bien dans le canon établi par l’histoire de l’art occidental que dans d’autres formes d’expression visuelle issues de la culture populaire, notamment la peinture française du XIXe siècle, la culture contemporaine, l’afrofuturisme, la bande dessinée et la science-fiction.
Conçue avec le soutien de l’artiste, l’exposition a pour ambition de retracer plus de quatre décennies de sa carrière. Elle présente de nombreux cycles d’un travail qui se déploie principalement dans le champ de la peinture, mais aussi à travers des gravures, des dessins et une sculpture, provenant de musées et de collections privées d’Amérique du Nord et d’Europe. Kerry James Marshall travaille par séries et par cycles, comme en témoigne l’organisation chrono-thématique de l’exposition, qui présente onze groupes d’œuvres réalisées entre 1980 et aujourd’hui.
À travers cette exposition, le musée d’Art moderne de Paris poursuit une série d’expositions monographiques pionnières en France consacrées aux artistes noirs américains, notamment Kara Walker (2007) et Jean-Michel Basquiat (2010).
Le site du musée d’Art moderne de Paris
Parcours de l’exposition
L’exposition s’ouvre sur les premières œuvres matures de l’artiste, réalisées dans les années 1980, comme Invisible Man (1986), inspirée de l’ouvrage du même nom de Ralph Ellison (1952). Cette section met en évidence l’intérêt de Kerry James Marshall à dépeindre des figures noires, tout en soulevant des questions sur leur représentation dans l’histoire de l’art et sur les personnes et les éléments qui en ont été exclus. L’approche radicale de l’artiste, qui utilise une gamme de pigments noirs mêlés à d’autres couleurs, influe sur la perception de ses figures par le spectateur.
La deuxième salle présente de grandes toiles qui traitent de l’histoire du « Passage du milieu », une expression qui désigne la traversée de l’Atlantique des Africains capturés afin d’être vendus comme esclaves.
L’exposition se poursuit avec la présentation d’œuvres monumentales illustrant des scènes de la vie contemporaine, avec pour décors des salons de coiffure et de beauté, des parcs et des espaces extérieurs. En faisant référence à des artistes tels qu’Édouard Manet, Gustave Caillebotte, Georges Seurat et d’autres peintres de la vie moderne, Marshall rectifie l’absence d’images représentant à grande échelle la vie quotidienne des personnes noires dans l’histoire de l’art occidental.
La série « Souvenirs (1997-1998) » prend pour point de départ le mouvement américain des droits civiques. Les peintures de la série « Vignette (2003-2014) » représentent des couples noirs dans un style qui puise à la fois dans la peinture rococo et dans l’esthétique des cartes de vœux américaines.
Une des œuvres majeures de l’exposition est Wake, une sculpture cumulative créée en 2003 et décorée de nouveaux médaillons à chaque fois qu’elle est exposée.

Discutez avec Alex
