Ce qui frappe d’emblée dans The Best Immigrant, c’est son caractère frontal, rapide, évident. Pas question de perdre un instant à expliquer pourquoi et comment on en arrive à arrêter, emprisonner et déporter une part de la population d’un pays. Prenons plutôt pour argent comptant, semble-t-on nous dire, un fantasme déjà incrusté dans la réalité pour en faire une fiction un peu exagérée mais plausible. Et c’est un premier constat dérangeant : elle est parfaitement plausible.
Mais là où d’autres se seraient contentés d’entrelacer anticipation politique et drame social, suivant par exemple des trajectoires de persécution, de résistance, d’évasions, etc., la série belge, avec une plus grande ambiguïté, choisit la satire du spectacle contemporain, de sa voracité sans limite et de sa capacité à digérer n’importe quel sujet, même le plus révoltant, pour le transformer en divertissement. Le principe est simple : des candidats – en fait des prisonniers sortis momentanément de détention – participent à une émission censée désigner le « meilleur immigré », celui qui mérite de rester, le « Flamand en herbe », en somme. Mais en quoi consiste précisément le fait d’être flamand, personne ne s’avise bien entendu de le dire, en tout cas explicitement.
« Ce n’est pas nous qui faisons le monde. Nous, on en fait de la télévision. »
Et, de fait, les premières épreuves d’orthographe (« mayonnaise » : un « n » ou deux en néerlandais ?), de langue (« repenti » : spijtoptant ou berouwgetuige ?), d’histoire, de cuisine..., cachent mal qu’elles ne sont qu’un prétexte. Le concours ne récompense pas tant la performance que l’aptitude à se soumettre à la sélection, à l’humiliation, à la peur, à l’élimination et surtout à l’arbitraire d’un système qui prétend juger la valeur des vies à travers les codes du show télévisé. Derrière cette brutalité conceptuelle, la série pose une question plus large : que devient une société lorsqu’elle accepte que la dignité humaine soit mise à l’épreuve, soumise à l’audimat, au vote des téléspectateurs, au regard des autres ?
Loin d’être un simple décor brillant et artificiel, glamour et kitsch, la téléréalité devient l’instrument d’une violence politique et institutionnelle parfaitement intégrée aux usages du divertissement et devenue un simple format télévisuel. Un instrument d’autant plus puissant et retors qu’il se prétend non partisan : « Ce n’est pas nous qui faisons le monde. Nous, on en fait de la télévision », clame la productrice de l’émission, Lauren (Charlotte Timmers, terrifiante).
Sur le plan narratif, l’intérêt de la série tient justement à cette tension entre le politique et le show, entre l’intime et le systémique. D’un côté, Muna et Jamal (Jennifer Heylen et Farouk Jomâa Naoui Ben Ali, remarquables), pris dans une mécanique qui menace de les séparer, contraints de lutter non seulement pour leur avenir, mais pour la survie même de leur couple. De l’autre, un monde qui organise froidement l’élimination des étrangers sous couvert de spectacle. Cette double échelle permet à la série de ne pas se contenter d’un discours d’idées mais de faire éprouver ce que produit une société de tri lorsqu’elle s’empare des existences concrètes.

Résumés
Episode 1 : Une chance de rester
En Flandre, après la victoire du parti d’extrême droite, un jeune couple d’enseignants, Muna et Jamal, se voit proposer de participer à une émission de téléréalité, The Best Immigrant, pour tenter de remporter un titre de séjour et éviter l’expulsion.
Episode 2 : L’Auberge
Muna et Jamal arrivent à l’« Auberge », où logent les candidats, après avoir survécu à la première épreuve, tandis que Tarik, le coprésentateur, commence à remettre en cause la moralité de l’émission.
Episode 3 : Visiteur de marque
L’Auberge est frappée par un drame impliquant une participante. Les candidats reçoivent la visite de leurs familles, un moment fort en émotions, tandis que le président de la nouvelle Flandre visite les plateaux de tournage dans un contexte de tensions nationales.
Episode 4 : Choisir, c’est renoncer
Parce que l’émission bat des records d’audience, Lauren offre un dîner aux candidats. Mais un changement de règles soudain crée la tension parmi eux. Pendant ce temps, Tarik exécute une mission risquée pour la résistance.
Episode 5 : Résistance
Les derniers candidats s’affrontent pour le titre de séjour lors d’épreuves culinaires. L’élimination tragique d’une des candidates révèle aux candidats les manipulations de la production pour augmenter l’audience.
The Best Immigrant
Série (Belgique – 5 x 45 min – 2025 – inédite) – Créée par Christina Poppe et Raoul Groothuizen – Scénario Michel Sabbe, Raoul Groothuizen, Cristina Poppe, Michael De Cock et Hasse Steenssens – Réalisation Michael Abay – Production Lompvis et Caviar Content – En coproduction avec Streamz, Telenet et Beluga Tree – En association avec Sony Pictures Television, France Télévisions, Be TV et Orange
Avec Jennifer Heylen (Muna), Farouk Jomâa Naoui Ben Ali (Jamal), Charlotte Timmers (Lauren), Louis Talpe (Nathan), Saïd Boumazoughe (Tarik), Marjan De Schutter (Kato), Ruth Becquart (Anne), Lauren De Bie (Vic), Bert Haelvoet (Danny), Adil Aarab (Nassim), Noah Mavuela (Samuel), Noa Tambwe Kabati (Isaac), Khadija El Idrissi El Yacoubi (Zayneb), Aaron Wan (Kevin), Evelyne Chen (Lily)
À partir du mercredi 29 juillet à 23.30 sur France 2
et déjà disponible en intégralité sur france.tv