« Sur le front - Vêtements : le tour du monde en 4 jours »

La mode avion

France 5

Documentaires

Elle se porte et se jette. La fast fashion détruit la planète et les hommes qui la fabriquent. Mais Hugo Clément, comme beaucoup d’entre nous, n’avait pas imaginé le pire : cette mode délétère s’importe en Occident par transport aérien. Choqué, il est parti enquêter en Chine, en Allemagne, en Belgique et en France, de la fabrication des vêtements à leur livraison. « Sur le front – Vêtements : le tour du monde en 4 jours », lundi 28 septembre à 21.05 sur France 5 et sur france.tv.

Hugo Clément présente « Sur le front ». © Winter Productions

Le coût écologique
Dans ce numéro inédit de Sur le front, Hugo Clément et son équipe ont suivi une salopette rose, depuis la fabrication de son tissu jusqu’à sa livraison. Ce qu’on découvre est effrayant ! Ce simple article vendu 12,79 € parcourt des milliers de kilomètres en avion pour arriver le plus vite possible, et en camion, pour contourner la taxe « petit colis » ! Depuis l’expansion du e-commerce et des plateformes chinoises à très bas prix, on parle de millions de commandes par jour comme celle-ci. Elles conduisent à l’explosion du fret aérien, donc de la pollution. Par exemple, un t-shirt fabriqué au Bangladesh et vendu en Allemagne émet 14 fois plus de gaz à effet de serre transporté par avion que par bateau. 

C’est le symbole de la bêtise humaine. On continue à avoir des pratiques néfastes pour notre environnement et notre santé. On doit arrêter ce système de consommation qui passe par des moyens de transport polluants et qui fait venir sur notre territoire des marchandises bas de gamme qui vont être vite jetées et polluer à leur tour. 

Une riveraine de Roissy

Le coût humain 
Au Bangladesh, à Dacca, capitale mondiale de la confection, l’effondrement du Rana Plaza causant la mort de 1 135 ouvriers du textile en 2013  reste à jamais dans nos mémoires. Mais l’avidité de la fast fashion engendre aussi le travail des enfants. Toujours au Bangladesh, 4 millions d’entre eux environ travaillent dans tous les secteurs confondus. Les moindres manifestations pour réclamer de meilleurs salaires ou conditions de travail sont instantanément réprimées. La multiplication des petits ateliers empêche un contrôle rigoureux des autorités. 
En Chine aussi l’industrie fonctionne grâce à ces ateliers sous-traités par de plus grosses structures où le droit du travail n’a pas vraiment cours. À Shenzhen, très important hub logistique des petits colis, on s’est débarrassé du problème : la robotisation a eu – presque – raison des humains. 

Là, c’est une personne qui traite les commandes manuellement. Elle doit encore prendre les produits à la main et les mettre dans ce carton. Nous pouvons la remplacer par un robot doté de la reconnaissance d’images. C’est un de nos objectifs de l’année. 

Le directeur d’une plateforme logistique de Shenzhen

Le coût économique pour l’UE
Le système de la fast fashion repose sur le dumping : vendre à très bas prix afin que les consommateurs se détournent des marques classiques, qui font ensuite faillite. Alors, la fast fashion obtient le monopole et augmente ses prix. Les magasins occidentaux ferment (Camaïeu, Kookaï, André, IKKS...), les emplois sont sacrifiés. Côté logistique, même chose : Gofo, une entreprise chinoise, livre jusqu’au dernier kilomètre et détruit les entreprises de livraison françaises, car elle détient toute la chaîne de transport depuis la Chine. 

Coûte que coûte !
La solution se trouve dans la sobriété et la relocalisation ; dans le fait d’acheter moins de vêtements, de meilleure qualité, auprès de marques qui n’utilisent pas le transport aérien et surtout ne font pas travailler d’enfants, et surveillent donc de près leurs filières. Pour nous, consommateurs, il existe une application dans le même esprit que Yuka pour l’alimentation. Il s’agit de Clear Fashion. À partir du QR Code, nous pouvons avoir accès à différentes informations concernant le produit.

Je pense que les citoyens doivent savoir dans quelles conditions sont fabriqués les vêtements qu’ils achètent.

Une ouvrière textile au Bangladesh

Des séquences exceptionnelles  
En Allemagne, nous découvrons comment d’anciens avions de transport de passagers sont totalement reconditionnés pour embarquer uniquement des marchandises. Les hublots sont condamnés, l’intérieur est entièrement démonté et l’avion est adapté pour accueillir des tonnes de colis. Une industrie en plein essor pour répondre à l’explosion du fret aérien.

L’incroyable aller-retour des colis en Belgique pour éviter de payer une taxe. En juin, nous avons suivi de petits colis arrivés par avion à Vatry, près de Châlons-en-Champagne. Au lieu d’être directement livrés en France, ils repartent en camion jusqu’en Belgique. Plus de 600 kilomètres aller-retour, uniquement pour passer la douane et éviter une taxe française de 2 euros sur les petits colis. Nous avons pu suivre les camions. Aberrant ! 

Livraisons de café par drone dans la rue, taxis automatiques sans chauffeur, aéroports qui s’agrandissent sans cesse. Nous plongeons au cœur de la nouvelle capitale chinoise de la logistique : Shenzhen. Ici, tout est pensé pour expédier les marchandises toujours plus vite, grâce aux robots et à l’intelligence artificielle.

Nous avons pu entrer dans une grande entreprise de logistique en Chine. Nous découvrons qu’elle possède un entrepôt en Europe, en Allemagne, à Hambourg. Des caméras de surveillance contrôlent les salariés allemands en direct depuis la Chine.

Face à cette course à la vitesse, la marque française Picture fait le pari inverse : zéro avion pour le transport des vêtements. L’entreprise a tenté de produire en Europe, sans succès. Ses produits viennent toujours d’Asie, mais ils voyagent par bateau. C’est plus lent, mais moins cher et plus écolo.

Portait d'une combattante : Géraldine Viret 
Géraldine Viret part en guerre contre ce qu’elle appelle la « mode en avion ». Elle cible en particulier Zara, Pull&Bear, Bershka et les marques du même groupe, accusé de faire décoller toujours plus de vêtements.

Vêtements - le tour du monde en 4 jours
Le directeur d'une plateforme logistique à Shenzhen.
© Winter Productions

 

Sur le front 
Vêtements : le tour du monde en 4 jours

Présentation Hugo Clément — Rédaction en chef Pierre Grange — Réalisation
Martin Lavielle — Production Winter Productions — Production
Régis Lamanna-Rodat et Hugo Clément

Sur le front – Vêtements : le tour du monde en 4 jours lundi 28 septembre à 21.05 sur France 5 et sur france.tv
À (re)voir sur france.tv

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Publié par Diane Ermel