Peut-on comparer ce que nous vivons aujourd’hui à ce qui anima le monde, une partie tout du moins, à partir de la fin du XVIIIe siècle, puis tout au long du XIXe siècle ? Cette fameuse révolution industrielle qui nous propulsa dans une ère nouvelle. Nous étions portés par des découvertes scientifiques, des innovations technologiques. Des avancées majeures qui redessinèrent notre modèle économique (et notre quotidien). A minima, sans doute, existe-t-il certaines similitudes. À l’ère du numérique, de l’intelligence artificielle, des technologies dites « vertes », le monde qui nous a vus naître ne cesse de se réinventer à une vitesse qui a de quoi donner le tournis. Si, sur le papier, ces progrès et/ou améliorations sont présentés comme un atout majeur, ces technologies de pointe ont un inconvénient commun : l’usage exponentiel des métaux précieux (on passera sur les autres besoins exponentiels que sont l’eau, l’électricité, les zones de stockage, etc.). Autrefois, on courait après le charbon, le bois, le fer, aujourd’hui, on recherche des terres rares, des métaux stratégiques. Et dans cette course effrénée pour découvrir de nouveaux gisements, indispensables paraît-il pour assouvir nos besoins technologiques, nous oublions qu’il existe d’autres solutions pour obtenir ces métaux tant convoités. La première, et non des moindres, est d’apprendre à recycler de A à Z nos anciens ordinateurs, téléphones, batteries électriques, ampoules à LED. Devenir des champions du réemploi. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui et ce n’est pas faute pour certains de s’y employer. Ainsi, on sait recycler les batteries électriques des voitures mais on ne dispose pas, en France, de raffineries adaptées pour traiter la poudre obtenue (composée de cobalt, nickel, manganèse et d’un peu de lithium). Cette « black mass » considérée aujourd’hui comme le nouvel « or noir » est raffinée à des milliers de kilomètres de la France. « Cette “black mass” reste officiellement dans l’OCDE, explique Laurent Castaignède. Elle part probablement en Corée du Sud, mais c’est pour finir en Chine, parce que c’est là-bas que se [fabrique] la plupart des batteries. C’est un aspirateur à “black mass”, la Chine. C’est terrible pour plein de raisons. Des raisons de souveraineté, d’écologie aussi. On en a sous la main et que fait-on ? On le laisse partir, c’est absurde. »
Seulement là n’est pas la seule absurdité pointée du doigt dans cette enquête. Des ordinateurs inutilisables finissent ainsi leur vie en Afrique où des désosseurs s’évertuent, dans des conditions inhumaines, à les dépecer pour en extraire chaque alliage ou métal de valeur. Des ordinateurs qui devraient, et c’est obligatoire, être recyclés en Europe.
Plutôt que de nous vanter de futures extractions de gisement sans danger pour l’environnement, pourquoi ne pas développer une filière du recyclage capable de valoriser ces déchets (en excluant toutes les sociétés frauduleuses) et soutenir toute recherche innovante permettant d’obtenir ces métaux sans puiser un seul forage ?
S’ils trouvent, il y a exploitation. Et s’il y a exploitation, tout ce site pourra disparaître. Moi, c’est cela qui m’inquiète. On a toujours utilisé des métaux, mais là la question que je pose est : « Quels sont les besoins ? Est-ce qu’on a besoin de véhicules électriques de 2 tonnes ou est-ce qu’on a besoin de se nourrir avec l’agriculture en place ? »
Une riveraine à propos d’un sondage du sous-sol dans le Limousin
Des séquences exceptionnelles
On a pu suivre, dans les montagnes, les géologues qui ont commencé l’inventaire officiel du sous-sol de la France
Aussi surprenant que cela puisse paraître, on ne sait toujours pas quels métaux se trouvent dans nos sous-sols de métropole. Dans les ruisseaux ou depuis les airs (en hélicoptère), les chercheurs du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) sont à la recherche de gisements de métaux rares.
Des foreuses commencent discrètement à explorer le sous-sol français
On en a découvert dans le Limousin et en Alsace. En Alsace, ils multiplient les sondages à différents endroits pour connaître précisément la teneur en métaux et envisager une exploitation. Les habitants s’inquiètent de voir ces machines creuser un peu partout.
Un des cinq plus gros gisements de lithium au monde se trouve dans l’Allier
On l’a découvert parce qu’il y a déjà à cet endroit une carrière de kaolin. On envisage déjà son exploitation, et nous avons pu suivre les forages exploratoires. C’est l’un des cinq plus gros gisements de roche dure de lithium dans le monde entier : de quoi alimenter toute la France en lithium pendant ces cinquante prochaines années.
L’incroyable fin de vie des ordinateurs des collégiens des Bouches-du-Rhône
Les ordinateurs qui ne fonctionnent plus doivent être recyclés, en particulier pour qu’on puisse récupérer dans de bonnes conditions les matériaux précieux qu’ils contiennent. C’est totalement illégal de les exporter hors d’Europe, et pourtant on a retrouvé au Ghana de vieux ordinateurs portables de collégiens des Bouches-du-Rhône.
L’incroyable demande des vieux plats en étain
Le prix de l’étain a été multiplié par trois depuis fin 2022. Des collectionneurs d’objets du XIXe siècle se mettent même à revendre leurs antiquités à des ferrailleurs ! Elles seront refondues et serviront à souder des microprocesseurs pour alimenter la nouvelle économie.
Saisie exceptionnelle avec les douanes françaises au port du Havre
En Europe, il est interdit depuis des années d’envoyer du matériel électronique qui ne fonctionne plus. Et pourtant, cela continue : les douanes françaises ont accepté qu’on les suive exceptionnellement dans le port du Havre. Elles nous montrent une saisie de 12 tonnes de vieux téléphones, écrans et ordinateurs qui devaient partir au Mali.
On a des terres rares dans nos vieilles ampoules basse consommation
… et on pourrait les récupérer ! Une chercheuse a découvert un procédé pour le faire. Il faut maintenant le généraliser pour réutiliser les terres rares au lieu de les jeter dans les décharges. Cela nous permettra aussi de moins dépendre de la Chine.
Qu’est-ce qui se trouve dans notre sous-sol ? Sur quels métaux allons-nous pouvoir compter pour retrouver notre souveraineté, pour être compétitifs ?
Hugo Clément, extrait de son édito
Sur le front - Métaux rares : les ressources cachées de la France
On a commencé à creuser dans plusieurs régions de France à la recherche de minerais stratégiques. Notre pays regorge de lithium et d’autres métaux rares. Hugo Clément part découvrir nos ressources cachées et fait d’incroyables découvertes à la fois dans les entrailles de la terre et dans nos vieux ordinateurs.
Magazine (52 min – 2026 – inédit) – Création Régis Lamanna-Rodat et Hugo Clément – Présentation Hugo Clément – Rédaction en chef Pierre Grange – Réalisation Nicolas Bellemon – Compositeur du générique Studio31DB – Compositeur du film Worakls – Production Winter Productions – Coproduction France Télévisions
Ce magazine est diffusé lundi 23 février à 21.05 sur France 5
Sur le front – Métaux rares : les ressources cachées de la France est à voir et revoir sur france.tv
