Depuis les années 2000, les bateaux de croisière sont deux fois plus nombreux et aussi deux fois plus gros.
Fanny Pointet, spécialiste du transport maritime (« France Info », 11 juin 2025)
Il y a ceux qui économisent pour s’offrir un séjour tout confort sur l’un de ces mastodontes des mers et les autres qui n’en perçoivent que les nuisances. On pourrait penser les seconds simplement jaloux des premiers s’il n’y avait pas matière à s’offusquer. Pour énumérer les raisons de ce mécontentement, il est nécessaire de prendre un peu recul. Assez pour entrevoir l’impact de ces paquebots sur notre environnement maritime et terrestre.
Il faut quand même réaliser que les trois plus grands paquebots, parmi tous ceux actuellement en service, mesurent 364,75 mètres de long et peuvent accueillir jusqu’à 7 600 croisiéristes (plus les 2 350 membres d’équipage). Imaginez prendre presque tous les habitants d’une ville comme Langon en Gironde (7 674 habitants répartis sur 13,8 kilomètres carrés, d’après l’Observatoire des villes) pour les réunir sur un bateau de cette envergure. Un tel rassemblement n’est pas sans conséquence.
Citons en exemple le surtourisme lorsque ces passagers débarquent pour visiter au pas de charge un lieu jugé instagrammable ou simplement incontournable, ou encore les nuisances sonores et olfactives subies aux abords des lieux d’escale (pour les riverains et le monde aquatique). Et comme le rappelait en juillet 2025 La République du Centre, « en 2023, les 214 navires de croisière recensés dans l’Union européenne ont rejeté 7,4 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de 50 000 vols aller simple Paris–New York ».
Rien d’étonnant, finalement, à ce que certaines villes côtières aient choisi d’abaisser le nombre de mouillages simultanés accordés à ces monstres de mer, voire d’en interdire l’accès, et qu’un peu partout dans le monde, comme a pu le constater une journaliste de Sur le front, des voix s’élèvent pour dénoncer les effets délétères de ces voyages maritimes surdimensionnés.
Quand on a découvert que La Rochelle interdisait les croisières en juillet et en août, et que les habitants de Villefranche-sur-Mer se mobilisaient contre ces paquebots, on a voulu comprendre ce qu’on leur reprochait vraiment.
Hugo Clément, extrait de son édito
Des séquences exceptionnelles
Pas de TVA, pas de taxe sur les bénéfices ni sur le carburant, le bateau de croisière est un paradis fiscal
Il n’y a pas de TVA sur les croisières (il suffit qu’elles circulent, au moins, entre deux pays). Aucune taxe sur le fioul lourd, qui est pourtant le carburant le plus polluant ! Et pas de taxe sur les bénéfices : les compagnies bénéficient d’une taxe au tonnage, particulièrement avantageuse, comme les navires de transport de marchandises. Une concurrence déloyale par rapport aux voyages organisés, en bus, mais aussi aux hôtels, qui ne sont pas du tout soumis à la même fiscalité.
Villefranche-sur-Mer, les quotas de touristes sont déjà contournés
Pour limiter le surtourisme, la préfecture des Alpes-Maritimes va limiter les débarquements à 3 000 passagers par jour. On imaginait ainsi que les bateaux de plus de 3 000 passagers ne viendraient plus. Pas du tout ! Nous avons assisté, au mois d’octobre, à la manœuvre du Norwegian Epic. Sous nos yeux, une partie des croisiéristes débarque à Villefranche, tandis que les autres sont acheminés un peu plus loin, à Nice. Les quotas ne sont pas encore mis en place mais les compagnies ont déjà trouvé la parade pour ne rien changer.
Les laveurs de fumée empoisonnent la Méditerranée
Depuis l’année dernière, il est interdit de rejeter trop de soufre par les fumées des bateaux en Méditerranée. Pour respecter cette nouvelle réglementation, les compagnies utilisent des laveurs de fumée qui fonctionnent à l’eau. Une fois au large, cette eau est rejetée directement dans la mer, alors qu’elle contient encore des polluants ! Ça s’appelle les scrubbers en boucle ouverte, et cette pratique est tout à fait légale au large ! Les compagnies pourraient pourtant utiliser des carburants allégés en soufre, certes deux fois plus chers... mais qui fonctionnent sans scrubber et sans rejet dans l’eau de la Méditerranée.
Les compagnies de croisière s’achètent des îles privées
C’est la dernière stratégie commerciale de ces paquebots géants : acheter des îles, les transformer en énormes resorts, avec des piscines géantes et des toboggans démesurés. Pour y accéder, il n’y a aucun autre moyen que d’embarquer à bord d’une croisière. Sur
place, les travailleurs ne sont pas des salariés locaux : ils font partie de l’équipage du bateau.
Les fumées des croisières sous ses fenêtres
300 000 croisiéristes passent tous les ans par Ajaccio. À quai, les paquebots géants laissent tourner des moteurs en permanence pour rester alimentés en électricité... Les habitants subissent les mauvaises odeurs et la pollution. Certains riverains ont même décidé de mesurer eux-mêmes les particules ultrafines qu’ils respirent au quotidien.
Paquebots de croisière maritime : la grande majorité de l’offre, des navires moyens aux géants de la classe Icon.
Destination de voyage
Navires d’expédition : plus petits, conçus pour les régions polaires ou les côtes isolées, avec débarquements en annexe.
Bateaux fluviaux : beaucoup plus petits que les paquebots, sur le Rhin, le Danube, la Seine ou le Rhône.
Voiliers de croisière : une niche, avec peu de passagers et une ambiance plus nautique.
Sur le front – La folie des croisières
Les croisières sont en plein boom. Avec de nouvelles escales très surprenantes, et des pratiques absurdes au large pour limiter la pollution. Tout ça sans payer de TVA, c’est un paradis fiscal flottant. Hugo Clément part à la rencontre des Français qui se battent pour limiter le surtourisme et la pollution.
Magazine (52 min – 2026 – inédit) – Création Régis Lamanna-Rodat et Hugo Clément – Présentation Hugo Clément – Rédaction en chef Pierre Grange – Réalisation Maxime Souville – Production Winter Productions – Coproduction France Télévisions
Ce magazine est diffusé lundi 2 novembre à 21.05 sur France 5 et disponible sur la plateforme france.tv dès le mercredi 28 octobre
Sur le front – La folie des croisières est à voir et revoir sur france.tv

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