« Le Monde en face : Scientologie, l’empire du secret »

La secte mise à nu par ses ex-adeptes

France 5

Documentaires

Derrière les stars hollywoodiennes et les façades rutilantes, la scientologie demeure l’une des organisations les plus opaques au monde. Alors qu’elle vient d’ouvrir un nouveau siège aux portes de Paris, ce documentaire explore l’envers du décor : non pas la manière dont le mouvement recrute, mais ce qui se passe une fois franchi le seuil, en donnant la parole à d’anciens adeptes. Un film suivi d’un débat animé par Aurélie Casse. À voir dimanche 15 février à 21.05 sur France 5 et sur france.tv.

Scientologie, l'empire du secret

– Qu’est-ce que la scientologie attendait de vous ? 
– Mon âme, mon argent, mon énergie, ma vie.

 Une ex-adepte de la scientologie

Ils ont été membres de la scientologie pendant des années, de leur plein gré ou enrôlés par leurs parents. Aujourd’hui, ils en sont sortis, et toujours après une longue période de reconstruction. Dans ce film de Romain Icard, ces anciens adeptes – simples membres comme hauts dignitaires – témoignent et dénoncent les mécanismes internes à l’organisation : emprise mentale, système d’endoctrinement, rapport à l’argent omniprésent, pratiques de déconnexion familiale et allégations de harcèlement à l’encontre des dissidents.
Certains ont choisi de s’engager désormais pour alerter, dénoncer les abus et aider les victimes.

L’organisation américaine, estampillée religion aux États-Unis, compte aujourd’hui plus de dix millions d’adeptes à travers le monde. En France, la scientologie est considérée comme une secte.
Le 6 avril 2024, à Saint-Denis, une nouvelle église est pourtant inaugurée en grande pompe, à quelques mois des Jeux Olympiques de Paris. Rien ne l’interdit légalement et l’organisation compte sur l’exposition maximale pendant l’été olympique pour renforcer sa stratégie de communication. Clou du spectacle : la cérémonie de clôture des Jeux accueille un invité de taille, Tom Cruise. « VRP number one » de la scientologie, il œuvre depuis des années à son image et à son patrimoine financier.

Des gens qui sont affaiblis : on va leur donner de l’espoir dans un monde qui ne leur en propose pas beaucoup.

Lucas Le Gall, ex-scientologue (1974-1984)

« Le plus important pour la scientologie, ce sont ses relations publiques, explique Amy Scobee, ex-scientologue (1978-2005). C’est sa réputation. » 
Celle qui va lui permettre de recruter de nouveaux adeptes, qui suivront à leur tour les enseignements de Ron Hubbard, fondateur de l’Église de scientologie. Au début des années 1950, cet écrivain de romans populaires et de science-fiction cherche un moyen de diffuser ses préceptes décrits dans La Dianétique, la science moderne de la santé mentale, pseudo guide de développement personnel ou d’éveil spirituel selon ses lecteurs. « En 1953, il a écrit à l’un de ses disciples, raconte le journaliste Tony Ortega, qui enquête depuis trente ans sur la scientologie, pour lui dire littéralement : « Nous devrions peut-être essayer l’angle de la religion ? »

La première église est édifiée en décembre 1953, et aujourd’hui la secte en compte des milliers dans 165 pays. La Dianétique et les préceptes de Hubbard demeurent le socle des croyances des adeptes, qui écoutent ses enregistrements pendant des heures. Et explorent leurs vies passées – sur des milliards d’années, y compris sur d’autres planètes – pour retrouver les souvenirs à l’origine de leurs problèmes actuels, et surtout des capacités divines.

Tout le monde est vulnérable dans certains domaines et la scientologie a été conçue pour le découvrir.

 Tony Ortega, journaliste qui enquête depuis trente ans sur la scientologie

Chacun des intervenants de ce film raconte les étapes de l’embrigadement. Le test de personnalité puis l’audit, sorte de confessionnal payant : selon Stephen Kent, chercheur en nouvelles religions, « l’expérience peut provoquer un énorme soulagement, de l’exaltation même : c’est ça l’accroche ! ». La possibilité ensuite de s’engager par le travail avec l’organisation mais de façon bénévole, sans compter les heures.
« Peu importe le coût : c’est du salut planétaire dont nous parlons », explique non sans ironie Alex Barnes, entré dans la scientologie à 15 ans (2008-2013) et qui milite aujourd’hui sans relâche contre la secte. « Peu à peu, j’ai coupé les ponts avec tous mes amis, explique Ludovic Durand, ex-scientologue (1987-2012). Je ne voyais pas d’emprise, je voyais une implication qui passait au-dessus de tout avec des satisfactions personnelles… » 
Intégré à l’âge de 15 ans dans l’école de cadets qui forme les futurs officiers proches de l’organe central, Cyril Chiquet, ex-scientologue (1966-2017), précise : « Nous avons une mission : sauver le monde. » Chaque désaccord est un rappel à ses fautes originelles, dont il faut trouver le souvenir dans les vies passées. « Le crime le plus grave que vous puissiez commettre, outre le fait de critiquer la scientologie, est de violer une règle. » Il a connu la retraite religieuse soi-disant volontaire : « Tu y vas quand tu t’es trompé, c’est le pire du pire du lavage de cerveau. »
Comme Cyril qui a été coupé de sa mère très jeune, Claire Headley, ex-scientologue (1975-2005), lui a été retirée à l’âge de 4 ans : « Je suis devenue orpheline du fait de la scientologie. » Avec son mari, Marc Headley, lui aussi ex-scientologue (1980-2005), ils ont créé une chaîne pour « dénoncer les abus de la scientologie ». Et font face, comme tous ceux qui critiquent l’organisation, à des campagnes de haine sur les réseaux sociaux. 

Ton esprit est brisé et ta capacité d’analyse est inexistante : parce que tu ne dors pas et ne manges pas correctement, tu travailles, tu es épuisé. Et tu fais ce qu’ils veulent sinon tu es puni.

 Cyril Chiquet, ex-scientologue (1966-2017), Copenhague

À la mort de Ron Hubbard, en 1986, David Miscavige, un de ses proches, « a très habilement mené un coup d’État », selon Stephen Kent, chercheur en nouvelles religions. Il fait basculer la stratégie de conquête de nouveaux adeptes vers celle d’obtenir de ses membres « le plus d’argent possible ». Et construit un empire immobilier partout dans le monde. Marc Headley est persuadé que lui et Tom Cruise « pensent sincèrement qu’ils sont les deux seuls à savoir comment s’y prendre pour sauver la planète et l’humanité ». Mais le patrimoine de la scientologie qu’on estime aujourd’hui à plus de huit milliards de dollars est sous le contrôle total de Miscavige.

Joy Villa, ex-scientologue (2011-2025), est une jeune artiste américaine : « Je me suis retrouvée démunie, déprimée et endettée au bout de quinze ans en scientologie. »
Nourri de ces témoignages, ce documentaire plonge dans une organisation qui, malgré sa puissance financière, voit aujourd’hui ses secrets se fissurer face à la détermination d’anciens membres décidés à briser l’omerta.

Le débat, animé par Aurélie Casse

Avec Romain Icard, réalisateur du documentaire ; Me Olivier Morice, avocat ; Pascale Duval, directrice et porte-parole de l’UNADFI (Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes) ; Étienne Jacob, journaliste au Figaro, spécialiste des mouvements sectaires, auteur de La France des gourous – Journal d’un infiltré (Rocher, 2024)

Le Monde en face
Scientologie, l’empire du secret

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Claire Headley est entrée à l'âge de 4 ans dans l'organisation de scientologie (1975-2005).
© Tohubohu


Documentaire (inédit – 78 min – 2025) – Réalisation Romain Icard – Production Tohubohu – Avec la participation de France Télévisions et de Public Sénat

Scientologie, l’empire du secret est diffusé dans Le Monde en face dimanche 15 février à 21.05 sur France 5
À (re-)voir sur france.tv

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