« La Case du siècle : La Retirada ou l’exode d’un peuple »

Le témoignage des exilés espagnols

France 5

Documentaires

Début 1939, la chute de Barcelone face aux insurgés franquistes déclenche un exode d’une ampleur sans précédent, qui entrera dans l’Histoire sous le nom de la « Retirada ». Parmi la foule épuisée, le grand photographe catalan Agustí Centelles consigne dans un journal intime le désespoir d’un peuple qui avait choisi de défendre la République. Un film précédé de la rediffusion à 21.00 de « Franco, le dernier dictateur », à voir dimanche 5 juillet à 22.55 sur France 5 et sur france.tv.

« La Retirada ou l'exode d'un peuple ». © Archives départementales des Pyrénées-Orientales, Fonds Chauvin, 27FI1

Il me faudrait des pages entières pour décrire le fleuve humain qui fuit la barbarie du fascisme.

 Agustí Centelles, photographe de l'armée républicaine

À la fin du mois de janvier 1939, l’issue de la guerre civile en Espagne semble inéluctable. Le 24 janvier 1939, l’ordre est donné par l’armée républicaine d’évacuer Barcelone, un des derniers bastions républicains, qui est sur le point de tomber aux mains des nationalistes. Près de cinq cent mille hommes, femmes et enfants prennent péniblement les routes des Pyrénées, espérant trouver refuge en France.
Parmi eux, Agustí Centelles, photographe au service des Services photographiques de l’armée républicaine et qui a couvert pendant deux ans tous les terrains de combat. Il laisse dans la capitale catalane sa femme Eugenia et leur fils de 2 ans, Sergi, qu’il ne reverra que cinq ans plus tard...
Dans ses bagages, ses appareils et une valise qui contient toutes ses photographies de la guerre, à protéger des ennemis car y figurent beaucoup de soldats républicains.

Les réfugiés affluent par milliers à la frontière française : au Perthus ou à Cerbère. En France, le gouvernement Daladier – qui a succédé à celui de Blum – va bientôt reconnaître le nouveau maître de l’Espagne, Franco, et craint un déferlement massif. On fait ériger à la hâte des camps de fortune pour des effectifs sous-estimés. Désordre et impréparation dominent : les militaires sont dépassés. Bientôt la population civile se retrouve affamée... 

Trois pas suffirent hors d’Espagne / Que le ciel pour lui se fit lourd / Il s’assit dans cette campagne / Et ferma les yeux pour toujours

 Louis Aragon, à propos du poète Antonio Machado, mort d'épuisement, à Collioure, pendant l'exode espagnol
CDMH_CENTELLES_FOTO_09379
« La Retirada ou l'exode d'un peuple ».
© Espagne. Ministère de la Culture. CHDM, Agustí Centelles


Par crainte de la propagation d’idées révolutionnaires, femmes et enfants sont séparés des hommes : elles sont envoyées loin d’eux au centre de la France. À eux, on réserve les camps d’internement du Sud, et aux soldats qui ont combattu pour la République, un sort encore plus dur.

Avec ses amis, les frères Pujol, Centelles est passé à pied par le tunnel ferroviaire entre Port-Bou, côté espagnol, et Cerbère. Transférés à Argelès à leur arrivée sur le sol français, ils sont parqués sur la plage, divisée en secteurs par des barbelés, avec des milliers d’autres. Les conditions de vie sont indignes : « J’ai aussi mal dormi que les autres, nous sommes frigorifiés, témoigne Ferran Pujol. On ne nous donne quasiment rien à manger. C’est incroyable que ces Français, ces hommes comme nous en fin de compte, se conduisent de façon si dégueulasse. Ils nous traitent pire que des chiens ! » 

Cent dix mille hommes sont réfugiés au total à Argelès : un chiffre bien au-delà des prévisions, comme dans les camps de Saint-Cyprien ou du Barcarès. « Tous les jours, il y a des morts », écrit Centelles. Un quotidien titre : « Au camp d’Argelès, ce n’est plus la mitraille qui tue… C’est la faim, la fièvre et le froid. »

Le 1er mars 1939, le photographe et ses amis sont transférés au camp de Bram, dans la vallée de l’Aude. Présenté comme un camp exemplaire, il scandalise Centelles, qui dénonce les conditions d’accueil déplorables. Discipline et méthodes répressives rythment leur quotidien. « Le traitement français laisse beaucoup à désirer. Quelle idée se font-ils de nous qui avons dû traverser la frontière ? »

CDMH_CENTELLES_FOTO_09409 (1)
Camp de Bram, dans la vallée de l'Aude.
© Espagne. Ministère de la Culture. CHDM, Agustí Centelles


Interné des mois durant, comme des centaines de milliers d’autres Espagnols, dans des camps du sud de la France, il y prendra des centaines de photographies. À travers son regard se dévoilent l’enfermement, la fraternité, les désillusions et les hésitations d’une France tiraillée entre sa tradition du droit d’asile et une politique qui préfère enfermer ceux qu’elle nomme les « indésirables ». 

Ses photographies et ses mots – dans le journal intime destiné à son fils –, mêlés aux archives filmées amateurs d’une extraordinaire richesse, composent un récit à la fois intime et politique, une épopée aussi émouvante que tragique.

Cinq mois que je n’ai pas vu mon fils, mon épouse, mon père… Cinq mois que je suis prisonnier comme un assassin alors que j’ai simplement défendu ma patrie !

 Agustí Centelles
CDMH_CENTELLES_FOTO_09528
Agustí Centelles.
© Espagne. Ministère de la Culture. CHDM, Agustí Centelles

 

La Case du siècle : La Retirada ou l’exode d’un peuple 

Documentaire (59 min – inédit – 2026) – Un film de Camille Ménager – Conseillère historique Geneviève Dreyfus-Armand – Production Temps Noir avec la participation de France Télévisions

La Retirada ou l’exode d’un peuple est diffusé dimanche 5 juillet à 22.55 sur France 5
À voir sur france.tv

Voir la grille des programmes TV disponibles cette semaine