À 19 ans, Céleste (Clémence Boisnard) a déjà derrière elle un long et chaotique parcours d’addiction. « Héroïne, Subutex, métadone, benzo, cocaïne, amphétamines, MDMA, kétamine... J’avale, je fume, je sniffe, je shoote... » énumère-t-elle froidement au médecin qui l’interroge. Dans le centre de désintoxication où elle est admise, elle rencontre Sihem (Zita Hanrot), fière et renfermée. Les deux jeunes femmes ne tardent pas à devenir inséparables, un lien plutôt mal vu par l’équipe soignante, qui craint qu’elles ne remplacent une dépendance par une autre. « Si vous restez ensemble, vous allez rechuter », prévient un thérapeute. Virées du centre après une fugue d’un soir, Céleste et Sihem se retrouvent livrées à elles-mêmes, tenaillées par la tentation de replonger, avec cette amitié, intense et fragile, qui est à la fois leur force et leur faiblesse...
Sorti sur les écrans en 2018, le premier long métrage de la scénariste Marie Garel-Weiss, largement inspiré de son expérience personnelle, convainc immédiatement par sa manière de tenir à distance la mythologie noire de la dope, du sordide et de la déchéance aussi bien qu’un certain discours médical et psychologique. « Pourquoi Sihem et Céleste sont-elles toxicomanes ? Je ne sais pas, personne ne sait jamais vraiment, expliquait la réalisatrice. Ça vous tombe dessus. La dépendance à la drogue est sans doute un faisceau de plusieurs éléments et pas toujours les mêmes pour tout le monde : les familles ne sont pas toujours dysfonctionnelles par exemple, les toxicomanes pas toujours destructeurs... Parfois la drogue ou l’alcool ne sont pas le symptôme d’une envie de mourir mais au contraire d’une telle envie de vivre que tu as du mal à la canaliser. Cette vitalité, j’avais envie qu’elle transpire dans le film. Malgré les difficultés, Sihem et Céleste sont très gaies. »*
Le film s’intéresse moins, au fond, au spectacle de la dépendance qu’à ce par quoi elle se manifeste dans le quotidien : l’angoisse du manque, la peur du vide, la volonté d’échapper à la violence du réel, mais aussi, paradoxalement, une soif immense de liberté et la terreur d’une vie rangée. Le titre dit bien cette ambivalence : sortir de la dépendance, c’est aussi renoncer à ce que l’on tenait, pour toutes ces raisons troubles, pour une chose désirable, « ce qu’il y a de meilleur au monde, mieux que jouir, mieux que tout » (Sihem). Mais y renoncer pour quoi ?
Après un téléfilm, Qu’est-ce qu’on va faire de Jacques ? (Arte, 2021), et un second film de cinéma, Sur la branche (2023), Marie Garel-Weiss est morte en avril 2025 d’un cancer du cerveau. Elle avait 55 ans.
* Dossier de presse. Propos recueillis par Claire Vassé.
La fête est finie
Film cinéma (88 min – France, 2016) – Réalisation Marie Garel-Weiss – Scénario Marie Garel-Weiss et Salvatore Lista – Musique Ferdinand Berville et Pierre Allio
Avec Zita Hanrot, Clémence Boisnard, Michel Muller, Christine Citti, Marie Denarnaud…
Diffusion jeudi 9 juillet à 21.00 sur France 4
À voir et à revoir sur france.tv pendant 7 jours
