« Israël, une démocratie en péril »

Quel avenir politique pour l’État hébreu ?

France 5

Documentaires

Israël s’apprête à vivre, le 27 octobre 2026, des élections législatives décisives pour l’avenir de cette démocratie fondée en 1948. France Télévisions propose une soirée spéciale pour comprendre les fractures de la société et de la vie politique israéliennes : le documentaire « Israël, une démocratie en péril » sera suivi d’un débat présenté par Thomas Snégaroff, puis de « Kibboutz Revadim, l’utopie des pionniers ». Dimanche 25 octobre à partir de 21.00 sur France 5 et france.tv.

© LSDFilms

Mai 2026. Sur la plage de Tel-Aviv, une troupe d’activistes – composée notamment d’anciens officiers de l’armée israélienne – s’est donné rendez-vous à l’aube pour installer sur le sable, en lettres géantes, un message destiné aux réseaux sociaux. « Gouvernement Netanyahou : sécurité, économie, éducation, gouvernance » barre un immense zéro... Tandis que le jour se lève, un promeneur s’agace : « Il a annexé 70 % de Gaza, imbéciles ! Qui d’autre l’a fait ? » La scène, qui ouvre le documentaire de Lucas Menget, fournit un bon raccourci de la situation et des tensions qui fracturent aujourd’hui la société israélienne à l’approche d’élections qui renouvelleront dans quelques jours la composition de la Knesset, le Parlement israélien, et décideront donc de la reconduction ou non du Premier ministre.
L’auteur et réalisateur d’Israël, une démocratie en péril le confie lui-même : en vingt-cinq ans de reportages, il n’avait jamais vu le pays traverser une telle crise existentielle, au point que certains vont désormais jusqu’à évoquer la menace d’une guerre civile. Il est donc allé voir de plus près, des kibboutz aux grandes villes, de la côte aux collines du Nord, du désert du Sud à la Cisjordanie, ce qui, dans cette jeune démocratie, résiste encore et rencontrer des magistrats, juristes, anciens responsables de la sécurité, de la police, intellectuels, militants, entrepreneurs, citoyens ordinaires, etc., des Israéliens inquiets de la crise que traverse leur pays mais qui restent attachés à certains principes : l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs, la liberté d’expression, le droit du peuple palestinien à exister.
Premier ministre depuis dix-huit ans, Benyamin Netanyahou est accusé de fraude, d’abus de confiance et de corruption. Se maintenir au pouvoir est pour lui une nécessité et, depuis 2020, il a cherché toutes les échappatoires pour éviter d’avoir à rendre des comptes, y compris l’alliance avec l’extrême droite religieuse, nationaliste et raciste (qui lui a permis de garder sa majorité mais l’a en contrepartie mis sous pression) et le blocage du système judiciaire. En janvier 2022, le ministre de la Justice Yariv Levin a présenté une grande réforme visant à limiter les pouvoirs de la Cour suprême (notamment celui de bloquer les lois) au profit de la Knesset et du gouvernement, remettant en question l’équilibre sur lequel repose la société israélienne. Ce coup d’État judiciaire a provoqué une crise politique majeure et une vague de manifestations d’une ampleur inédite dans le pays.
Puis est survenu le massacre perpétré le 7 octobre 2023 par le Hamas. 1 200 victimes, 251 otages (dont seuls 168 sont revenus sains et saufs). L’épouvante. Le 27 octobre, les troupes terrestres israéliennes pénétraient dans la bande de Gaza où s’entassent 2 millions de Palestiniens... À ce jour, le bilan de l’opération Glaive de fer est terrifiant. 962 morts côté israélien. Environ 80 000 côté palestinien.

Une guerre sans fin et le spectre d’une dictature religieuse

La guerre a d’abord semblé resserrer les rangs, beaucoup d’Israéliens, encore sous le choc, ont détourné les yeux de Gaza et n’ont pas questionné la brutalité de la réponse de Tsahal à l’horreur de l’attaque du Hamas. Pour Avraham Mansher, du kibboutz de Be’eri – dont 132 habitants ont été tués –, « après ce qui s’est passé, le traumatisme est si fort que certains se disent qu’il n’y a pas d’innocents [à Gaza], qu’il faudrait tous les tuer ». Mais, estime Eli Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, l’unité n’était que de façade et la guerre un moyen pour Netanyahou de faire oublier sa responsabilité dans le 7 Octobre (une enquête sur cette question est toujours bloquée).
Mais après trois ans d’une interminable guerre qui n’a fait qu’ouvrir de nouveaux fronts – contre le Hezbollah au Liban, contre l’Iran –, sur fond d’accusations de crimes, sans projet de paix, sans perspectives politiques, beaucoup d’Israéliens n’en peuvent plus et voient chaque jour se dessiner davantage une dictature mêlée de radicalisme religieux – les alliés de Netanyahou n’ont fait que multiplier les nominations de religieux à des postes de sécurité, soutenir les colons les plus extrémistes et appeler à détruire Gaza. Pour la première fois de son histoire, Israël est confronté à un terrorisme juif plus important que le terrorisme arabe.
Pour Yaïr Golan, général en retraite, ancien député et candidat aux prochaines élections, « la seule manière pour Israël d’être en sécurité, c’est de rester une démocratie libérale. Et il n’y aura pas de démocratie libérale si nous nous obstinons à annexer des millions de Palestiniens. La séparationest une nécessité existentielle. Ce n’est pas pour eux, c’est pour nous. » Et non pas, donc, en raison d’un impératif de justice. L’empathie à l’égard des Palestiniens n’est pas à l’ordre du jour. En somme, il s’agit de retrouver la cohésion d’un pays avant de pouvoir envisager un avenir commun avec les Palestiniens. Une vision que corrige Eli Barnavi : « Il faut trouver une solution pour refaire société et restaurer l’unité. Mais le règlement de la question palestinienne est une condition sine qua non pour que tout le reste soit possible.Nous sommes condamnés à vivre sur la même terre. Ensemble on se sauvera ou ensemble on se perdra. »

Intervenants :

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France • Shikma Bressler, physicienne et militante contre la réforme du système judiciaire • Revital, enseignante • Dorit Beinish, ancienne présidente de la Cour suprême, 2006-2012 • Avraham Mansher, habitant du kibboutz Be’eri • Yaïr Golan, général de réserve, ancien membre de la Knesset, 2019-2022, candidat aux élections de 2026 • Rafi Ben Shitrit, candidat sur une liste de droite religieuse • Dvir Kariv, ancien agent du Shin Bet • Yaya Fink, activiste politique • Rawyah Handaqlu, avocate arabe israélienne • Moshe Karadi, ancien directeur de la police, 2004-2007 • Zeruya Shalev, romancière

Israël, une démocratie en péril 

Documentaire (72 min – 2026 – inédit) – Un film écrit et réalisé par Lucas Menget – Enquête et fixing Eva Laloum – Image Paul Cabanis – Montage Guillaume Quignard – Musique originale Mathilde Vrech et David Potaux Razel – Avec la participation de France Télévisions

Diffusion dimanche 25 octobre à partir de 21.00 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv

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Publié le 04 octobre 2026