Critiquer n’est plus permis dans ce pays.
Miles Taylor, ancien chef de cabinet du DHS (Sécurité intérieure)
La frontière américaine ne borde plus seulement le pays. Elle le traverse, jusque dans les rues, les écoles, les arrêts de bus.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump promet un million d’expulsions par an et y consacre des moyens sans précédent : 170 milliards de dollars pour le contrôle migratoire, dont 75 milliards pour la seule agence ICE, dont les effectifs ont doublé en un an pour atteindre 22 000 agents.
ICE : trois lettres longtemps méconnues du grand public.*
Créée en 2003, en réponse aux attentats du 11-Septembre, cette agence fédérale rattachée au Department of Homeland Security (DHS) – département de la sécurité intérieure – est chargée de faire appliquer les lois sur l’immigration et les douanes.
Dès le retour au pouvoir de Donald Trump, elle change brutalement de dimension : ses effectifs augmentent de 120 % en quelques semaines.
À coups de campagnes publicitaires et de primes à l’embauche pouvant atteindre 50 000 dollars, l’administration Trump parvient à mettre en ordre de marche 22 000 agents pour traquer, arrêter, expulser ou enfermer à travers le pays.

Idéologiquement il faut croire en notre mission, c’est un super boulot : c’est bien payé, stimulant et différent chaque jour, aucun cas ne se ressemble.
Un agent de l’Ice
Si les États-Unis ont déjà connu des vagues d’expulsions massives, parfois d’une extrême brutalité, celle-ci se distingue par l’ampleur des moyens déployés, la militarisation des méthodes et la mise en scène qui l’accompagne.
En décembre 2025, jusqu’à 3 000 agents fédéraux investissent Minneapolis pour l’opération Metro Surge. En dix semaines, près de 4 000 personnes sont arrêtées, dont près de 70 % n’ont aucun antécédent judiciaire. À dix-sept jours d’intervalle, deux citoyens américains, Renée Nicole Good et Alex Pretti, sont abattus par des agents fédéraux, faisant basculer l’opération dans une crise nationale.
Ce film remonte à l’homme qui a fait de cette politique une obsession : Stephen Miller, conseiller de Trump et véritable architecte de la traque. Il en révèle aussi le volet le plus discret : les contrats de surveillance passés avec Palantir, l’entreprise de Peter Thiel, dont Miller détenait près d’un quart de million de dollars d’actions jusqu’en août 2025.
Sur le terrain, des fonctionnaires de carrière de l'ICE parlent de « cibles » et de « bons résultats ».
Reste l’après. Faute de juges et d’accords avec les pays d’origine, des dizaines de milliers de personnes s’enlisent dans un entre-deux administratif, souvent en détention.
Aujourd’hui, ICE détient plus de 70 000 personnes, contre 40 000 au plus haut sous l’administration Biden.
À travers les récits de ceux qui en sont revenus, ce documentaire reconstitue ce qui se joue dans ces centres, jusqu’à Camp East Montana, au Texas, où trois détenus sont morts en quelques semaines.
Une politique pensée moins pour expulser que pour effrayer, et habituer un pays entier à vivre avec cette peur.
* Immigration and Customs Enforcement (Service de l’immigration et des douanes)
J’ai rêvé qu’ils tuaient ma mère avec un pistolet.
La petite fille d’une immigrée

Les intervenants
Todd Lyons, directeur de l’ICE (2025-2026) ; Marcos Charles, chef des arrestations et expulsions à l’ICE ; Jonathan Blitzer, journaliste The New Yorker ; Julie Baez, habitante de Minneapolis ; Jacob Frey, maire de Minneapolis ; Gregory Bovino, « commander at Large » (2025-2026) ; Miles Taylor, ancien chef de cabinet du DHS (Sécurité intérieure) ; Raul Hinojosa-Ojeda, historien ; Jason Islas, ancien camarade de classe de Stefen Miller ; Brandi Haddon, « legal observer » ; Ricardo Andrade, ancien détenu à Camp East Montana ; Juan Sebastian Pinto, ancien employé de Palantir ; Famille Cepeda ; Dominick, fondateur de « The Ice List » ; Mily Trevino-Sauceda, syndicaliste ; Randall Kallinen, avocat
Le débat
À l’issue du documentaire, Aurélie Casse recevra pour débattre quatre invitées :
Ludivine Gili, directrice de l’Observatoire Amérique du Nord de la Fondation Jean-Jaurès
Charlotte Recoquillon, géographe, chercheuse rattachée à l’Institut français de géopolitique (IFG)
Anne Deysine, juriste et américaniste, professeure émérite de l’Université Paris Nanterre
Julie Peyrard, coréalisatrice du documentaire Ice, la chasse à l’homme
Biographies
Julie Peyrard,réalisatrice de documentaires politiques et de société.
Pour Arte, elle a réalisé Catalogne, l’Espagne, au bout de la crise de nerfs (2018), Vox populi, Vox Dei, l’Italie à l’heure populiste : un danger pour l’Europe ? et L’Algérie, les promesses de l’aube.
Elle est également l’auteure du film Brexit, c’était écrit (France 5, 2020) et du film documentaire Colombie, la paix confisquée : paroles d’otages (France Télévisions, 2023). En 2026, elle a écrit et réalisé Mayotte, l’impossibilité d’une île (France Télévisions).
Christophe Astruc, réalisateur et directeur photo.
Il a travaillé sur de nombreux documentaires et séries : Génération Brut, Amours (Amazon Prime Video), RK, le rêve d’un gosse (France Télévisions), Room 2806, l’affaire DSK (Netflix), Tous surveillés : 7 milliards de suspects (Arte, prix Albert-Londres 2020), Le Syndrome de La Havane (Canal+, prix Albert-Londres 2025), Missing from Fire Trail Road (Canal+), #LoveArmay : Où es-tu Jérôme ? (Amazon Prime Video), Mascus, les hommes qui détestent les femmes (France TV Slash).
Il a coréalisé Colombie, la paix confisquée : paroles d’otages (France Télévisions), L’Affaire Fourniret, dans la tête de Monique Olivier (Netflix) et coréalise actuellement le documentaire Le Bus de la honte (Netflix).
Marine Pradel, journaliste, basée à Washington.
Coautrice de ICE, la chasse à l’homme, elle est aussi la réalisatrice de Ma vie MAGA, un documentaire sur le basculement démocratique américain qui sera diffusé sur Arte. Elle coréalise Shame on You, une adaptation de sa série documentaire podcast du même nom, en 2 x 52 min pour France Télévisions (sortie 2027).
Avant Washington, Marine a passé cinq ans au Moyen-Orient et a réalisé des documentaires et grands reportages dans la région, puis à Paris à la rédaction de Sept à Huit, et à New York, avec des reportages dans plus de 35 États.
Le Monde en face : ICE, la chasse à l’homme
Déconseillé aux moins de 10 ans

Documentaire (80 min - 2026 - inédit) – Un film de Julie Peyrard et Christophe Astruc – Écrit par Julie Peyrard et Marine Pradel – Production EverProd,avec la participation de France Télévisions et de la RTBF et de la RTS
ICE, la chasse à l’homme est diffusé dans Le Monde en face dimanche 11 octobre à 21.05 sur France 5
À (re)voir sur france.tv
Discutez avec Alex
