« Science grand format - Guerre des Gaules : César nous a-t-il menti ? »

Les coulisses d’une conquête

France 5

Documentaires

Il fallut huit ans de campagnes militaires au chef romain pour soumettre tous les peuples gaulois et en faire un récit devenu un classique... mais qui est notre seule et unique source écrite. Peut-on lui faire confiance ? Depuis des décennies, archéologues, historiens et scientifiques s’interrogent... Enquête dans « Science grand format », jeudi 17 septembre à 21.05 sur France 4.

« Science grand format - Guerre des Gaules : César nous a-t-il menti ? » © J2F Production

« Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. » Dès les premières lignes de son récit, Jules César embrouille les maigres informations que livraient les auteurs grecs et latins avant lui sur ces peuples qu’ils nommaient tour à tour Gaulois, Celtes, Galates..., et dont les noms de « tribus » – Éburons, Bellovacques, Éduens, Arvernes, Bituriges, Lingons, Séquanes, Pictons, Rutènes, Coriosolites, etc. –, s’ils nous font sourire, évoquaient sans aucun doute pour les hommes de l’Antiquité un monde fantasmatique de sauvagerie et de périls. Il est même possible que le chef de guerre invente en partie les limites géographiques et les catégories qu’il prétend décrire...
Car il faut commencer par dire ce que sont ou ne sont pas ces Commentaires sur la guerre des Gaules (Commentarii de Bello Gallico), véritable best-seller de l’Antiquité. Ni mémoires ni autobiographie (l’auteur, du reste, parle de lui à la troisième personne), ils sont sans doute issus des rapports adressés chaque année à Rome par le général pour y justifier ses actions. Inutile donc d’y chercher une rigueur historique au sens moderne : omissions, exagérations, raccourcis, peut-être manipulations..., tout est bon pour exalter la geste héroïque du conquérant et du stratège qui se montre par ailleurs peu curieux de ses ennemis, présentés comme des barbares redoutables pour mieux le mettre en valeur. C’est un récit de vainqueur, et même le discours du colonisateur sur le colonisé... Les Gaulois, pourtant, sont une mosaïque de peuples indépendants, à la culture complexe et avancée, ce que César n’a pas pu ignorer. Amateurs de vins, d’huile d’olive, de pigments pour leurs textiles, certains sont engagés de longue date dans des liens économiques et commerciaux avec les cités grecques (à commencer par Massilia), Rome, la Méditerranée, voire au-delà. Certains encore ont noué des alliances avec Rome.
En 58 avant notre ère, le proconsul Caius Iulius Caesar se voit confier les provinces romaines de Gaules transalpine et cisalpine. L’affaire débute comme un énorme jeu de billard. En Gaule indépendante, des tribus germaniques se sont déplacées et ont percuté le peuple des Helvètes (dont le territoire est l’actuelle Suisse), lesquels décampent et envahissent le territoire des Éduens, qui appellent à l’aide les Romains, leurs alliés. C’est en tout cas ce que racontent les Commentaires mais c’est peut-être une présentation partiale des faits destinée à fournir au proconsul un prétexte pour intervenir. La guerre des Gaules, en tout cas, débute... Première grande bataille au fort de Bibracte (le mont Beuvray, en Bourgogne), la « capitale » du pays éduen : 25 000 légionnaires, raconte Jules César, font face à 368 000 Helvètes… dont 258 000 vont être exterminés. Seulement voilà, les archéologues qui fouillent l’oppidum depuis le début des années 1980 n’ont jamais trouvé la moindre trace d’un tel carnage.

Guerre des Gaules
 
© J2F Production


Au printemps 57, les légions romaines affrontent une coalition de peuples de la Gaule belgique, dont les plus féroces sont les Nerviens (308 000 guerriers). Nouvelle victoire éclatante. « La race et le nom des Nerviens furent presque entièrement anéantis », assurent les Commentaires. Dans l’oppidum de Thuin, près de Charleroi (Belgique), si les archéologues ont effectivement mis au jour des indices nombreux  de bataille, ils constatent également les signes éclatants d’une activité florissante, même après la guerre des Gaules ! En 56, c’est au tour des Vénètes, en Armorique, qui dominent le trafic maritime de la côté atlantique et de la Manche. Les Romains mettent en déroute une flotte de 220 bateaux gaulois. Avec combien de galères ? Construites dans quelles conditions ? On n’en sait trop rien. Et César ne s’appesantit évidemment pas sur le fait qu’il a affaire à des commerçants, non à des guerriers...
Il n’en reste pas moins que la guerre des Gaules eut bien lieu. Et qu’elle fut aussi un exploit logistique. Commencée avec deux légions (10 000 hommes), elle en compta jusqu’à 12. Il faut imaginer 100 000 personnes en marche (soldats, palefreniers, cuisiniers, esclaves, prisonniers...), autant de bouches à nourrir et des tonnes de vivres chaque jour à ponctionner sur les populations civiles. Difficile de dire si elle fut plus terrible et plus sanglante que les autres guerres de conquête que livra Rome. Sans doute fut-elle gagnée aussi, comme d’autres, par des moyens que Jules César préfère passer sous silence car moins susceptibles de construire sa gloire – la diplomatie, l’espionnage, la tromperie, les alliances, la corruption, le compromis... On sait comment les choses se terminèrent en 52 à Alésia. Ici encore, Jules César se garde bien de dire que le jeune chef arverne  vaincu, Vercingétorix, est une vieille connaissance, puisqu’il fut son otage (au sens classique d’hôte de marque et de garant). Cela n’a pas à figurer dans l’histoire car, grâce à ce malheureux faire-valoir (qui sera exhibé en trophée à Rome avant d’être liquidé), le vainqueur crée le point d’orgue tragique et éclatant d’un récit par lequel il a voulu « entrer vivant dans un mythe qu’il ne créait cependant pas de toutes pièces ; il s’abreuvait de l’imagerie hellénistique autant que de l’histoire légendaire romaine dans lesquelles la figure du Gaulois était omniprésente. [...] Il fallait, dans cette perspective, enrichir l’œuvre de batailles rangées et de duels homériques » (1).

1. Jean-Louis Brunaux, Alésia, Gallimard, 2012.

Science grand format - Guerre des Gaules : César nous a-t-il menti ?

Documentaire (90 min – 2025 – inédit) – Sur une idée originale de Richard Poisson – Écrit par Philippe Bordes et Laurence Thiriat – Réalisation Laurence Thiriat Voix commentaire Chloé Réjon – Production J2F Production – Avec la participation de France Télévisions, du CNC et de la Région Île-de-France

Diffusion jeudi 17 septembre à 21.05 sur France 4
À voir et à revoir sur france.tv

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Publié le 30 août 2026