« Elf, une affaire d’État »

Retour sur la mère de toutes les affaires de corruption

France 5

Documentaires

« Le Monde en face »

Les dessous de l’enquête racontés par les principaux protagonistes (Eva Joly, Renaud Van Ruymbeke...). En trois épisodes menés comme un vertigineux thriller, cette série documentaire décrypte le plus gros scandale politico-financier de la Ve République. Dimanche 1er février à 21.05 sur France 5.

« Elf, une affaire d'État ». © Cinétévé / France Télévisions

1994. Au départ : un simple virement entre le géant pétrolier français Elf et une modeste entreprise textile (le groupe Bidermann), dont l’ampleur et la potentielle irrégularité attirent l’attention de la justice. Huit ans plus tard : la mise au jour d’un tentaculaire réseau de caisses noires, de financements occultes, de rétrocommissions, de marchés frauduleux, d’ingérences diplomatiques, totalisant 305 millions d’euros de détournement de fonds publics et impliquant, dans le sillage des dirigeants de la compagnie pétrolière (Loïk Le Floch-Prigent, Alfred Sirven et André Tarallo), les plus hautes personnalités de l’État (de François Mitterrand à Jacques Chirac, en passant par le ministre Roland Dumas), des présidents africains (Omar Bongo) et quantité d’hommes d’affaires et de porteurs de valises plus ou moins recommandables (le fameux « Dédé la Sardine ») ou de femmes manipulatrices/manipulées (à l’instar de Christine Deviers-Joncour, maîtresse de Roland Dumas payée par Elf pour influencer son ministre d’amant).
Au final : un procès hors norme (trente-sept prévenus pour la plupart condamnés à de la prison ferme) qui, en 2003, fit de cette affaire un modèle d’enquête et de rigueur, véritable autopsie des dérives de la Ve République autant que plaidoyer pour l’indépendance de la justice.
À l’heure où des procès que l’on voudrait faire passer pour « politiques » sous prétexte qu’ils mettent en cause des hommes et des femmes politiques agitent l’opinion, voire créent la polémique, la série documentaire Elf, une affaire d’État rappelle opportunément que, même en col blanc, personne n’est au-dessus des lois.

Ce qui m’avait marqué, c’est cette multitude de malversations, dans une multitude de dossiers, qui sont autant d’affaires au sein de l’affaire Elf.

Michel Desplan, président du tribunal - « Elf, une affaire d’État »

Ce que l’on nomme « l’affaire Elf » est en réalité un empilement, façon poupées gigognes, de multiples scandales qui seraient passés sous le radar de la justice et des médias si une femme, Eva Joly, alors juge à la Commission des opérations de la Bourse (l’actuelle Autorité des marchés financiers), n’avait envers et contre tout (voire contre tous) mené un astreignant et exigeant travail d’enquête, malgré les pressions médiatiques et politiques qu’elle subissait.
Avec les juges Laurence Vichnievsky et Renaud Van Ruymbeke qui l’ont rejointe au cours de l’instruction, elle raconte pour la première fois, face caméra, pas pas, les dessous de l’enquête. Huit années d’une harassante traque que les trois épisodes d’Elf, une affaire d’État mettent en scène comme un thriller politique, dévidant l’écheveau complexe qui conduit de l’affaire Bidermann à la révélation du fonctionnement opaque et criminel d’Elf.
Sorte de ministère occulte, véritable État dans l’État agissant en toute impunité, l’entreprise pétrolière française a ainsi utilisé durant les années 1990 ses nombreux réseaux et ses confortables revenus à des fins d’influences politiques (rachats de la compagnie est-allemande Leuna-Minol ou de la raffinerie espagnole Ertoil, affaire des frégates de Taïwan) et d’enrichissements personnels (les coûteuses villas de luxe, les frais de divorce de Loïk Le Floch-Prigent et les faramineux « bonus » versés à des dirigeants africains pour sécuriser les approvisionnements en pétrole).

L’affaire Elf est très importante parce qu’elle met au jour la relation post-coloniale : l’indépendance est acquise, certes, mais pour garder le contrôle on utilise d’autres moyens – les comptes offshore, les paradis fiscaux et ce qu’il faut bien nommer la corruption.

Eva Joly, juge d’instruction - « Elf, une affaire d’État »

Émaillé de saisissantes images d’archives et de reconstitutions des audiences d’après les procès-verbaux d’interrogatoires (avec l’appui d’une pléiade de comédiens plus vrais que nature), Elf, une affaire d’État nous fait pénétrer dans les arcanes du « pillage du siècle » et nous plonge dans les coulisses insoupçonnées du pouvoir où les frontières entre industrie, politique, diplomatie et intérêt personnel se brouillent, de luxueux hôtels particuliers parisiens aux méandres de la « Françafrique », en passant par la chaleur humide des îles des Caraïbes et de ses paradis fiscaux jusqu’aux banques suisses. 
La série documentaire a remporté cette année le Prix du public dans la catégorie documentaires inédits lors de la 35e édition du Festival international du film d’histoire de Pessac. 

Elf, une affaire d’État

Eva Joly - « Elf, une affaire d'État »
Eva Joly - « Elf, une affaire d'État »
© Cinétévé / France Télévisions

Juillet 1994. Les radars de la COB, la Commission des opérations de la Bourse, virent au rouge. Ils viennent de détecter une étrange anomalie dans le bilan des transactions internationales. Le géant pétrolier Elf aurait réalisé un important versement de 120 millions d’euros au groupe Bidermann. Toutefois, derrière cette transaction improbable se cache bien plus qu’un simple bug comptable : le premier indice d’un scandale tentaculaire.
Aux manettes de l’enquête, une juge d’instruction implacable : Eva Joly. Avec ses complices judiciaires, Laurence Vichnievsky et Renaud Van Ruymbeke, elle déterre un réseau souterrain où se croisent valises de cash, paradis fiscaux, comptes offshore et deals sulfureux entre Paris et l’Afrique. Dans l’ombre : Loïk Le Floch-Prigent, Alfred Sirven, André Tarallo, Roland Dumas, Christine Deviers-Joncour, Omar Bongo et Mobutu Sese Seko… des figures du pouvoir, des barons de l’or noir, des hommes en costume trempés jusqu’au cou… et une République qui ferme les yeux.

Présentation Aurélie Casse
Série documentaire inédite (3 x 52 min – 2025) – Réalisation Bernard George – Scénario Bernard George et Jean-Marie Pontaut – Production CINÉTÉVÉ avec la participation du CNC, de la région Île-de-France, de la région PACA et de France Télévisions, avec le soutien de la Procirep – Société des producteurs et de l’Angoa

Elf, une affaire d’État, diffusé dimanche 1er février à 21.05 sur France 5, est à (re)voir sur france.tv

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