Elles entourent la région sur trois de ses flancs. Une délimitation naturelle baignée par les flots et les vents. Vues du ciel, elles apparaissent telle une myriade de points sur lesquels on aimerait se poser quelques heures ou de longs mois. Qu’elles soient ou non habitées, elles participent à l’aura de la Bretagne. Certaines sont indissociables des phares qui les surplombent, d’autres de leur situation géographique, de leur histoire, du patrimoine ancien et/ou récent qui les a façonnées. Les îles bretonnes fascinent les quidams que nous sommes, jouent avec notre imaginaire. Rien d’étonnant donc que d’anciens phares soient devenus des lieux de villégiature. « Les personnes qui viennent [sur l’île Louët], explique l’architecte Mikael Kerouanton, en charge de la restauration de l’ancien phare (et des bâtiments adjacents), viennent pour vivre une expérience, ressentir des choses. Pour se retrouver isolées sur une île, mais aussi pour se retrouver dans un endroit où le confort n’est pas spécialement là. On vient chercher la rusticité, un lieu atypique. » Au-delà de ce qui apparaît comme un chantier titanesque pour remettre en état l’ensemble des bâtiments en un temps imparti, entendre évoquer par l’une de ses descendantes la vie de ses anciens résidents, véritables protecteurs des gens de mer, est instructif et émouvant. Il faut dire que certains de ces phares, encore aujourd’hui, semblent peu hospitaliers et que pour rien au monde on se verrait y séjourner.
Tévennec, c’est un des phares les plus difficiles à vivre. Nommé « le phare maudit » depuis sa construction, parce que les ouvriers se plaignaient de voix récurrentes et de bruits particuliers, qui seraient liés, suite à des recherches assez récentes, à un tunnel sous-marin dans lequel résonneraient des bruits particuliers. C’était un phare très inconfortable parce qu’ils ont un peu appliqué cette architecture domestique sur un îlot en pleine mer. Le phare est entouré d’un parapet (...) et il y a une vache qui a vécu pendant plus d’une année pour que le gardien et sa famille puissent avoir du lait frais.
Marine Canté, architecte et arrière-petite-fille de gardien de phare, survolant le phare de Tévennec
Il y a sur ces bouts de terre, à quelques encablures du continent, matière à s’émerveiller… face à ces paysages empreints des embruns que la mer déverse plus ou moins violemment ; à ces maisons entretenues, preuve s’il en est que la vie est possible et se maintient malgré les érosions, le changement climatique et le vieillissement de la population ; à ces fortins bellilois, vestiges d’une époque où l’on craignait les invasions anglaises et dont Sarah Bernhardt, comme d’autres, s’était entichée ; à ce jardin de plantes exotiques, implantées à force de labeur et de persévérance dans une zone aride de l’île de Batz, il y a de cela plus d’un siècle et dont aujourd’hui, malgré la tempête dévastatrice de 2023, on s’attelle à rendre de sa superbe ; à ces pâturages occupés, ces champs cultivés, ces pieds de vigne replantés, signes qu’il est possible de vivre de la terre lorsqu’on est ilien. Des îles tournées vers la mer mais intrinsèquement liées à leur terre.
Je vais rencontrer Marie, qui est une éleveuse de chèvres et qui est arrivée il n’y a pas longtemps sur l’île [de Molène]. Pour la première année, elle se met à fabriquer son fromage. Je suis super heureuse de faire ce métier pour avoir accès à des endroits comme Molène et pouvoir aller à la rencontre des gens. C’est aussi cela qui m’intéresse, [découvrir] comment se passe le quotidien et comment des gens développent des initiatives sur une île comme Molène.
Juliette Pavy, photographe
Des racines & des ailes – La Bretagne d’île en île
Dans les îles bretonnes, Carole Gaessler vous emmène à la rencontre de femmes et d’hommes passionnés par leur territoire et attachés à leur patrimoine.
Dans le Finistère nord, sur l’île de Batz, nous assisterons à la renaissance de l’un des plus beaux jardins exotiques de France, le jardin Georges-Delaselle. En 2023, la tempête Ciaran a dévasté ce trésor végétal. Cette année, le jardinier botaniste Benjamin Klein efface les derniers stigmates de la tempête en créant un nouvel espace consacré à la flore néo-zélandaise.
Sur l’île de Bréhat, la verrerie placée en liquidation judiciaire a failli fermer. Mais quelques passionnés se sont unis pour la sauver in extremis. Aujourd’hui, les verriers perpétuent leur savoir-faire exceptionnel et répondent à une commande inédite d’une confiserie vosgienne.
À Belle-Île-en-Mer, nous suivrons l’historien Julien Hillion sur les traces des enfants prisonniers de la colonie pénitentiaire. Grâce à la découverte de dizaines de graffitis, il est le premier à avoir prouvé que certains jeunes détenus étaient enfermés dans les cachots du château Fouquet. Cet édifice aujourd’hui en pleine restauration fut commandé par le surintendant des finances de Louis XIV.
Marine Canté est architecte et arrière-petite-fille de gardien de phare. Elle se passionne pour ces sentinelles qui protègent les îles bretonnes. C’est avec émotion qu’elle survole ces monuments battus par les flots et qu’elle découvre la rénovation de la maison du phare de l’île Louët, liée à son histoire familiale. Avec son équipe, l’architecte Mikael Kerouanton n’a que quatre mois pour finir les travaux de ce chantier exceptionnel avant la réouverture de ce gîte au public.
La photographe plusieurs fois primée, Juliette Pavy, entame une série de portraits des insulaires qui ont choisi de vivre sur ces terres isolées. À Molène, elle a suivi Marie Le Bihan, une jeune éleveuse de chèvres. Au large de l’île d’Ouessant, elle a été autorisée à monter à bord du remorqueur de haute mer l’Abeille Bretagne aux côtés des marins. Des clichés en guise d’hommage.
Magazine documentaire (2025) – Présentation Carole Gaessler – Rédaction en chef Karine Abderrahim – Réalisation (émission) Jean-Luc Orabona – Production (émission) France TV Studio
Documentaire (120 min – inédit) – Autrices et réalisation Caroline Conte et Léa Bouissou – Production 3e Œil Productions et France Télévisions
Ce documentaire est diffusé mercredi 30 septembre à 21.10 sur France 3
Des racines & des ailes est à voir et revoir sur france.tv

Discutez avec Alex
