« Un film controversé à l’époque » : l’histoire de « Rabbi Jacob » au Théâtre Montparnasse
En 1973, Danielle Cravenne, femme du célèbre attaché de presse Georges Cravenne, est abattue après avoir détourné le vol Paris-Nice. Sa revendication : empêcher la sortie du film « Rabbi Jacob ». Jean-Philippe Daguerre a décidé de mettre en scène cette histoire tragique au Théâtre Montparnasse. Avec la comédienne Charlotte Matzneff, ils nous racontent les défis spectaculaires et les enjeux de taille de cette pièce.
Une histoire vraie au cœur d’un conflit moral et artistique
18 octobre 1973. L’équipe des Aventures de Rabbi Jacob, le film de Gérard Oury avec Louis de Funès dans le rôle principal, attend avec impatience la sortie en salles. Le succès sera planétaire. Ce même jour, une jeune femme détourne l’avion Paris-Nice. Parmi ses revendications : que toutes les bobines du film soient mises sous scellés.
Nous sommes en plein conflit israélo-palestinien, et Danielle Cravenne, dont le mari est un attaché de presse lié au film, est persuadée que sortir ce film est une très mauvaise idée. Là où Georges croit au pouvoir du rire pour exorciser les peurs, Danielle redoute au contraire que cela n’attise les tensions. Le spectacle raconte ce conflit de pensée, ce tiraillement entre les artisans d’un film devenu culte.
Pourquoi Rabbi Jacob a marqué l’histoire
Interrogé sur le succès durable du film, Jean-Philippe Daguerre souligne ce qui fait sa singularité :
« Rabbi Jacob ose des choses que l’on n’oserait peut-être plus aujourd’hui. Si l’on isole certaines répliques hors de leur contexte, elles peuvent paraître caricaturales, choquantes, voire racistes. Mais l’état d’esprit du film est tout autre. »
« Ce qui fait sa force, c’est précisément sa capacité à faire rire de ce qui fait peur. Un geste artistique audacieux, qui relève », selon lui, « du génie. »
Rendre hommage à Danielle Cravenne
Avec cette pièce, Jean-Philippe Daguerre a voulu rendre hommage à une femme idéaliste, évoluant dans des milieux de pouvoir très masculins : le show-business et la politique.
Danielle Cravenne est portée par une utopie sincère : croire que tout peut bien se passer, même dans un monde brutal. Une naïveté apparente qui devient, sur scène, une force profondément humaine.
Le spectacle montre aussi combien ces figures idéales sont souvent rapidement qualifiées de folles. Pourtant, ce sont précisément ces personnalités qui viennent bousculer l’ordre établi, dans une société encore plus patriarcale à l’époque qu’elle ne l’est aujourd’hui.
Une rencontre incarnée avec Louis de Funès
Grand admirateur de Louis de Funès, Jean-Philippe Daguerre a souhaité l’amener au théâtre autrement que par l’imitation.
L’enjeu était de trouver un équilibre délicat : faire référence à ses numéros mythiques tout en montrant l’homme dans son intimité, avec naturel. Un pari artistique complexe, porté sur scène par Julien Cigana, salué pour la justesse de son interprétation.
