L’espace est devenu une décharge à ciel ouvert

L'espace proche est constellé de débris spatiaux mettant en péril nos satellites, l'ISS et, à terme, l'avenir de la conquête spatiale. Des fragments qui sont autant de bombes à retardement... « Alerte en orbite, la menace des débris spatiaux » est à découvrir dans « Science grand format », jeudi à 21.00 sur France 5.

« Science grand format : Alerte en orbite, la menace des débris spatiaux ». © Droits réservés

L'histoire des débris se confond avec l'histoire du spatial [...]. Au fur et à mesure qu'on découvrait ce qu'on était capable de faire avec le spatial, on lançait de plus en plus. On a toujours tout laissé là-haut sans s'en préoccuper.

Christophe Bonnal, ingénieur au CNES

À force de nous focaliser, à juste titre, sur l'état de nos océans, nous avons oublié qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir été pollués par l'activité humaine. L'espace, aussi, est malheureusement jonché de débris. Une constellation d'objets de tailles diverses circulent à vive allure autour de la planète. Et chaque collision engendre le risque d'augmenter de manière exponentielle le nombre de débris (c'est le fameux syndrome de Kessler). 
Prenons l'exemple suivant : une collision entre deux véhicules. Sur terre, on trouverait des débris disséminés plus ou moins loin de l'impact et tous, ou presque, seraient récupérés avant que l'axe ou la chaussée ne soit rendu(e) à la circulation. Imaginez maintenant que cet accident se déroule dans l'espace. Sous la violence du choc, les fragments s'éparpilleront et deviendront des potentiels projectiles en orbite. Dites-vous bien qu'il n'existe aucun éboueur du ciel ou de direction interdépartementale des routes orbitales pour sécuriser et assurer la remise en l'état de la trajectoire après un tel choc (même si, il est vrai, des postes d'aiguilleurs de l'espace ont été créés pour sécuriser les trajectoires des satellites et qu'environ 200 000 objets sont référencés et suivis par des radars pour éviter de telles collisions). À défaut de pouvoir faire disparaître d'un coup de baguette magique ces détritus, des ingénieurs planchent sur une gestion plus durable de l'exploitation spatiale et des moyens fiables pour récupérer ces débris ou prévoir pour les satellites en fin de vie une destruction programmée et sans conséquence pour leur environnement proche. Pour Sabrina Andiappane, il est primordial de mener une réflexion afin « que les satellites qui soient lancés, soient en même temps utiles pour nous et en même temps utiles et durables dans l'espace ». 

Il y a une zone en particulier où il y a de très gros objets, des étages de fusées soviétiques de neuf tonnes qui croisent des satellites de trois tonnes. Et ils risquent d'entrer en collision entre eux, mais aussi avec les débris du test antisatellite chinois [effectué en 2007]. Et en plus, dans cette zone, il y a des satellites que les Américains ont abandonnés [...]. C'est difficile à imaginer mais ces SL16 font onze mètres de long, quatre mètres de diamètre et pèsent neuf tonnes. C'est comme de gros autobus mais sans frein ni conducteur. Si deux de ces débris se percutaient, ça créerait environ 15 000 nouveaux gros fragments.

Darren McKnight, ingénieur à LeoLabs

Le syndrome de Kessler

« Le syndrome de Kessler doit son nom à Donald J. Kessler. En 1978, l'astrophysicien a théorisé un scénario dans lequel la collision des débris entre eux auto-entretient la population à un rythme plus élevé que celui de leur élimination naturelle par freinage atmosphérique, de nouveaux débris.
En clair, le nombre de débris qui retombent naturellement dans l'atmosphère est inférieur au nombre de ceux générés par la collision des débris existants. Même si demain on cessait toute activité spatiale et tout lancement, la population de débris continuerait à augmenter de façon exponentielle, menant à une situation dans laquelle certaines orbites deviendraient impraticables à long terme. »
Source : Futura

Science grand format : Alerte en orbite, la menace des débris spatiaux

Alors que l’espace est devenu un nouvel eldorado et que la course au « New Space » est lancée, des scientifiques, partout dans le monde, cherchent aujourd’hui à nettoyer le ciel de ses poubelles. Il ne nous aura fallu que 60 ans de conquête spatiale pour polluer la banlieue proche de la planète et laisser au-dessus de nos têtes plus d'une centaine de millions de débris, des morceaux de fusées, des carcasses de métal, des satellites obsolètes. Ces débris, de plus en plus nombreux, gravitent en orbite pour des décennies voire des siècles. Autant de projectiles capables d’entrer en collision avec un satellite, une station spatiale ou retomber sur Terre : impossible de prévoir où et quand. Ils représentent une menace pour les hommes mais aussi pour la société telle que nous la connaissons. Sans contrôle, ces objets qui filent à plus de 25 000 km/h, mettent en péril une technologie dont nous sommes devenus dépendants : les satellites. Face à l’urgence, des experts tirent la sonnette d’alarme : si rien n’est fait, les portes de l’espace, trop encombré, pourraient bien se fermer et rendre tout voyage hors de la Terre impossible. Nettoyer l’espace est certainement l’un des enjeux technologiques et scientifiques les plus importants du XXIe siècle. 

Magazine – Présentation Mathieu Vidard
Série documentaire (52 min - inédit) – Auteure et réalisatrice Liza Fanjeaux – Production Bonne Pioche Télévision, avec la participation de France TélévisionsPublic Sénat, Science & Vie TV, du Centre National du Cinéma et de l'image animée – Avec le soutien de la PROCIREP, Société des Producteurs et de l'ANGOA  

Ce documentaire est diffusé jeudi 25 mai à 21.00 sur France 5
Science grand format : Alerte en orbite, la menace des débris spatiaux est à voir et revoir sur france.tv

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