« Les Magnétiques », les (dés)espoirs d’une jeunesse au cœur des années 1980

Virées en Mobylette, élection de Mitterrand, premiers baisers et radio pirate : saisissant l’élan des années 1980, Vincent Maël Cardona signe une ode intemporelle à la jeunesse. Une chronique initiatique charnelle portée par l’interprétation de Thimotée Robart. Dimanche 19 mai à 21.00 sur Culturebox.

Thimotée Robart dans « Les Magnétiques ». © DR

Pendant le Festival de Cannes, Culturebox diffuse tous les soirs un film à même de nourrir les appétits cinéphiles les plus voraces. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2021 et récompensé du Prix SACD, Les Magnétiques est de ces œuvres qui subjuguent et fascinent : mise en scène charnelle, présence intense des comédiens, bande-son impeccable (Joy Division, The Undertones, Red Zebra ou encore Marquis de Sade, auquel le film est dédié…) et mélancolie déchirante. En faisant renaître, de façon quasi fétichiste il faut bien le dire (platines, cassettes, walkman, etc.), l’aventure des radios libres des années 1980, Les Magnétiques, non content de redonner sens aux espoirs (déçus) de la gauche au pouvoir, signe une bouleversante chronique initiatique en forme d’ode intemporelle à la jeunesse. 

Ça a commencé juste avant les élections, dont je me foutais pas mal d’ailleurs. À l’époque, la seule chose qui me préoccupait, c’est ce qu’on allait passer à l’antenne.

Philippe (Timothée Robart) - « Les Magnétiques »

Tout, dans ce premier long-métrage de Vincent Maël Cardona (passé, depuis, à la série avec la remarquée De grâce, diffusée sur Arte en début d’année), est porté par l’énigme de son personnage principal (Thimotée Robart, la révélation de ce film, nominé au César du meilleur espoir masculin en 2022). Mélomane introverti, Philippe va devoir s’émanciper de l’influence d’un frère aîné qu’il admire et jalouse tout à la fois, pour apprendre, au fil des épreuves, à suivre sa propre voie. Virées en Mobylette, premiers baisers ou beuveries entre potes : de l’élection de François Mitterrand, qu’il vit sans enthousiasme sous la grisaille d’une ville de province indéterminée, au Berlin foisonnant des débuts de la Cold Wave où il est envoyé faire l’armée, le jeune homme traverse cet âge de la déchirure, s’éveillant à un monde nouveau dont il sait simultanément qu’il touche à sa fin. La réalisation de Vincent Maël Cardona fait corps avec la mélancolie de son héros : tout en pudeur, elle s’ouvre à l’émotion avec une grâce et une retenue qui touchent au cœur. C’est cette douleur indicible d’un père, filmée en silence sur un quai de gare. C’est ce mélange d’excitation et d’ennui qui s’emparent des fêtards en fin de soirée. C’est cette déclaration d’amour impossible, scellée par ondes interposées, le temps d’une chanson. « Here are the young men, well where have they been? » entend-on chanter Joy Division au détour du film. La question résonne, s’immisce, accompagne le spectateur : oui, où sont passés les jeunes hommes ?

Les Magnétiques

Une petite ville de province au début des années 1980. Philippe vit dans l’ombre de son frère, Jérôme, le soleil noir de la bande. Entre la radio pirate, le garage du père et la menace du service militaire, les deux frères ignorent qu’ils vivent là les derniers feux d’un monde sur le point de disparaître.

Film (2021 – 93 min) – Réalisation Vincent Maël Cardona – Scénario Vincent Maël Cardona, Romain Compingt, Chloé Larouchi, Maël Le Garrec, Catherine Paillé, Rose Philippon – Production Easy Tiger, SRAB Films

Avec Thimotée Robart, Marie Colomb, Joseph Olivennes

Les Magnétiques, diffusé dimanche 19 mai à 21.00 sur Culturebox, est à (re)voir sur france.tv 

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Publié le 17 mai 2024