La Guerre des trônes : la face cachée du Roi-Soleil

Pour cette quatrième saison, Bruno Solo vous donne rendez-vous avec le Roi-Soleil. Un monarque dont l’histoire a retenu la magnificence, la sensibilité artistique, Versailles et l’amour des femmes, mais a quelque peu laissé dans l’ombre l’esprit belliqueux et hégémonique du personnage. « La Guerre des trônes, la véritable histoire de l’Europe – 1643-1701 » le vendredi à 20.50 à partir du 18 décembre sur France 5. Interview.

Bruno Solo présente La Guerre des trônes
Bruno Solo raconte « La Guerre des trônes ». © Nathalie Guyon / FTV

Rencontre avec Bruno Solo, comédien narrateur et passeur d’histoire


« Depuis la première saison en 2017, la série La Guerre des trônes repose sur la mise en avant et l’éclairage des événements liés à la construction de l’Europe telle qu’on la connaît. Commencée avec la guerre de Cent Ans, nous abordons, cette saison, un personnage très singulier et surtout très puissant, le Roi-Soleil, autrement dit Louis XIV. De son enfance à l’influence des femmes sur sa politique, de la Régence d’Anne d’Autriche et Mazarin à la révocation de l’édit de Nantes, Louis XIV a eu le plus long règne de l’histoire de France – cinquante-neuf ans –, que l’on découvre, cette année, en six épisodes. »

Qu’apprend-on sur cette période relativement connue aujourd’hui, puisque souvent représentée à l’écran et au théâtre ?
Bruno Solo : On apprend énormément, puisqu’on observe différemment. C’est-à-dire au-delà des frontières : les relations internationales, les luttes de pouvoir, les alliances, les mariages, les guerres, tout ce qui a construit l’Europe. Sous cet angle, Colbert, contrôleur général des finances, est bien moins évoqué que Louvois, secrétaire d’État à la guerre. Philippe IV et Philippe V d’Espagne, Charles Ier et Charles II d’Angleterre, Guillaume d’Orange prennent plus la lumière dans la série que Molière. Un éclairage qui permet de voir à quel point les pays d’Europe sont intrinsèquement liés du fait qu’ils sont dirigé par quelques familles. 

Et, au cours des siècles, l’Europe a souvent été le fantasme des souverains…
B. S. : Chacun pour des raisons différentes, oui, mais certainement moins philanthropiques que dans les années 1950. Charlemagne ou Clovis, comme beaucoup d’autres, cherchaient avant tout à étendre leur territoire. Henri IV voyait en une Europe unie la solution à la violence. Louis XIV aussi a essayé par ce biais de faire taire les guerres. Mais, comme tous, il ne concevait cette paix que sous sa domination, pour sa grandeur et son pouvoir personnels. 

Ce rejet de toute autre religion m’a toujours choqué, car il a donné lieu à un véritable schisme dans la société française, et selon moi nous en payons toujours les conséquences.

Bruno Solo

Y a-t-il un événement qui vous a particulièrement interpellé ?
B. S. : La question de l’édit de Nantes. La croyance veut que ce fût sous l’influence de Madame de Maintenon que le roi ait révoqué cet accord promulgué par Henri IV. Or, même si elle fut très pieuse, la Maintenon considérait sa foi comme une chose privée, et c’est de son propre chef que Louis XIV entreprit les dragonnades*, les répressions contre les protestants et la signature de l’édit de Fontainebleau*. Ce rejet de toute autre religion m’a toujours choqué, car il a donné lieu à un véritable schisme dans la société française, et selon moi nous en payons toujours les conséquences. Les raisons de cet acte restent éparses mais, une fois que l’on réunit toutes les pièces du puzzle, comme on le voit dans le documentaire, on obtient une image nette de la situation. J’aime particulièrement ce moment où l’émission m’éclaire sur un point resté flou dans mon esprit. Alors, je m’enfièvre et me sers de cette énergie pour alimenter, avec mon souffle et mon rythme intérieur, la narration.  

Il existe plus de documents et de traces de cette période que des précédentes, en quoi cela influe-t-il sur la réalisation de la série ? 
B. S. : C’est une époque formidable, car, tant au niveau des décors que des costumes, nous avons pu profiter de tout ce qui existe encore. Les châteaux, les calèches, les meubles, les tableaux, les dorures et les marbres ont été conservés en parfait état, et leurs couleurs sont restées flamboyantes. Quant aux costumes, les multiples adaptations scéniques antérieures nous ont offert un choix et une qualité pléthoriques. Sur le fond, n’en parlons pas ! La documentation est si riche qu’elle offre des grandes et belles scènes de dialogues qui attirent des acteurs de plus en plus chevronnés. 

Au fil des saisons comment votre rôle évolue-t-il ?
B. S. : J’ai trouvé mon équilibre entre le sérieux inhérent à un programme d’histoire et mon ton un peu distancié, badin et canaille, sans perdre un instant ma passion pour l’histoire. J’instaure, je pense, une complicité avec le téléspectateur en même temps qu’un regard incrédule sur la « grandeur » de ces personnages. J’aime à rappeler qu’ils devaient aussi leur magnificence au peuple, avec des phrases comme : « Le peuple vénérait son roi jusqu’à preuve du contraire et l’histoire dira le contraire bientôt. » Je parle « d’idées reçues qu’il vaut mieux revoir ». J’essaye toujours de trouver des formules un peu ironiques pour contourner les visions dogmatiques, pour ne pas être écrasé par l’histoire avec un grand H. 

D’où est né ce besoin de transmettre ?
B. S. : Je me dois de le faire car j’ai une reconnaissance éternelle pour tous ceux qui m’ont transmis. Mes parents les premiers. Ils ont toujours répondu à nos questions avec leurs connaissances et en fonction de mon âge et de celui de ma sœur. J’ai d’ailleurs écrit quelques phrases au moment de la mort de mon père, ça disait : « Ce que j’aimais profondément chez mon papa, c’est qu’il était toujours plus exalté à l’idée d’apprendre qu’à l’idée de croire qu’il savait. » Il m’a offert cette curiosité. Et voilà pourquoi j’ai adoré l’école. En particulier les profs de philo, français et histoire-géo, ils pouvaient être passionnants. Un bon prof sur une estrade, quand il décortique un poème ou le Pacte germano-soviétique, il devient l’acteur d’une pièce de théâtre. Je pense même que ma vocation de comédien vient directement de là. Aujourd’hui, j’ai la passion de transmettre et une passion pour ceux qui transmettent. Et, dans le rôle de passeur qui est le mien, je garde toujours à l’esprit cette phrase d’Alain : « Le peuple méprisé est bientôt méprisable ; estimez-le, il s’élèvera. »

Propos recueillis par Diane Ermel

* Les dragonnades sont les persécutions dirigées sous Louis XIV contre les communautés protestantes de toutes les régions de France à cause de l’exercice de leur culte.
** L’édit de Fontainebleau, signé par Louis XIV le 18 octobre 1685, révoque l’édit de Nantes par lequel Henri IV, en 1598, avait octroyé une certaine liberté de culte aux protestants du royaume.

 

La Guerre des trônes, la véritable histoire de l’Europe (1643-1701)

Dans cette quatrième saison (1643-1701), Bruno Solo apporte un éclairage nouveau sur Louis XIV, ce Roi-Soleil dont on croit tout connaître. Car au-delà des fastes de Versailles et des histoires de cœur qui ont jalonné son très long règne, Louis XIV est l’un des souverains les plus guerriers et les plus sanguinaires de l’histoire de l’Europe. Au cours de 6 épisodes de 52 minutes, Bruno Solo raconte avec truculence comment Louis XIV parvient à faire de la France la première puissance européenne, en s’appuyant non seulement sur la force de sa redoutable armée, mais aussi en tirant dans l’ombre toutes les ficelles de la diplomatie et de l’espionnage. Progressivement, les monarques d’Europe se liguent pour faire rempart à l’expansionnisme français : Louis XIV devient l’ennemi à abattre. À la fin de son règne, il affronte seul, avec l’aide de son petit-fils le roi d’Espagne, le reste de l’Europe : le Saint-Empire romain germanique, les Provinces-Unies, l’Angleterre, la Suède… Sans compter la grogne populaire qui monte et qui prépare déjà la révolution républicaine. Les passions amoureuses de Louis XIV sont également racontées, en montrant tout particulièrement l’influence que les favorites du roi ont eu dans la sphère politique, notamment Madame de Montespan, puis Madame de Maintenon.

Série documentaire-fiction (6 x 52 min - 2020) - Présentation Bruno Solo - Conseiller historique Mathieu Da Vinha - Auteurs Christopher Holt et Vanessa Pontet - Réalisation Vanessa Pontet et Alain Brunard - Production Pernel Média et Ideacom International, avec la participation de France Télévisions

La quatrième saison de la série est diffusée à partir du 18 décembre le vendredi à 20.50 et 21.45 sur France 5

  • Vendredi 18 décembre 
    Episode 1 : Louis XIV, L’enfance d’un roi (1643-1654)
    Louis XIV hérite la couronne de France à l'âge de 4 ans et demi mais le pays sur lequel il règne est ruiné par la guerre de trente ans...
    Episode 2 : Mazarin, Le maître du jeu (1654-1661)
    A 15 ans, Louis XIV règne officiellement sur la France, mais il ne gouverne pas encore. Les grandes décisions sont prises par son ministre et parrain, le cardinal Jules Mazarin...

  • Vendredi 25 décembre 
    Episode 3 : Louis XIV, Monarque absolu (1661 -1669)
    Louis XIV affirme son pouvoir absolu et sa personnalité. ...
    Episode 4 : Philippe d’Orléans, Amours et Intrigues (1669-1679)
    Avant d’être un roi épris de gloire, Louis XIV est un roi épris de guerre ! Au cours de son règne plus de 37 années de conflits ravagent l’Europe.

  • Vendredi 1er janvier
    Episode 5 : Louis XIV, le temps des épreuves (1680-1689)
    Les années 1680 constituent un tournant dans le règne de Louis XIV. Il installe la Cour à Versailles. C’est l’apogée de la puissance française... 
    Episode 6 : Louis XIV, échec au roi ?  (1689-1701)
    Guillaume d’Orange, nouveau roi d’Angleterre, ne perd pas de temps, il participe à la Ligue d’Augsbourg dans le but de contenir l’expansion de Louis XIV en Europe.

    ​​​​​ La Guerre des trônes, la véritable histoire de l’Europe (1643-1701est à voir et revoir sur france.tv

 

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